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un extrait du spectacle de Brett Bailey "Exhibit B" à Avignon en 2014

Le "théâtre promenade"

9 min
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Aux Etats-Unis et en Angleterre, le théâtre immersif, dans lequel les spectateurs circulent librement et font chacun une expérience singulière de la représentation, marche fort.

un extrait du spectacle de Brett Bailey "Exhibit B" à Avignon en 2014
un extrait du spectacle de Brett Bailey "Exhibit B" à Avignon en 2014 Crédits : Franck Pennant - AFP

Une réflexion inspirée par un spectacle dont on en a parlé dans Une Dispute il y a quelques semaines, c’était la Floresta que anda - La forêt qui marche, de Christiane Jatahy, un spectacle dans lequel les spectateurs n’étaient pas assis, mais circulaient dans la salle, à la rencontre de vidéos, et de comédiens; ça m’a fait penser à un spectacle dont j’avais entendu parler il y a quelques années à New York, ça s’appelait Sleep no more, une réinterprétation de MacBeth de Shakespeare: le spectateur pénétrait dans un immeuble de cinq étages, dans lequel il était amené à circuler pendant tout le temps de la performance, masqué, et allait à la rencontre d’acteurs, qui parfois jouaient sans lui prêter attention, parfois engageait une conversation particulière avec lui. La compagnie s’appelait "Punchdrunk", c’est une compagnie londonienne, pionnière dans ce type de théâtre qu’on appelle “immersif”, ou promenade theater, dans la mesure où les spectateurs ne sont pas assis, mais circulent plus ou moins librement et font chacun une expérience singulière de ce qui leur est donné à voir. Ce spectacle qui a tourné en Angleterre et aux Etats-Unis, avait recueilli d’excellentes critiques, il fallait réserver très tôt et payer fort cher pour faire cette expérience singulière. Je me demande si en France ce type de spectacles rencontrerait le même succès. Il y a des artistes qui tentent ce type de spectacle, c’est le cas de Christiane Jatahy, ou encore du collectif Rimini Protokoll, dont le nouveau spectacle est une déambulation parmi des pièces vides, reconstitutions de l’intérieur de personnes décédées, ou qui sont sur le point de mourir. Mais ce ne sont pas des artistes français. Il y avait eu un spectacle de ce type sont on avait beaucoup parlé, c’était Exhibit B de l’artiste sud-africain Brett Bailey qu’on avait pu voir en 2014: qui proposait aussi une promenade si on peut dire, à la rencontre de douze tableaux «vivants», où des acteurs noirs étaient mis en scène dans des décors similaires à ceux des zoos humains du début du XXe siècle. Le spectacle avait choqué de nombreux spectateurs, il y avait eu des manifestations et des pétitions pour l’interdire. Je me demande si ce scandale n’avait pas aussi quelque chose à voir avec cette forme théâtrale particulière, qui isole le spectateur face à la scène: il est seul, il n’a pas avec lui l’appui du collectif que représente la salle traditionnelle du théâtre. Les émotions sont donc peut-être décuplées par cette forme-là, et la représentation, si elle est violente, d’autant plus extrême. Au début de ma réflexion, je me demandais si cette manière d’envisager le public de théâtre n’était pas une manière, en cassant le collectif de dépolitiser l’acte théâtral, finalement je me demande si au contraire cette singularisation du spectateur, qui marche seul face au spectacle, n’est pas une repolitisation.

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