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Clément Abaïfouta au procès de Hissene Habre

Clément Abaïfouta : du prisonnier fossoyeur au gardien de la mémoire des morts

2 min

Clément Abaïfouta est le président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré. Il est le personnage principal du bouleversant documentaire de son compatriote Mahamat-Saleh Haroun, "Hissein Habré, une tragédie tchadienne", présenté en séance spéciale à Cannes.

Clément Abaïfouta au procès de Hissene Habre
Clément Abaïfouta au procès de Hissene Habre Crédits : Rebecca Blackwell - Sipa

En 1985, Clément Abaïfouta est un jeune étudiant en lettres modernes à l'université de N'Djamena, la capitale du Tchad. Il vient de recevoir une bourse pour aller étudier en Allemagne. Le 13 juillet, la nuit, deux hommes en civil l'arrêtent : ils appartiennent à la sinistre police politique du régime d'Hissein Habré, la DDS, soutenue par les Etats-Unis et la France de l'époque. Clément Abaïfouta est suspecté de vouloir rejoindre la rébellion, sa bourse lui ayant été accordée par un groupe d'opposition au régime.

Une longue nuit de quatre ans…

Il va passer 4 ans dans les geôles sordides de la dictature, et à sa libération, le 7 mars 1989, il ne sait toujours pas pourquoi il a été enfermé. "Un passage à vide de ma vie", dira-t-il, pendant lequel, à cause de sa carrure, il a été préposé à enterrer les nombreux détenus qui mourraient en prison de torture, mauvais traitements et malnutrition. Ce qui va faire de lui, non seulement une victime, mais aussi un des principaux témoins des exactions du régime. Dès 1991, il est sollicité par la commission d'enquête sur les crimes d'Hissein Habré. Son témoignage permettra de retrouver de nombreux corps enterrés dans la "plaine des morts" au nord-ouest de N'Djamena. On estime que près de 40 000 personnes ont trouvé la mort dans les prisons de la DDS. En 2008, devenu enseignant, il fonde l'Association des victimes des crimes du régime d'Hissein Habré, l'AVCRHH, dont il est toujours le président. A ce titre, il est l'un des principaux artisans d'une bataille juridique longue de quinze ans, qui a abouti à l'arrestation d'Hissein Habré le 30 juin 2013 au Sénégal, et la tenue de son procès de juillet 2015 à février 2016, où il sera le premier à témoigner. On attend le verdict pour la fin du mois.

Du prisonnier fossoyeur au sauveteur de la mémoire des morts

Si Clément Abaïfouta figure aujourd'hui dans cette série de portraits cannois, c'est qu'il est le personnage principal du bouleversant documentaire de son compatriote Mahamat-Saleh Haroun, "Hissein Habré, une tragédie tchadienne", présenté ce soir en séance spéciale à Cannes. Le film montre comment une dictature marque, littéralement, les corps, et l'importance d’un procès pour "sauver la mémoire des morts en prison. Il n'y aura pas de deuil tant que justice n'aura pas été rendue. Alors, on pourra pleurer ces morts..."

"Hissein Habré, une tragédie tchadienne" de Mahamat-Saleh Haroun

Intervenants
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
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