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Répétition de l'Ange Exterminateur, création de Thomas Adès cette année à Salzbourg

Rareté de l'opéra contemporain

11 min
À retrouver dans l'émission

Cet été à Aix en Provence, on a sacrifié une des deux créations contemporaines à l'affiche du célèbre festival. Mais pourquoi si peu d'opéras d'aujourd'hui?

Répétition de l'Ange Exterminateur, création de Thomas Adès cette année à Salzbourg
Répétition de l'Ange Exterminateur, création de Thomas Adès cette année à Salzbourg Crédits : BARBARA GINDL / APA / AFP - AFP

A milieu du mois de juillet on apprenait que des deux créations contemporaines que programmait le festival d’Aix en Provence, une seule allait finalement avoir lieu, l’autre faisant les frais de coupes budgétaires : exit donc l’opéra d’Adamaek _Sept pierres de la tour de Babel_, alors que c’était une toute petite forme avec peu d’interprètes et un budget minuscule comparé aux grosses productions du festival...

Force est de constater que les opéras contemporains ne sont pas légion dans les programmations des grands festivals et des grandes salles, et en dehors de certains connus comme ceux de Philippe Boesmans, je pense à Julie , peu sont gravés ou repris après leur création. Ce qui les cantonne à un statut éphémère de performance. Alors pourquoi? Déjà on peut faire l’hypothèse qu’il y a peu d’opéras contemporains. Que la grande forme lyrique n’intéresse plus les compositeurs. Dutilleux par exemple, pour citer un grand compositeur du 20e siècle a toujours repoussé l’échéance et n’a finalement pas écrit d’opéra. Pour de nombreux mélomanes, le dernier grand opéra est Lulu de Berg, quand ce n’est pas Pelleas et Mélisande

De nombreux compositeurs répugnent encore à une forme étiquetée bourgeoise, réputée incompatible avec la modernité, la recherche d’un nouveau son, un gros machin traditionnel qui au fond aurait été remplacé il y a belle lurette dans la case spectacle total par le cinéma. Pourtant depuis une trentaine d’années on observe un retour en grâce avec des compositeurs comme le français Philippe Fenelon, le britannique Thomas Adès ou le tout jeune américain Nico Mulhy par exemple dont l’opéra Two Boys créé au Metropolitan à New York en 2013 avait été très remarqué, notamment parce qu’il renouait avec les principes du grand opéra populaire: intrigue amoureuse, richesse instrumentale, choeurs et mise en scène spectaculaires.

L’opéra d’aujourd’hui existe, alors pourquoi n’est-il pas joué davantage? Parce que les programmateurs sont frileux déjà: un opéra est un investissement considérable, il faut pouvoir rentabiliser les productions, et donc attirer le plus de public possible. Pas facile de remplir l’opéra Bastille avec une affiche “inconnue” du public traditionnel de l’opéra, qui n’est comme on le sait pas le plus friand de chamboulements esthétiques. Lorsque Bruno Montovani a créé son opéra Akhmatova en 2011 à Paris, les critiques étaient mitigés sur la qualité de l'oeuvre, mais tous ont émis les mêmes réserves sur les capacités de l’opéra à “remplir” le gros vaisseau qu’est l’opéra Bastille.

Autre question: les chanteurs. Qui sont souvent très réticents devant le répertoire contemporain, un répertoire difficile, risqué, et parfois pas très tendre avec la technique vocale. Dans un entretien au Guardian il y a quelques semaines, la soprano roumaine Angela Gheorgiu se plaignait de ce que les compositeurs d’aujourd’hui ne savaient pas écrire pour la voix, et à la question: “quel est votre opéra contemporain” préféré a répondu Marius et Fanny de Vladimir Cosma...

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