LE DIRECT
Philippe Jaroussky incarne Ruggiero dans "Alcina" d'Haendel en juin dernier à Aix en Provence.

Les contre-ténors sont-ils énervants?

8 min
À retrouver dans l'émission

Alors que sort un nouvel opus de Philippe Jaroussky, petite histoire de cette tessiture qu'on adore ou qu'on déteste.

Philippe Jaroussky incarne Ruggiero dans "Alcina" d'Haendel en juin dernier à Aix en Provence.
Philippe Jaroussky incarne Ruggiero dans "Alcina" d'Haendel en juin dernier à Aix en Provence. Crédits : BORIS HORVAT / AFP - AFP

A paru ces jours-ci un nouvel album du chanteur Philippe Jaroussky, un programme de musique sacrée, des cantates de Bach et de Telemann. Philippe Jaroussky est extrêmement prolixe, il publie, seul ou accompagné ou moins un disque par an depuis le début des années 2000, un rythme qui s’accélère depuis les années 2006-2007. Il n’est pas le seul sur ce marché: Max Emmanuel Cencic, Franco Fagioli, David Hansen entre autres, publient aussi avec force publicité des disques. Les concerts rencontrent aussi beaucoup de succès, ainsi que les opéras qui les mettent à l’affiche. Alors de quand date cette remise au goût du jour du falsetto? J’ai lu hier un article trouvé sur le site "Concertclassic” signé Olivier Rouvière, et qui retrace bien l’histoire de cette tessiture au 20e et 21e siècle. Il fait remonter cette mode au milieu des années 80, on peut prendre comme repère la publication d’un ouvrage de René Jacobs, qui n’était alors pas encore le chef qu’on connaît, mais contre-ténor, le livre s’appelait La controverse sur le timbre de contre-ténor, il s’agissait alors de défendre une ouverture de la tessiture du contre-ténor, en gros une possibilité d’exploiter toutes les résonances de la voix, de tête, de gorge de poitrine. Il s’opposait ainsi à une autre technique, incarnée avant lui par une grande figure, Alfred Deller, pour lequel de nombreux compositeurs ont écrit, et qui était très uniformément une voix de tête. Cette vogue qui commence dans les années 80 correspond donc à la grande redécouverte de la musique ancienne qui commence au même moment, c’est pas anodin qu’un René Jacobs ait participé aux deux. A ce moment-là les mélomanes sont ravis, les amateurs eux restent plutôt dubitatifs face à cette voix pas toujours facile à écouter et jugée artificielle. L’auteur de l’article constate une nette évolution à la fin des années 90 et surtout dans les années 2000 grâce à l’arrivée du contre-ténor sur les scènes d’opéra. Commence alors une course effrénée à l’aigu. Dans les années 80, les contre-ténors chantaient des partitions pour alto, aujourd’hui Cencic est plutôt mezzo, et un Jaroussky revendique lui une vraie tessiture de soprano. C’est important car du coup ils peuvent incarner des rôles écrits pour les castrats de l’époque, par exemple dans l’Ataserse de Vinci. Force est de constater que les mélomanes s’agacent depuis quelques temps de la course à la performance des contre-ténors qui font des incursions dans tous les répertoires, Jaroussky par exemple récemment dans la mélodie française. On trouve parfois, comme le remarque Olivier Rouvière, que Jaroussky et confrères imitent - mal - les grandes cantatrices. De manière générale beaucoup trouvent que la voix de contre-ténors est artificielle, argument assez étrange, quand on considère que toute voix lyrique est de toute façon une voix travaillée. Alors question: comment supportez-vous l’omniprésence et l’omnipotence de ces voix là?

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......