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Le Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg en 2010, aujourd'hui l'objet d'enquête anti-corruption et saisie controvorsée d'archives historiques

L'étreinte étroite : une nouvelle politique russe envers les arts plastiques?

13 min
À retrouver dans l'émission

Entre des enquêtes controversées dans les musées et un intérêt renouvelé pour les artistes contemporains, le Ministère de la Culture russe semble regagner de vigueur pour promouvoir une nouvelle politique artistique : « un pays, deux styles, trois époques», dit un des responsables. Quels enjeux?

Le Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg en 2010, aujourd'hui l'objet d'enquête anti-corruption et saisie controvorsée d'archives historiques
Le Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg en 2010, aujourd'hui l'objet d'enquête anti-corruption et saisie controvorsée d'archives historiques Crédits : Jean-Mario Liot / Hemis - AFP

C’est une série d’articles rédigés par Emmanuel Grynszpan pour Le Journal des arts la semaine dernière, qui décrit précisément le climat des musées et de l’art contemporain ces 5 dernières années : « un tournant politique » répète-t-il. Les rapports entre les beaux-arts et le pouvoir politique en Russie semblaient assez calme depuis le procès fait aux Pussy Riot en 2012. Mais de nouveaux éléments montrent que les choses bougent :

Un des plus récents est cette saisie de documents effectués il y a 10 jours par la police dans le Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, qui contient les plus grandes collections au monde d’objets et peintures anciennes. « Une énième commission d’inspection, officiellement du Ministère de la Culture », « Commission de contrôle », en fait probablement des membres du FSB, dit un des responsables scientifiques du département de l’Art occidental qui a alerté sur Facebook. Enième, parce que ces dernières semaines d’autres visites de ce genre ont eu lieu, rapporte The Art Newspaper. L’affaire concerne des documents sur un des plus grands transferts d’œuvres d’art, 250 tableaux vendus par l’Ermitage entre 1920 et 1930, parce que le Kremlin à l’époque cherchait à se renflouer. L’opération est connue et n’est pas polémique historiquement, mais les 8 volumes d’archives sur le sujet ont été retirés des étagères du musée, la Commission aurait interdit la publication du neuvième. « La bureaucratie est-elle devenue folle, ou alors c’est un désir paranoïaque de réécrire l’histoire ? C’est du Kafka ou c’est du Orwell ? » poursuit ce curateur, selon lequel les mêmes événements se sont produits à Moscou, au musée Pouchkine et au Musée d’histoire.

Il faut faire attention : d’une part l’Ermitage a répondu officiellement et au journal The Art Newspaper Russia qu’il n’y avait pas d’interdiction de publier ces archives et qu’il s’agissait de perfectionner le système, des sources proches de la direction parlent d’une affaire « exagérée » ; d’autre part cette affaire survient alors que le Musée de Saint-Pétersbourg fait aussi l’objet d’une véritable enquête de police depuis quelques semaines, liée à des soupçons de détournement de fonds (60 M) lors des travaux d’extension du Musée qui ont commencé en 2015… Le 30 mars le directeur adjoint du musée était arrêté, cette fois bien par le FSB dit l’Ermitage. Du côté du Musée Pouchkine à Moscou, on lâche un laconique « la situation est très compliquée ».

Restent la saisie d’archives et les soupçons de réécriture officielle de l’histoire ; or celles-ci coïncident avec un moment clef de la politique culturelle russe, où « le Ministère de la culture vient de réaliser qu’il pouvait promouvoir un art contemporain « alternatif » et ultra conservateur » explique Emmanuel Grynszpan dans un second article. Il note non seulement la proximité de plus en plus étroite le Kremlin et une génération d’artistes spécialisés dans les sculpture ou toiles souvent monumentales de Princes, de scènes guerrières ou religieuses. Plus largement, « le réalisme socialiste prend du galon » : l’année dernière un « nouveau palier franchi », avec des prix d’enchères et un engouement inédit de la nouvelle bourgeoisie russe pour les maîtres soviétiques du genre, la galerie d’Etat Tretiakov n’a pas hésité à mêler les contemporains officiels et ces maîtres disparus, comme dans une exposition d’Etat fin 2016 qui mélange contemporains respectés et ultranationalistes : « un tournant dans les rapports entre l’Etat Russie et l’art contemporain, et « un retour au format soviétique de l’exposition collective » juge Grynszpan.

S'agit-il d'une claire volonté de reprise en main mémorielle? Là encore, situation ambiguë, parfois opaque. Elle l’est moins en Turquie et en Pologne, concernant des musées - non de beaux arts - mais d'histoire : Turquie, où l’agence Anadolu a annoncé le 12 avril un musée en hommage aux victimes du coup d’Etat, 12000² sur la base aérienne Kahramankazan, un symbole ; Pologne, où « le très moderne musée anti-guerre sera remodelé en musée au service de la politique historique du PiS », écrit Gazeta Wyborcza. Les parcours de ce musée insisteront désormais moins sur les victimes civiles européennes de l’extermination et la guerre que sur la souffrance et l’héroïsme militaire des polonais.

Russia Beyond The headlines a interviewé 3 directrices de musée français pour montrer « la créativité des musées russes » : « j’ai été étonnée par l’énergie de mes collègues russes et par leur façon de travailler à l’intégration de l’art contemporain dans un contexte culturel global y compris au sein des plus hautes institutions ». De fait c’est le cas à l’Ermitage depuis 2014. Qu’en pensez-vous ? Jusqu’où les musées d’art peuvent-ils aider un pouvoir ?

X. M.

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