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Thomas Piquemal, mars 2016

Thomas Piquemal, directeur financier d'EDF, démissionne

2 min

Thomas Piquemal avait fait part de ses inquiétudes concernant le financement du projet d' EPR d'Hinkley Point en Grande-Bretagne. Un projet chiffré à 23 milliards d'euros difficile à mettre en oeuvre rapidement pour un plombé par les dettes.

Thomas Piquemal, mars 2016
Thomas Piquemal, mars 2016 Crédits : Benoit Tessier - Reuters

Il est celui qui a créé la surprise et sa démission a fait lourdement chuter le titre EDF, de plus de 6 % hier.Le départ du directeur financier, Thomas Piquemal survient au moment où le groupe français est aux prises avec le financement d'un projet de chantier gigantesque : celui de la construction de 2 réacteurs nucléaires à Hinkley Point en Grande-Bretagne.  Un chantier à 23 milliards d'euros qui devrait être rentable mais qui, auparavant , coûtera de l'argent à EDF. _Thomas Piquemal réclamait un délai qu'il n'a pas obtenu. _Son portrait est signé Jean-Marc Chardon.

Ses amis le disaient "inquiets" depuis quelques  semaines. Inquiet ? mais comme l'homme est discret, difficile de savoir.

Ce qui est certain, c'est qu'il avait mis en garde contre le financement d'un projet hors-norme outre manche :

le chantier d'Hinkley point, de deux réacteurs EPR en Angleterre, où EDF pourrait tituber sous le poids des engagements.

Un risque, vraiment ? Une chance aux yeux d'Emmanuel Macron.

Dans tous les cas, un défi technologique, jouable peut-être, mais à condition de se donner quelques années avant de le lancer.

Voila l'option préférée de Thomas Piquemal.

La prudence d'un fils de commerçant du sud-ouest devenu financier à l'aise dans les grands mécanos industriels...qui a commencé sa carrière chez Arthur Andersen au sortir de l'ESSEC, mais c'est au tournant des années 2000 qu'il se fait remarquer parmi les nouveaux banquiers d'affaires... La banque Lazard rajeunit son staff, elle fait la promotion de ce que, dans le jargon, on appelle les "classes biberon" : une sélection de jeunes talents qui vont essaimer à l'international, et traiter avec les grands clients.

Thomas Piquemal est dans l'équipée.

Les fusions acquisitions , il s'y frotte avec succès , adoubé quelques années plus tard par le gourou des grands ensembles industriels, Henri Proglio.... Lequel l'emmène chez Véolia où il installe son protégé à la place du directeur financier, débarqué sans ménagement.

A ce poste, Piquemal ne déçoit pas. Il réduit les coûts comme on lui demande puis, toujours dans les pas de Proglio, c'est à EDF qu'on lui confie la direction financière... Déjà, à l'époque, il faut réduire la dette, et pacifier les relations avec Areva !

Entre deux réunions, Piquemal a besoin de se défouler : il fréquente un club de boxe à Levallois ...C'est à ce moment qu'il entend parler de l'ancien champion du monde, Christophe Tiozzo. Tiozzo, après les émeutes de 2005, voudrait créer une "académie" afin d'épauler les jeunes de banlieue. Le golden boy lui tend la main, les portes s'ouvrent.

La boxe pour promouvoir le courage , le travail , le respect aussi, tel est le credo de Piquemal : du respect, il en impose au comité exécutif d'EDF : à son arrivée a la tête du groupe , le nouveau patron, Jean-Bernard Levy lui accorde sa confiance.

Mais on a changé d'ère : l'après Fukushima, la dérégulation du marché de l'énergie, la guerre des tarifs, le vieillissement du parc nucléaire.Thomas Piquemal aura beau tenir la barre des finances , améliorer la productivité : il assiste à la chute de la valeur boursière d'EDF puis a son éviction du CAC 40.

De guerre lasse, il a préféré jeter l'éponge.

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