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"Une soeur" de Bastien Vivès

Triomphe de l’amour en bande dessinée : où se cache le sexe ?

14 min
À retrouver dans l'émission

L’ère de la BD « 100 % sexualité mais zéro culpabilité »?

"Une soeur" de Bastien Vivès
"Une soeur" de Bastien Vivès

Triomphe de l’amour en bande dessinée : où se cache le sexe ?

C'est la question que posait récemment Tristan Martine sur ActuaBD. En se référant à deux auteures femmes : Cy auteure issue du strip de presse en ligne (Madmoizelle) et qui publiait son 1er album Le vrai sexe de la vie fin novembre : un album de 224 pages « fait à 10 % de strips publiés en ligne et remasterisés , avec notamment "l'ajout de décors et 90 % d'inédits ", qui alterne les strips, encarts didactiques dits « points culs », et des « séquences sexuelles muettes » qui « apportent une parenthèse esthétique » à l'album.La deuxième est City and Gender de Julie Maroh dont la BD Le bleu est une couleur chaude en 2011 a inspiré La vie d'Adèle. Cette fois City and Gender est une succession de saynètes aux scènes de sexualité crue. Mais « si l'aspect sexuel est très bien traité, il n'est pas l'élément central de ces planches », dans ces deux albums on est loin de manifestation caricaturale de la puissance sexuelle. Au contraire écrit Actua BD, chez Cy, les échecs sont mis en avant, « dépucelages compliqués et débandages en série » au programme. Les albums de Julie Maroh qui se dit militante mettent en scène des personnages confrontés à « des stéréotypes et des poncifs que leur sexe et la rue leur imposent ». Concernant le dessin là encore sur Konbini.fr, Bérénice Rebufa constate que « les images sont explicites, mais il n'y a aucune vulgarité », « l'artiste développe une esthétique qui lui est propre en ajoutant des dessins plus flous au crayon ».

Ces productions s'inscrivent dans une double tendance : à la fois l'album unique, et affranchi des codes, et l'intérêt pour une forme de sexualité plus subtile que la pornographie de divertissement, notamment de la part de femmes scénariste, souvent aussi dessinatrice. « Sans fausse pudeur, sans vulgarité et avec une grande humanité », elles entendent des relations sexuelles vécues et peu glorieuses : « des pans entiers de notre quotidien trop souvent tus dans des œuvres de fiction », d’ailleurs Cy travaille à partir de témoignages. Esthétiquement, ces bandes dessinée, à la fois crue et sentimentale dans le scénario, sont souvent documentaires et oniriques dans le dessin. Les personnages, quasi schématiques chez Cy, plus expressifs chez Julie Maroh et chez Bastien Vivès. Dans un entretien avec Vincent Brunner pour Slate ce dernier disait d’ailleurs (à propos de sa dernière BD Une sœur) : « je ne voulais pas être dans le côté docu, le réalisme à tout prix ce n'est pas quelque chose que je recherche », « je préfère vraiment que ce soit crédible plutôt que réaliste » Vincent Brunner dans Slate parle d’ « un album subtil et léger qui tient plus d'une version contemporaine des films de Diane Kurys que de Larry Clark ». Résultat, dit JC Ogier sur France Info : « une ou deux scènes de sexe explicites n'ont du coup rien de choquant ». D’ où l’aspect de récit d'initiation, voire de fable, d' histoires courtes et de scénettes. Il y a une véritable diversification du potentiel narratif, parfois plus sombre comme La nuit mange le jour, « cru et radical » dit JC Ogier, «l'exploration des faces sombre de la psyché de l'homosexualité masculine » : dessin plus réaliste, comme souvent en noir et blanc.

Le spectre de ces dernières années est plus large, les éditeurs ont lancé des collections dédiées, comme BD-Cul en 2010 chez les Requins Marteaux : avec des titres comme Bite Fighter ou Les melons de la colère, allant de la pornographie délicate de Comtesse d’Aude Picot, à l’univers débridé et loufoque de cartoon hypersexualisé et volontairement grossier de Teddy Beat de Plan-plan cul cul d’Anouk Ricard, l’auteure de Cocous Bouzon. C’est l’ère de la BD « 100 % sexualité mais zéro culpabilité » comme le dit Bérénice Rebufa dans Konbini. Mais la formule est trop simple pour couvrir tout le paysage de la sexualité dessinée. Dans le classement des 20 meilleures ventes du genre à la FNAC, les classiques comme Le Déclic de Manara ou Druuna sont toujours présents. Pas moins que ces albums, cette nouvelle bande dessinée X joue sur les codes de la pornographie mais sur le mode de l’humour, du roman ou du documentaire. La nouvelle BD érotique se veut « bandante et stylée » comme disait Aurélie Champagne dans Le nouvel Obs en 2012. La pornographie dessinée de divertissement n’a-t-elle plus d’avenir ?

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