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Un jardinière tenant entre ses mains un jeune arbre à venir dans sa terre

La croissance verte est-elle un oxymore ?

3 min

La critique de la croissance est revenue dans le débat public à mesure que les mauvaises nouvelles s’accumulaient sur le front du climat. Il est vrai que croissance et émissions de gaz à effet de serre vont de pair. La croissance verte est-elle la solution ?

Un jardinière tenant entre ses mains un jeune arbre à venir dans sa terre
Un jardinière tenant entre ses mains un jeune arbre à venir dans sa terre Crédits : Luis Alvarez - Getty

La critique de la croissance n’est pas récente. Une de ses versions les plus radicales se trouve dans le rapport des chercheurs du MIT, Dennis et Donatella Meadows, publié en 1972 sous le titre Limits to Growth, qui fut un succès mondial. Dans cet ouvrage, les auteurs démontrent à l’aide d’un modèle que la poursuite de la croissance conduira à un effondrement qui prendra la forme d’une diminution brutale de la population accompagnée d'une dégradation des conditions de vie des survivants. Rendues inaudibles en raison de la crise économique et de la montée du chômage à partir de la fin des années 1970, ces critiques ont réapparu dans le débat public à la fin des années 1990, notamment avec la diffusion des travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et la mise en évidence du lien existant entre croissance et émissions de gaz à effet de serre. La courbe de la croissance, exponentielle à partir des années 1950 et celle des émissions de gaz à effet de serre sont en effet parfaitement superposables.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre exige-t-elle alors la fin de la croissance ? Pas du tout, répondent de nombreux économistes : ce n’est pas la croissance qui est responsable des dégradations de l’environnement mais la croissance brune, la croissance sale, celle qui s’appuie sur l’usage massif de combustibles fossiles. Il est donc selon eux tout à fait possible de conserver l’objectif de croissance à condition de découpler celle-ci de ses effets délétères et d’obtenir une croissance propre, une croissance verte.

Cette dernière expression a-t-elle un sens ou s’agit-il d’un oxymore, c’est-à-dire une figure de style qui consiste à allier deux mots de sens contradictoires ?

La controverse bat aujourd’hui son plein. Certains experts pensent que le découplage est possible et que l’on peut continuer à obtenir de la croissance en émettant moins de gaz à effet de serre. Ils s’appuient notamment sur le fait que l’on observe depuis quelques années dans les pays développés un découplage relatif de la croissance économique et des émissions au niveau mondial : le PIB croît mais les émissions de GES augmentent moins vite. Le progrès technologique permet de consommer moins d’énergie par unité de croissance et d’émettre moins de carbone par unité d’énergie consommée.

Pourtant, les émissions de gaz à effet de serre mondiales continuent à augmenter en particulier en raison de l’augmentation de la population et de ce que l’on appelle « l’effet rebond » : l’amélioration de l’efficacité entraîne une augmentation des quantités consommées. C’est notamment ce sur quoi s’appuie les opposants pour soutenir que le découplage et la croissance verte sont un mythe. Ils rappellent que la consommation mondiale des ressources matérielles a été multipliée par 23 entre 1900 et 2010, et que, s’il y a des endroits dans le monde où l'utilisation des ressources semble diminuer alors que le PIB augmente, cela est compensé par une intensification de l'utilisation des ressources ailleurs. Il n'y a donc, je cite, « aucune preuve d'un découplage absolu et continu des ressources au niveau mondial ». Pour l’obtenir, il faudrait un ensemble de ruptures technologiques majeures, certaines n’existant pas encore et d’autres risquant d’avoir des effets potentiellement délétères, comme la géo-ingénierie qui consiste à envoyer de grandes quantités de dioxyde de soufre (SO2) dans l'atmosphère pour détourner les rayons solaires.

Le plus urgent est donc sans doute d’apprendre à découpler prospérité et croissance en adoptant, individuellement et collectivement, de nouvelles pratiques favorables à la sobriété.

Vous pourrez retrouver la chronique en cliquant ici dès mercredi à 14:55 et tous les jours du lundi au vendredi à 14:55 ou sur l'application Radio-France.

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