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Répétition générale de l'Insula Orchestra dirigé par Laurence Equilbey, dans l'Auditorium, le 20 avril

Quelles perspectives pour la musique classique à la Seine Musicale?

12 min
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La Seine Musicale a été inaugurée le 21 avril sur l'île Seguin. Ce complexe culturel et musical à Boulogne-Billancourt offre une grande salle sonorisée et un auditorium de 1150 places pour la musique classique. Avec environ 50 concerts par an, sa programmation sera déterminante pour son succès.

Répétition générale de l'Insula Orchestra dirigé par Laurence Equilbey, dans l'Auditorium, le 20 avril
Répétition générale de l'Insula Orchestra dirigé par Laurence Equilbey, dans l'Auditorium, le 20 avril Crédits : François Guillot - AFP

Toute la presse a d’abord évoqué ce long bâtiment sur l’Île Seguin – ancienne usine Billancourt à l’Ouest de Paris – long comme un porte-avion et surmonté d’une sphère de verre de 45 m de hauteur renfermant un auditorium, pour 170 millions d’euros. Cette installation est une nouveauté dans la géographie musicale de Paris, et une nouveauté sur le plan institutionnel puisqu’il s’agit – certains comme BFM TV l’ont noté – du 1er partenariat public privé culturel en IDF : ce qui n'est pas sans incidence puisqu’il ne s’agit pas d’une seule scène mais d’un projet de complexe culturel complet, avec deux salles de concert, l’une jusqu’à 6000 p. pour les musiques actuelles, l’autre de 1150 sièges pour la musique classique et instrumentale.

C’est cet auditorium dans une enveloppe sphérique qui se remarque le plus pour sa forme d’« œuf musical » (La Croix ) qui renferme comme un œuf surprise la scène entourée de fauteuils rouges – une salle avec balcons étagés autour de l’orchestre dite « en vignobles ».

L'inauguration a eu lieu la semaine dernière avec deux concerts, l’un de Bob Dylan, l’autre de l’orchestre sur instrument anciens Insula Orchestra de Laurence Equilbey, ont donné le ton de ce qui doit être « un festival permanent de toutes les musiques », « une destination où toutes les musiques, du rock au baroque, peuvent sonner et dissoner... » Ce sont les mots de Jean-Luc Choplin, ancien directeur du théâtre du Châtelet devenu directeur artistique des deux salles. Exemple, décrit le journaliste de l’AFP sur place : « dès samedi les mélomanes à peine sortis de l’auditorium ont eu un avant-goût de cet éclectisme [Mozart, Carl Maria Von Weber et Beethoven] se sont trouvés face à la musique filtrant de la Grande Seine » où le DJ [Tristan Casara] « The Avener » donnait son concert. Il faut dire que les entrées des deux salles presque côte à côte sont alignées comme des comptoirs d’aéroport.

Or si les qualités de l’Auditorium lui-même, physiques et accoustiques (conçues par Nagata Acoustics, le même acousticien que la Philarmonie de Paris) ont été appréciées, la presse a quand même été plus attirée par Bob Dylan, que l’Insula Orchestra... De même pour la programmation à venir : les « étalons » que sont pour Le Figaro l'organiste Cameron Carpenter et le pianiste Arcadi Volodos, ont été moins remarqués que Herbie Hancock. Même le Salzburger Nachrichten conclut sur l’annonce de la comédie musicale West Side Story.

Le concert d’inauguration classique par Laurence Equilbey a séduit le site "Forum Opéra", pour qui la salle a servi de « banc d’essai » pour trois prestations de qualité : le Singspiel La Finta Giardiniera adapté par Mozart - « un programme allemand superbement servi par des interprètes français », Die Freischütz de Carl Maria Von Weber qui a permis de tester l’orchestre en version élargie de 52 musiciens - « beaucoup plus présent », et le pianiste Bertrand Chamayou jouant Beethoven qui « vient montrer que l’acoustique de la salle est également favorable à son instrument ».

Il faudra donc voir si la programmation séduit et fait recette, Outre Jean-Luc Choplin comme directeur artistique, Laurence Equilbey et le département des Hauts-de-Seine devraient y avoir leur part (pour une quarantaine ou une cinquantaine de dates dit Le Monde). Selon Télérama, on prévoit jusqu’à trois grosses productions par an, dont déjà un Requiem de Mozart. « Le tout devrait être rentable, les bénéfices des uns compensant les pertes des autres » : peut-être est-ce l’avantage d’un lieu polyvalent. L’enjeu financier n’est pas négligeable : dans le montage expliqué dans La Croix c’est une société gérante Tempo détenue à 55% par TF1 et 45 % par Sodexo qui doit aussi reverser 3 700 000 euros de recettes par an au département en échange d’une subvention de celui-ci.

Enfin cet ensemble musical ouvre dans dans un contexte où Paris s’est récemment bien ré-équipé en salles de concerts classiques : « l'offre événementielle n'a jamais été aussi grande » souligne l'AFP, à raison puisque la Philarmonie a ouvert en 2015 et la salle Pleyel dans l’Ouest a ré-ouvert fin 2016. La Philarmonie dans le Nord de Paris était un projet financièrement pharaonique aussi, critiqué à l'époque, qui finalement fonctionne : « en deux ans la Philarmonie a su se rendre indispensable » affirme Télérama. Pour la Seine Musicale, il faudra voir au-delà de l’événement : au vu de ces informations, que peut-on attendre de cette programmation à au moins trois têtes - et peut-on parier sur un succès de cette implantation ?

X. M.

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