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"Les grands hommes en chemise" Representation de l'ecrivain Honore de Balzac (1799-1850) enlacant une jeune femme en fumant une cigarette. Illustration d'E. Allet (19eme siecle) Paris, maison Balzac

L'écrivain est pauvre

9 min
À retrouver dans l'émission

Alors que le torrent de la rentrée littéraire se déverse sur les étals des librairies, un regard sur la condition économique des auteurs.

"Les grands hommes en chemise" Representation de l'ecrivain Honore de Balzac (1799-1850) enlacant une jeune femme en fumant une cigarette. Illustration d'E. Allet (19eme siecle) Paris, maison Balzac
"Les grands hommes en chemise" Representation de l'ecrivain Honore de Balzac (1799-1850) enlacant une jeune femme en fumant une cigarette. Illustration d'E. Allet (19eme siecle) Paris, maison Balzac Crédits : PHOTO JOSSE / LEEMAGE - AFP

Il y a quelques jours, l’écrivaine Valentine Goby publiait dans La Croix une chronique en forme de tribune, dont la première phrase est: “les écrivains sont homo economicus”. Valentine Goby a été pendant plusieurs années à la tête du Conseil Permanent des Ecrivains, un rassemblement de syndicats et d’associations, on en avait entendu parler lors de l’ouverture du Salon du livre 2015, lorsque plusieurs centaines d’auteurs avaient manifesté sous sa bannière porte de Versailles pour faire entendre leur détresse.

Car oui, les écrivains sont pauvres et de plus en plus pauvres. Médiapart publiait en mars dernier une enquête sur leurs revenus, enquête émanant de l’IREC, une caisse de retrait complémentaire pour les artistes, portant sur plus de 115 000 cotisants entre 1995 et 2013. La courbe graphique est impressionnante, elle dégringole littéralement: les revenus moyens des auteurs ont baissé de près de 30% en une vingtaine d’années. Effrayant, quand on considère que les artistes concernés par ces chiffres sont ceux qui gagnent suffisamment de droits d’auteurs pour bénéficier de prestations sociales, des privilégiés en quelque sorte.

Parlons-en, des droits d’auteurs. Dans sa chronique, Valentine Goby écrit qu’un auteur jeunesse reçoit 6 à 8% du prix de vente du livre, soit 80 centimes pour un livre qui coûte 10 euros. Pour un auteur de littérature dit “adulte” c’est 8 à 10%, soit guère plus. La plupart des écrivains ne sont donc pas écrivains de métiers, quand ils n’ont pas carrément un autre travail, ils multiplient les activités dites “paralittéraires”, qui consistent le plus souvent en des ateliers d’écriture ou des interventions en milieu scolaire.

Dans le système français, les écrivains sont vraiment le parent pauvre du marché éditorial, et l’évolution de ce marché est catastrophique. On commente souvent l’augmentation tous les ans du nombre de nouveautés lors des rentrées littéraires. En 10 ans, le nombre de livres publiés a plus que doublé. Les lecteurs sont certes plus nombreux, mais pas assez pour absorber cette énorme quantité de livres dont certains se perdent dans la nature. Et avec eux, des vocations, et des talents. J’ai écrit hier à une amies qui a publié en 2012 un premier roman chez Flammarion, depuis elle a touché l’équivalent de trois SMICs en droits d’auteurs, auxquels il faut ajouter deux milliers d’euros d’à-valoir. Elle va publier dans quelques jours un second ouvrage, qui est plutôt répertorié “sciences humaines”, aux Presses Universitaires de France, et là, même pas d’à-valoir. Elle est par ailleurs prof, comme un certain nombre de gens qui écrivent, et pour elle, l’écriture ne peut qu’être un “hobby”. La question est: est-ce que c’est grave, est-ce que ça nuit à la littérature?

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