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Ariane Mnouchkine et ses comédiens pendant une répétition de Henry IV - Avignon été 1984

Traduire or not traduire

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À retrouver dans l'émission

Mettre en scène Shakespeare suppose-t-il de travailler à sa traduction?

Ariane Mnouchkine et ses comédiens pendant une répétition de Henry IV - Avignon été 1984
Ariane Mnouchkine et ses comédiens pendant une répétition de Henry IV - Avignon été 1984 Crédits : PIERRE CIOT / AFP - AFP

Je voudrais parler de ce que mettre en scène le théâtre de Shakespeare implique ou non comme travail préalable sur le texte. La semaine dernière on évoquait ici Richard III, le spectacle collectif de Jean-Lambert Wild et associés, et de la nouvelle traduction que la troupe proposait du texte. Dans un texte qu’on peut trouver sur le site du collectif, Jean Lambert-Wild parle de ce travail de traduction qu’il a fait avec Gérald Garutti, en pointant d’abord trois écueils fréquents pour lui dans l’exercice: la classicisation de la langue - le passage vers le français se fait souvent au prix d’un sacrifice de la langue colorée et bigarrée de Shakespeare; deuxième écueil à l’inverse, la littéralité, qui menace la bonne compréhension du texte; et enfin, la trop grande présence du traducteur dans le texte, qui tend à en faire un texte complètement autre. Peut-être pense-t-il, avec ce troisième cas, aux traductions des poètes, et en premier lieu celles d’Yves Bonnefoy, grand écrivain mais aussi grand traducteur de Shakespeare, longtemps incontesté et publié dans la Pléiade, mais qui est aujourd’hui fort peu joué au théâtre, sauf par le metteur en scène Christian Schiarretti, dont le Roi Lear il y a quelques années était donné dans sa traduction. Schiarretti assumait alors pleinement ce choix de la langue de Bonnefoy, comme la plus belle et la plus apte à dire Shakespeare sur une scène de théâtre. Mais il est assez seul dans le paysage des mises en scène du barde anglais. Antoine Vitez parlait dans les années soixante-dix de la traduction comme d’une première mise en scène, et rares sont les metteurs en scène qui ne mettent pas eux-mêmes la main à la pâte, soit qu’ils utilisent des versions récentes dont ils peuvent parler avec le traducteur, soit qu’ils fassent retraduire ou traduisent eux même leur Shakespeare. Ariane Mnouchkine avait ainsi travaillé elle-même sur le texte de MacBeth il y a deux ans, expliquant simplement que cette étape préalable l’avait aidée à comprendre la pièce. Elle ajoutait dans une interview “parfois quand on lit, ça va, mais quand on dit, on ne comprend pas”, la traduction est donc nécessaire au caractère performatif d’un texte dit sur une scène de théâtre. A ce propos a paru au mois de septembre dernier dans le Monde Diplomatique un texte fort intéressant et synthétique de Jean-Michel Déprats, sur la question; Jean-Michel Déprats est un des traducteurs les plus actifs du théâtre shakespearien, c’est sa version qui maintenant fait référence dans les éditions de la Pléiade, il dit notamment: “une traduction qui n’est pas jouable comprend mal la nature du texte shakespearien et sa destination”, en bref, il ne faut surtout pas oublier que Shakespeare écrivait pour la scène.

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