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Extrait du film "Colo" de Teresa Villaverde, en compétition à la Berlinale - 2017

Le sort du cinéma portugais inquiète.

9 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la dernière édition de la Berlinale, plusieurs grands noms du cinéma d'auteur ont signé une tribune dénonçant des changements dans la politique culturelle menée par l'Etat portugais.

Extrait du film "Colo" de Teresa Villaverde, en compétition à la Berlinale - 2017
Extrait du film "Colo" de Teresa Villaverde, en compétition à la Berlinale - 2017

Il y a quelques jours s’achevait la Berlinale, qui est traditionnellement le festival de cinéma engagé, un festival réputé sans stars, avec encore cette année en compétition un certain nombre de films qui se coltinent la réalité et le monde tel qu’il va, comme The other side of hope, nouveau film d’Aki Kaurismaki sur les migrants, ou encore Colo, un film de Teresa Villaverde sur une famille prise dans le marasme économique portugais. Ils font tous les deux partie des nombreux artistes qui ont signé une tribune parue dans Libération le 12 février dernier et intitulée “Cinéma: préserver le miracle portugais”. La Berlinale c’est aussi souvent en effet l’occasion d’alerter sur l’état du cinéma, sur les conditions économiques des artistes. Que dit cette tribune? Elle s’alerte d’une situation qui n’est pas tout à fait nouvelle, on avait pu déjà entendre certains réalisateurs portugais s’en préoccuper ces dernières années, et qui est liée à un changement de politique culturelle. On part d’un constat: le Portugal produit peu de films par an, une douzaine en moyenne, et il se trouve que ces films circulent beaucoup dans les festivals internationaux. Cette visibilité est d’autant plus précieuse que le marché du cinéma au Portugal est très limité, les artistes en ont donc besoin pour travailler. L’article rappelle que cela tient à la grande qualité de ces productions - on cite les noms des grands, Monteiro, Rocha, Manoel de Oliveira bien sûr - mais aussi à une politique culturelle ambitieuse. Il existe en effet depuis le milieu des années soixante-dix des lois et surtout un Institut public, l’ICA, qui organise pour financer les projets de films, des concours publics. Ces concours jusqu’à il y a peu se déroulaient en toute transparence sous l’égide de l’Institut qui choisissait lui-même des jurés compétents: cinéastes, architectes, musiciens, universitaires critique etc. Mais depuis 2013, la direction de l’Institut a changé et le choix de ces jurés a été transféré à un comité je cite “où sont représentés tous les intéressés par le résultats du concours”: donc des gens de la télévision, des télécoms, des banques etc, qui eux-même choisissent des jurés au profil beaucoup moins culturel et plus commercial. Evidemment les critères du choix des jurés ont changé eux aussi, et les réalisateurs craignent pour la qualité des projets retenus. Les signataires de la pétition dénoncent le désengagement de l’Etat dans le champ du cinéma, et rappellent que, je cite, “le cinéma portugais n’est pas qu’une question nationale”. Et en effet quand on regarde la longue liste des signataires, c’est assez évident: Almodovar, Assayas, Lav Diaz, Kaurismaki, Gianfranco Rosi, en gros toute la bonne société du cinéma d’auteur mondiale. Le Portugais Miguel Gomes fait aussi partie des signataires, pourtant il y a quelques temps à l’occasion de la sortie de son film Les Mille et une nuits, il n’était pas aussi dur avec la politique culturelle de son pays, et disait notamment je cite “Le cinéma portugais va un peu mieux depuis que des accords de financement ont été trouvé avec les chaînes de télévision”. Un certain nombre d’associations de réalisateurs sont elles carrément très favorables au nouveau fonctionnement de financement, elles y voient un moyen de pénétrer le marché intérieur avec des films plus populaires. C’est vrai que c’est difficile d’imaginer qu’un cinéma puisse être florissant en ne comptant que sur une diffusion internationale, et en faisant totalement l’impasse sur les circuits nationaux de diffusion, fussent les télévisions. Cette année à la Berlinale on pouvait voir neuf films portugais, dont cinq coproductions, que les Portugais auront du mal à voir chez eux, la plupart des cinémas d’art et d’essai à Lisbonne et Porto ont fermé ces dernières années, et les multiplexes diffusent surtout des blockbusters américains. Bref, je suis assez surprise que la tribune ne se pose pas du tout la question du public: est-ce que ce n’est pas un peu problématique?

Intervenants
  • Rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma
  • Journaliste, critique de cinéma et animateur de télévision et de radio
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
L'équipe
Production
Réalisation
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