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un maréchal ferrant à l'oeuvre

Un label "artisanal"?

11 min
À retrouver dans l'émission

A l'heure du grand bouleversement de l'industrie du disque, certains labels indépendants revendiquent d'être "artisanaux". Que cache cette étiquette?

un maréchal ferrant à l'oeuvre
un maréchal ferrant à l'oeuvre Crédits : MINT IMAGES - AFP

Il y a quelques semaine je posais la question de l’utilité aujourd’hui des labels en France, quand la plupart des découvertes artistiques se font en marge des télé-crochets et de l’émergence spontanée de gros succès sur la toile. Il y a quelques jours, j’ai obtenu un semblant de réponse à ma question dans un entretien qu’a donné Vincent Frèrebeau au journal _Libération_ le 17 février dernier. Vincent Frèrebeau est le fondateur d’une maison qui s’appelle “Tôt ou Tard”, la maison de Vincent Delerm, Yael Naïm ou encore - dernière signature en date - Vianney qui a obtenu cette année la Victoire de la meilleure chanson française. Il se trouve que la maison a fêté l’année dernière ses 20 ans, une longévité remarquable parmi les labels indépendants français, qui ont bien du mal à conserver leur place dans un paysage dominé par trois- quatre grandes majors, qui elles-mêmes ont des difficultés à garder le cap dans la vaste mutation de la production et de la distribution musicale. Face aux phénomènes d’autoproduction et d’autodistribution, mais aussi face à la concurrence des plateformes de distribution directement sur le net, le fonctionnement traditionnel de la maison de disque est menacé.

Pourtant Vincent Frèrebeau déclare dans Libération: “la musique doit rester une aventure artisanale”. Il utilise à plusieurs reprises ce terme “ artisanal” dans son entretien, insistant par exemple un peu plus loin sur le fait qu’un artiste doit rester je cite “l’artisan de ce qui lui arrive”, or ce terme, à mon avis, n’est pas anodin et pas exempt de stratégie commerciale. La preuve en est, je l’ai trouvé à nouveau dans la bouche d’un autre grand de la scène musicale française, Pascal Nègre, qui dans le journal les Echos le week-end dernier annonçait replonger dans le grand bain de la production musicale, en créant un nouveau label indépendant, baptisé “Six à sept”, et à ce propos déclarait “je veux rester un artisan qui peaufine les choses”.

Alors que vient donc faire l’artisanat dans cette vaste industrie du disque? Si on recoupe les propos de Frèrebeau et de Nègre, c’est une question d’abord de choix: un label artisan choisit ses artistes lui-même parce qu’il les aime, si besoin est il va les sortir des caves obscures dans lesquelles ils jouent - ce que raconte Frèrebeau par exemple à propos de Dick Annegarn. C’est quelqu’un surtout, qui garde le contrôle sur la production depuis la découverte jusqu’à la sortie de l’album. C’est aussi un producteur fidèle qui n’abandonne pas son auteur-compositeur parce qu’un album a moins bien marché. Quand on lit l’interview de Pascal Nègre on se rend compte que le six de “six à sept” vient de M6, que son label artisanal sera financé en partie par la grande chaîne privée, et surtout je cite que “M6 et Pascal Nègre réfléchissent aussi à lancer un nouveau télé-crochet musical”. Et quand on se penche sur l’aventure indépendante de “Tôt ou Tard”, on réalise que le label a été sauvé du dépôt de bilan en 2007 par le tube “New Soul” de Yaël Naïm devenu la chanson de la publicité Apple. En fait d’artisanat on a l’impression que c’est surtout un argument de publicité comme un autre, une étiquette, un peu comme ce qu’une certaine industrie agro-alimentaire utilise aujourd’hui comme récit pour vendre: qu’en pensez-vous?

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