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Houda Benyamina à Cannes

Mais qu'est-ce qu'un "film-de-banlieue"?

13 min
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La semaine dernière sortait Divines d'Houda Benyamina, dont les deux actrices faisaient la couverture de Télérama avec en dessous le titre "le renouveau du cinéma politique". Mais est-ce qu'un film qui prend la banlieue pour décor est nécessairement un film politique?

Houda Benyamina à Cannes
Houda Benyamina à Cannes Crédits : AFP - AFP

Je voudrais parler d’un sujet à la fois extrêmement banal et rôdé dans la critique culturelle, et pourtant j’ai eu beaucoup de difficultés à écrire ce billet, je voudrais parler de ce qu’on appelle les “films de banlieue” et tout ce que ça entraîne est miné: question de la représentation des minorités, de la pauvreté, du déclassement, des “quartiers” comme on dit, etc. Je me lance quand même.

De très nombreux journaux parlent cette semaine du film Divines d’Houda Benyamina, on en avait déjà beaucoup parlé, au moment où le film a reçu la caméra d’Or au festival de Cannes, et où elle avait alors prononcé un discours très véhément sur ses propres origines modestes et sa fierté d’avoir fait le film.

Petit résumé florilège de la presse : on parle de film populaire, on parle de film de banlieue, on parle d’énergie salutaire, on parle de grand film politique.

La question s’est posée déjà, quand Bande de filles de Céline Sciamma est sorti, quand Dheepan de Jacques Audiard est sorti aussi l’année dernière, la question de savoir ce que le cinéma français faisait des “banlieues”: ça ne s’entend pas mais je mets mille guillemets au mot “banlieues” parce que c’est déjà en soit une représentation, et lorsque certains critiques en parlent comme d’une réalité avec un brin de condescendance mêlé de bonne conscience, je pense qu’elle se méprend et que là commence le malentendu. Représenter la banlieue dans un film ce n’est pas représenter une réalité, ce n’est pas nécessairement livrer un discours sur les banlieues. En l’occurrence je pense que ce qui réunit Dheepan, Bande de filles et Divines, c’est que la banlieue est un décor, une sorte de boîte à outils scénaristiques éventuellement, mais certainement pas un milieu sur lequel on tient un propos. On peut le regretter ou pas, on peut quand même rester perplexe devant cette absence totale de discours sur ce qui constitue une gigantesque faille de notre système.

Je m’étonne donc que Télérama cette semaine annonce en couverture, en dessous du portrait des actrice de Divines “le nouveau cinéma politique”. Dans l’interview de Télérama, comme ailleurs Houda Benyamina déplore l’impossibilité pour le cinéma français de représenter les émeutes qui avaient secoué les quartiers populaires en 2005. On ne sait pas si elle entend par là qu’elle tente de combler ce vide, j’ai plutôt l’impression qu’elle ne fait que le creuser davantage. “Divines” n’est pas un film sur les banlieues alors pourquoi sa réalisatrice ne cesse-t-elle, et une bonne partie de la critique derrière elle, de relayer cette idée-là? Est-ce que c’est une stratégie, est-ce que c’est un leurre, est-ce qu’elle a intégré ce qu’on voulait faire d’elle et de son film, ce qui serait extrêmement préoccupant d’un point de vue politique? En bref pourquoi est-ce qu’on essaie de faire dire quelque chose à ce film ?

Intervenants
  • Rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma
  • Journaliste, critique de cinéma et animateur de télévision et de radio
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
L'équipe
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