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Jean-Pierre Léaud

Jean-Pierre Léaud, naissance et agonie

2 min

Le 4 mai 1959, à la sortie de la projection d'un premier film, réalisé par un critique redouté, le public porte en triomphe un gamin gouailleur, volubile et insoumis. Il n'a pas 15 ans, mais dès ce jour, tout le monde se souviendra de son nom : Jean-Pierre Léaud.

Jean-Pierre Léaud
Jean-Pierre Léaud Crédits : RONALDGRANT/MARY EVANS - Sipa

"Les 400 coups" et les quatre films qui constitueront, sur 20 ans, la saga Antoine Doisnel, feront à jamais du personnage et de l'acteur (tant, chez Jean-Pierre Léaud plus que chez tout autre, et comme pour le roi, il y a toujours un double corps dans ses films : celui qu'il incarne et le sien propre) à la fois une icône et un fétiche de la Nouvelle Vague et de la modernité. L'incarnation d'une certaine idée du cinéma que se disputeront comme un otage Truffaut et Godard (il tourne huit films pour lui, de "Pierrot le fou" à "Décadence d'un petit commerce de cinéma"), Léaud figurant en fils symbolique écartelé entre ses deux pères de cinéma.

L'éternel jeune homme

Sa diction si particulière, antithèse de ce qu'on apprend dans les écoles de comédien, ses gestes volubiles de la main, amples et pénétrés de mystère, sa mèche sombre et folle, et surtout sa façon si particulière de mener en contrebande sa propre mise en scène à l'intérieur des films, font de lui un des rares acteurs véritablement cinéaste, au risque de s'enfermer dans ce personnage d'éternel jeune homme fantasque, comme toujours ailleurs. Jean Eustache, avec ce chef-d’œuvre qu'est "La Maman et la Putain", Pier Paolo Pasolini, et plus tard Aki Kaurismaki, Philippe Garrel, Olivier Assayas, Bertrand Bonello, Tsai Ming-Liang et tant d'autres, se seront emparé de lui comme pour marquer leur filiation avec ce qui s'est inventé, en France, à la fin des années 50. Sauf qu'entretemps, le jeune homme a vieilli, et arbore maintenant à 71 ans le visage minéral d'un vieux chef indien. Mais ce qui est bouleversant dans le film d'Albert Serra, "La Mort de Louis XIV", c'est que, dans cette allégorie de l'agonie de la liberté créatrice des années 60 et 70, derrière le masque de la mort au travail (comme Cocteau définissait le cinéma), pétille encore et toujours le regard effronté d'un enfant immortel.

Intervenants
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
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