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Dans une librairie de Rouen

Mercato chez les éditeurs

14 min
À retrouver dans l'émission

C'est la rentrée littéraire, plus de cinq-cent romans paraissent en cette fin d'été, et certains auteurs ont changé de maison d'édition. Qu'est-ce qui motive ces transferts? Ya-t-il des motifs esthétiques à ces changements?

Dans une librairie de Rouen
Dans une librairie de Rouen Crédits : CHARLY TRIBALLEAU / AFP - AFP

Michel Butor, disparu la semaine dernière, est associé dans la tête de tous aux éditions de Minuit, maison phare du Nouveau Roman, de fait c’est Minuit qui avait publié La Modification en 1957 - ou La Consolidation, comme l’avait d'abord rebaptisé le communiqué du Ministère de la Culture… Mais après ça, il a traversé toutes les grandes maisons à l’inverse de Claude Simon et d’ Alain Robbe-Grillet qui eux sont restés fidèles jusqu’au bout à la maison de Jérôme Lindon. Sans doute cette liberté vis à vis des éditeurs était pour lui la revendication de n’appartenir à aucun courant, ce que la postérité n’a pas vraiment retenu, le cantonnant jusque ces dernières semaines au Nouveau Roman.

Ce petit détour pour aborder la question du “mercato” des éditeurs en cette rentrée littéraire, qui voit publier plus de cinq-cent romans dont on ne parle que de dix pour cent au mieux. C’est vous Eric Loret qui employez ce mot de "mercato" d’habitude l’apanage du commentaire footballistique, pour décrire les transferts d’auteurs entre différentes maisons. Stéphane Audeguy passe au Seuil, Karine Tuil chez Gallimard, Nina Bouraoui chez Jean-Claude Lattès pour n’en citer que trois. Prenons Karine Tuil par exemple. Elle publie chez Gallimard L’Insouciance, un roman dont les personnages sont autant de curseurs sur la tableau de notre société contemporaine,  subissant  déchéances et  montées en grâce, en cela assez proche de son précédent roman, L’Invention de nos vies paru chez Grasset. La maison Grasset à laquelle elle était pourtant restée fidèle depuis quinze ans. A propos de ce changement elle ne dit pas grand chose, seulement dans une interview donnée à la Tribune de Genève que c’est un “nouveau défi”.

“Nouvelle aventure” disait Philippe Delerme en 2012 pour justifier son départ de Gallimard,  “nouveau défi”, formules toutes faites pour cacher des inimitiés, des vexations, des frustrations nées de prix ratés… Karine Tuil par exemple a été sélectionnée maintes fois pour le Goncourt et toujours repartie bredouille. Pourquoi les auteurs quittent-ils leurs maisons? Parfois pour suivre leur éditeur, comme Jean-Marc Roberts, qui, changeant fréquemment d'établissement, entraîne à chaque fois avec lui le fidèle Philippe Claudel par exemple. Parfois pour des raisons financières, des questions de publicité. Mais au delà des hics affectifs et des questions de gros sous, qui j’imagine sont les enjeux principaux de tels divorces et remariages, je pose la question: les grandes maisons ont-elles encore de vrais projets esthétiques, y a-t-il une cohérence dans les catalogues du Seuil, de Gallimard, de Grasset et autres géants de l’édition? A l’inverse, et je m'adresse à vous critiques littéraires, est-ce qu’en lisant un roman vous vous dites: ça c’est du Gallimard, ça c’est du Grasset? Évoquons pour conclure à nouveau les Editions de Minuit qui en cette rentrée ne publient qu’un titre, le roman Continuer de Laurent Mauvigner, qui leur confie la publication de ses livres depuis plus de quinze ans.

Bibliographie

L'insouciance

L'insoucianceKarine TuilGallimard, 2016

Intervenants
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