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Le Péril jeune - Cédric Klapisch

Pierre Chevalier ou l'âge d'or du cinéma à la télévision

11 min
À retrouver dans l'émission

La Cinémathèque française propose jusqu'au 20 mars prochain une rétrospective des films accompagnés par Pierre Chevalier du temps où il était directeur de la fiction chez Arte, parmi lesquels de nombreuses pépites.

Le Péril jeune - Cédric Klapisch
Le Péril jeune - Cédric Klapisch

La Cinémathèque consacre ces jours-ci une rétrospective à Pierre Chevalier, une fois n’est pas coutume ce n’est pas un réalisateur ou un acteur qui est à l’affiche, pas non plus un producteur, non Pierre Chevalier a été plutôt une sorte de facilitateur, un génial accompagnateur pour les cinéastes des années 90. Il arrive à Arte en 1991 au sein de ce qui est à l’époque la septième chaîne de télévision et qui deviendra Arte, comme directeur de la fiction, il est donc en charge d’une “case”, celle des téléfilms et des séries. Pendant près d’une décennie il accompagne des dizaines de projets, parmi lesquels certains sont devenus de grands films - succès populaires comme Marius et Jeannette de Robert Guédiguian, ou Le Péril Jeune de Cédric Klapisch, mais aussi parmi les premiers films de jeunes réalisateurs prometteurs - L’âge des possibles de Pascale Ferran ou encore Sabine de Philippe Faucon. Une des particularités de son travail consistait ainsi à lancer des “collections”, sorte de cahiers des charges qui venaient imposer aux réalisateurs choisis des contraintes, on peut en citer par exemple deux emblématiques “tous les garçons et les filles de leur âge”, ou “Masculin-Féminin”. Jean-Marc Lalanne, dans son texte publié sur le site de la cinémathèque à l’occasion de la rétrospective, parle d'âge d’or”, et même d’”utopie réalisée”. Certains de ces films, une trentaine, sont sortis au cinéma après avoir été diffusés à la télévision, certains ont même reçu des récompenses dans les festivals les plus prestigieux, par exemple Les Roseaux sauvages d’André Téchiné. Dans plusieurs entretiens dont un publié sur le site de la Cinémathèque et qui date de 2002, Pierre Chevalier revient sur cette période très riche pour la télévision française, on se rend compte à quel point il accompagnait les films, depuis le choix du réalisateur, la réécriture du scénario, jusqu’au montage, laissant entendre qu’il n’était pas toujours consulté mais qu’il donnait quand même souvent son avis, et surtout qu’il a toujours considéré son travail comme un travail créatif. De ce point de vue la télévision était pour lui un espace privilégié: moins d’argent, moins de temps qu’au cinéma, mais finalement je le cite un “espace libre qui peut être peuplé de façon créative”.

Il faut quand même dire que ce succès des fictions d’Arte ne plaisait à l’époque pas à tout le monde; en 2000, Pierre Chevalier doit répondre dans Libération à des critiques et des plaintes formulées par plusieurs syndicats de professionnels du cinéma, qui accusent Arte de bouleverser la chronologie des médias en permettant à ses films d’être diffusés en salle après leur passage à la télévision, et puis surtout d’abolir la distinction entre téléfilms et films de cinéma. Il y a aussi quelque chose de symbolique au delà de cette question économique, le travail de Pierre Chevalier questionne la différence entre le petit et le grand écran dans une culture - française - où le cinéma était souverain: pour vous quel est le statut de ces objets doubles qui ont marqué l’histoire de la télévision française?

Intervenants
  • Rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma
  • Critique de cinéma
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
L'équipe
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