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Aron Gunnarsson, joueur islandais au moment de la victoire sur l'Angleterre

Angleterre-Islande, le Brexit se confirme…

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L'occasion d'évoquer ce double Brexit britannique puisque l'Angleterre sort de l'Euro 2016 après sa défaite face au petit poucet de cette compétition, l'Islande.

Aron Gunnarsson, joueur islandais au moment de la victoire sur l'Angleterre
Aron Gunnarsson, joueur islandais au moment de la victoire sur l'Angleterre Crédits : Reuters

Il faut reconnaître une chose aux Anglais, ce sont des gens conséquents : out c’est out, et cela s’applique donc manifestement aussi au Football puisqu’ après avoir voté pour la sortie de l’Union européenne jeudi dernier les sujets de sa gracieuse majesté ont été sorti de l’Euro 2016 en huitième de finale par l’Islande.

Et c’est évidemment une surprise de taille, les bookmakers anglais,  qui ne sont, on le sait maintenant, pas plus fiables que les sondages, donnaient l’Angleterre gagnante à 10 contre 1. Il faut dire que l’Islande c’est à peine 100 joueurs professionnels… Ce qui veut dire que les 23 joueurs de l’Euro représentent un quart de cet effectif total.

Alors comment est-ce possible me demanderez-vous ? Comment dans ce sport qu’on nous dit pourri par l’argent, où les joueurs stars s’échangent à des dizaines voir à des centaines de millions d’euros, peut-on encore avoir ce genre de surprise ?

Et bien la réponse n’est peut-être pas si éloignée du Brexit que ça…

A écouter les premiers commentaires hier soir après le match j’ai été frappé d’entendre revenir cet argument : les Islandais ont su développer leur style, jouer en connaissant parfaitement leurs forces et leurs faiblesses, alors que les Anglais ne jouaient plus comme des Anglais.

Ce serait donc un problème d’identité de jeu presque d’identité nationale…  Le fameux "kick and rush", en gros on balance la balle devant et on court très vite, n’est plus.

Et c’est là le problème. Les Anglais ont joué contre leur nature profonde, victime de l’européanisation de leur football puisque la Premier League est un contributeur net et massif à l’immigration européenne.

Voilà ce qu’on pouvait entendre en substance hier Et bien disons-le, c’est n’importe quoi. Comme le fait remarquer Albrecht Sonntag dans le très bon hors-série de la revue L’éléphant sur « La culture foot », si Michel Platini pouvait dire que le style d’une équipe c’est « une manière de vivre, une culture », cela fait bien longtemps que ce n’est plus le cas.

Et pourtant l’idée du style national perdure, alors même que les italiens ne verrouillent plus leur défense ou que les allemands pratiquent un jeu tout en finesse. C’est que cette idée rassure commentateurs et spectateurs naturellement enclins à voir se confirmer leurs stéréotypes. Tout ça n’est qu’affaire de récit, de représentation collective, « d’auto programmation mentale » qui a des effets durables sur la façon dont les choses sont regardées, perçues et interprétées nous dit Sonntag. Je vous l’avais bien dit on dirait qu’il parle de la campagne du Brexit.

Si les Anglais sont sortis, c’est peut-être tout simplement parce que les Islandais ont été meilleurs… Vérité de Lapalisse que les Français feraient bien de garder en tête puisqu’ils devront les affronter dimanche prochain.

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