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Soko et Lily-Rose Deep au Festival de Cannes

Polémique de genre autour de La Danseuse

10 min
À retrouver dans l'émission

Le film de Séphanie di Giusto sorti il y a quelques semaines, dont l'héroïne est la danseuse Loie Fuller, a été accusé de révisionisme et d'hétérocentrisme.

Soko et Lily-Rose Deep au Festival de Cannes
Soko et Lily-Rose Deep au Festival de Cannes Crédits : VALERY HACHE / AFP - AFP

Il y a environ un mois, a paru sur Médiapart un billet d’Anne Fonvieille à propos du film La Danseuse de Stéphanie di Giusto, qui est toujours en salle, intitulé « chronique de la lesbophobie ordinaire », et attaquant violemment le contenu du film. Depuis plusieurs journaux ont repris ses propos et se posent la question de l’hétérocentrisme du film, et certaines projections ont même eu lieu sous des banderoles « Stop à l’invisibilisation des LGBT au cinéma » ou « Loie Fuller la lesbienne invisible ».

Alors qu’est-ce que La Danseuse ? C’est l’histoire de Loie Fuller, interprétée par Soko, jeune franco-américaine élevée par son père puis par sa mère aux Etats-Unis à la fin du 19e siècle, qui a plein de rêves d’artistes dans la tête, notamment celui de devenir comédienne. Un soir, alors qu’elle est figurante sur une scène new-yorkaise, elle improvise une danse nouvelle qui devient alors son obsession, et sa marque de fabrique. Comme ça ne marche pas bien pour elle aux Etats-Unis, elle s’exile en France, où elle réussit à imposer son style nouveau et profondément moderne aux Folies Bergères, puis le succès aidant, fonde sa propre troupe composée uniquement de jeunes filles. Loie Fuller a existé, elle est une des fondatrices de la danse moderne, et le film s’inspire largement des éléments connus de sa biographie mais aussi de sa danse. Loie Fuller était une femme libre, elle avait été mariée à un homme qu’elle accusa de polygamie, puis eut une très longue relation amoureuse avec une jeune femme, Gabrielle Bloch, avec qui elle travailla et vécut jusqu’à la fin de sa vie en 1928. Dans le film de Stéphanie di Giusto, Loie a deux amours, un ténébreux aristocrate français décadent chez qui elle loge et crée des spectacles, interprété par Gaspard Ulliel, et, plus timide et platonique, l’assistante du directeur des Folies Bergères, jouée par Mélanie Thierry. Stéphanie di Giusto, a répondu à une question à propos de cette entorse pendant une avant-première en disant d’abord que dans un film avec autant de présence féminine, elle avait décidé d’inventer un personnage masculin fort, et puis que je cite «on allait pas refaire la vie d’Adèle », tandis que Soko renchérissait « on allait pas faire un énième film lesbien » et se défendait de tout hétérocentrisme en évoquant sa propre bisexualité. Si on peut estimer que le procès est étrange, la défense l’est tout autant, qui semble sous-entendre que les scènes lesbiennes sont surannées au cinéma, ou qu’il suffit de dégainer sa propre sexualité pour s’exempter de toute homophobie. On peut considérer que le film ne doit rien à la figure ou à la mémoire de Loie Fuller, l’entorse ou l’infidélité faite à la biographie importe peu dès lors qu’il ne revendique pas être un document. Mais en dehors de la question amoureuse – qui est d’ailleurs assez peu importante dans l’économie narrative du film - au-delà de ça, on peut se demander ce qui exige, dans un scénario qu’existe systématiquement un bellâtre séduisant si possible interprété par Gaspard Ulliel.

Intervenants
  • Rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma
  • Journaliste, critique de cinéma et animateur de télévision et de radio
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
L'équipe
Production
Réalisation
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