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Don't breathe, un film de Fede Alvarez

Parler pendant les (bons) films d'horreur

11 min
À retrouver dans l'émission

Aux Etats-Unis un film d'épouvante à petit budget, Don't Breathe, caracole en tête du box-office. C'est un bon film, très silencieux. A-t-on pour autant le doit de faire du bruit dans la salle?

Don't breathe, un film de Fede Alvarez
Don't breathe, un film de Fede Alvarez Crédits : SONY PICTURES

A la fin du mois d’août, est sorti aux Etats-Unis Don’t breathe, un film de Fede Alvarez, le titre a été traduit en français par “La maison des ténèbres”, un très mauvais titre. “Ne respire pas” ç’aurait été mieux. C’est un film d’épouvante à petit budget, un “home invasion” comme on dit, j’adore les sous catégories du genre, il y en a plein et on a l’impression qu’on pourrait en inventer encore davantage. là comme son nom l’indique tout se passe dans une maison: trois jeunes cambrioleurs du dimanche décident de cambrioler un homme aveugle, vétéran de guerre, qui vit seul dans une grande maison. L’homme est certes aveugle mais pas sourd et doué d’une force peu commune, ça tourne mal d’entrée pour l’un des jeunes gens, et les deux autres se retrouvent coincés dans la maison, et vite confronté aux pratiques singulières du bonhomme.

Le film a détrôné aux Etats-Unis Suicide Squad qui paradait en tête du box office depuis des semaines, et cumule environ 50 millions de recettes, il n’en a coûté que 10, on est à peu près à l’inverse du schéma Ben Hur qui se casse la figure monumentalement on en avait parlé ici.

Alors j’ai vu le film, c’est un très bon film d’épouvante, mais j’ai surtout été frappée par la critique d’un journaliste du “Guardian”, qui remarque lui-aussi la grande qualité du film, la mise en scène au cordeau et le travail très sophistiqué sur le son; Il fait le lien avec un précédent film qui se passait aussi à Détroit, It follows, un peu la même atmosphère, même petit budget, même étrangeté, même manière de se tenir en dehors des grosses franchises qui sont légion dans la catégorie des films d’horreur. J’ai été surtout frappée par sa manière de décrire sa propre expérience du film, ce que peu de critiques français font dans la presse écrite: au milieu d’une salle de jeune spectateurs, il s’est surpris lui-même à tolérer les commentaires incessants du public, et à lui-même se prendre à ce jeu anti-professionnel, qui consiste à parler aux personnages des films d’horreur depuis la salle pour les avertir du danger qu’ils courent. D’autant plus tentant que, comme il le remarque, Don’t breathe est un film presqu’entièrement muet, qui appelle de par sa construction même ce type de réception bruyante: le spectateur comble littéralement les vides. En France depuis quelques années tous les étés on parle de ces salles qui déprogramment des films d’horreur par crainte d’audiences trop remuantes. Les journalistes racontent à qui mieux mieux l’expérience désastreuse d’un film pendant lequel tout le monde parlait, et combien c’était insupportable, et empêchait de voir le film. Alors vous est-ce que vous parlez pendant les films d’horreur?

Intervenants
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
  • Critique de cinéma
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
L'équipe
Production
Réalisation
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