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Des partisans du Front National protestent avec des drapeaux français contre la projection du film "Chez nous" de Lucas Belveaux à Hénin-Beaumont, 22 février 2017

"Tir de barrage" des milieux culturel contre le Front National : quels résultats?

12 min
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Depuis le début de sa campagne fin 2016, le Front National se heurte aux milieux culturels. Outre les appels désormais classiques appelant à un vote de barrage, son projet culturel et la gestion qui en résulte - notamment dans le Var - inquiète les milieux artistiques.

Des partisans du Front National protestent avec des drapeaux français contre la projection du film "Chez nous" de Lucas Belveaux à Hénin-Beaumont, 22 février 2017
Des partisans du Front National protestent avec des drapeaux français contre la projection du film "Chez nous" de Lucas Belveaux à Hénin-Beaumont, 22 février 2017 Crédits : Philippe Huguen - AFP

« Ce résultat est historique, il fait reposer sur moi désormais la responsabilité de la défense de la nation française, de son unité, de sa sécurité, de sa culture... » affirmait hier soir Marine Le Pen, évoquant ensuite les « 1500 ans d’histoire » française qu'elle compte représenter et défendre.

Ce triomphe d’une certaine vision « patriote » de la fierté intervient après et malgré d’innombrables dénonciations et appels du monde de la culture : à commencer par celui publié dans Libération il y a 20 jours et réunissant une centaine d'artistes d'IAM à Jeanne Moreau en passant par Olivier Py, le directeur du festival d'Avignon, qui appellent à un vote de barrage contre la candidate du front national Marine le Pen. Olivier Py lui-même s’était fendu d’une tribune dans Le Monde en novembre dernier, appelant, pour le combattre « à refonder la politique ».

A la "grandeur" de la France dessinée à grands traits dans le discours de novembre de Marine Le Pende Jacques Cartier à Diderot « seul et unique discours consacré par la présidente du Front national aux politiques culturelles » souligne Elena Scappaticci dans Le Figaro, les signataires opposent une France plus nuancée, de l'acceptation intellectuelle et des frontières de la pensée en ajoutant Claude Levi Strauss à Simone de Beauvoir en passant par Rabelais et Django Reinhardt.

Un seul discours? Pourtant « La culture devient un sujet primordial pour le parti de Marine Le Pen, à un moment où elle n'a pas vraiment l'air d'être la priorité des partis traditionnels. Oui, nous vivons une époque où le Front National assume un discours sur la culture clair et construit, tristement édifiant, et cela doit désormais nous alerter ! » affirme la 30aine d’artistes signataires d’un autre appel en février, appel dit de Fréjus, retransmis par Le Monde :

« Ne lâchons rien ! » commencent-ils, rappelant où l'on est « Fréjus, ville romaine, ville d'art et de culture. Mais aussi Fréjus, ville Front National depuis 2014 avec à sa tête le plus jeune sénateur de France David Rachline » également directeur de campagne de Marine Le Pen. Cet appel suivait un « Manifeste pour Fréjus » d’une élue LR locale Françoise Cauwel qui dans « un pamphlet anti-FN » (Var Matin) fait une dénonciation minutieuse de la gestion culturelle à Fréjus, avec – outre une polémique sur l’attribution du poste de direction de l’action culturelle et du patrimoine, le fait qu'« avec une impression d'inquiétant déjà-vu ailleurs, culture et patrimoine sont devenus aujourd'hui à Fréjus des outils politiques majeurs de captation des consciences par le FN ». Un mois plus tard Var Matin fait le bilan : « il faut reconnaître que Cauwel a su capter l'attention des milieux culturels », « pas si mal pour un début ».

Cette mobilisation s’inscrit dans le souvenir des mairies FN à la fin des années 90 et répond aux propos sur l’art contemporain de Marion Maréchal le Pen à la clôture de l'Université d'été du FN en sept. 2016 à Fréjus, « déclarations fantasques ou carrément scandaleuse », disent Les Inrocks dans un article fouillé : « Dix bobos qui font semblant de s’émerveiller devant deux points rouges sur une toile, car le marché de la spéculation a décrété que cet artiste avait de la valeur, n’est pas franchement ma conception d’une politique culturelle digne de ce nom”… La députée FN reprochait notamment aux expositions des FRAC de se faire « au bénéfice d'esprits manifestement dérangés » (numéro spécial du Monde sur le FN et la culture).

Se sont ensuivies les lettres ouvertes, même une « journée du point rouge » à la Friche de la Belle de mai le 28 novembre... Pour quel résultat ? « Une nouveauté » selon Françoise Cauwel : « l'utilisation du divertissement populaire pour faire vitrine dans un contexte où certain artistes ne rechignent plus forcément, pour différentes raisons, à apparaître en territoire FN »... En 1996 Gérard Paquet le directeur du Théâtre national de la danse et de l'image à Châteauvallon avait refusé la subvention de la mairie FN ; cette fois c'est un peu la surprise note Zoe Sfez dans le "Journal de la Culture" ce matin sur France Culture : pas de réaction des artistes à ce résultat. Globalement « les artistes ne se mouillent pas » durant cette campagne estime même Marie Campistron dans l’Obs il y a 3 jours. Depuis 20 ans, quels effets attendre de ces prises de positions ?

X. M.

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