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Un homme submergé de dossiers sur son bureau

Réduire le temps de travail, est-ce souhaitable ?

4 min

On entend souvent dire que les Français travaillent beaucoup moins que les autres Européens. Pourtant, si l’on considère bien les chiffres, ils travaillent au moins autant que leurs voisins. On oublie bien souvent de compter… le temps des femmes

Un homme submergé de dossiers sur son bureau
Un homme submergé de dossiers sur son bureau Crédits : Paul Harizan - Getty

En un peu plus d’un siècle, entre 1900 et aujourd’hui, la durée moyenne annuelle du travail a diminué de moitié en France, passant d’un peu moins de 3000 heures à un peu plus de 1500 heures par an. Cette diminution s’est opérée graduellement tout au long du siècle même si on a l’habitude de faire un focus sur la contribution des lois de réduction du temps de travail - intervenues entre 1998 et 2002 - à cette diminution. Ces lois ont en effet ramené la durée hebdomadaire du travail légale à 35h, ce qui ne signifie pas qu’il est interdit de travailler plus de 35h par semaine mais qu’au-delà, l’employeur doit payer des heures supplémentaires. Aujourd’hui, selon les chiffres de la DARES, et contrairement à ce que l’on entend trop souvent, les Français ne travaillent pas moins que les autres européens, au contraire. La durée hebdomadaire de travail moyenne des salariés est équivalente en France, en Suède et au Royaume-Uni ; elle est supérieure à celle observée en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en Italie et aux Pays Bas. Les statistiques de l’OCDE vont dans le même sens.

La spécificité française tient en deux points. D’une part, la durée de travail des salariés à temps complet est moins élevée en France que dans d’autres pays : ils travaillent 39,1 h par semaine contre 40,3 h dans l’UE à 28. D’autre part, le temps de travail des travailleurs à temps partiel – en réalité des travailleuses - est plus élevé que dans d’autres pays. C’est en général ce qu’oublient de dire les pourfendeurs du modèle français qui s’intéressent aux durées de travail des seuls travailleurs à temps complet, ce qui revient tout simplement à tirer un trait sur la contribution des femmes. En effet, le temps partiel est principalement féminin dans tous les pays : en France, 85% du travail à temps partiel est féminin, plus de 30% des femmes travaillant à temps partiel. Ce temps partiel est pour partie subi et pour partie choisi même si prendre son mercredi pour garder ses enfants peut s’apparenter à un choix contraint.

Mais il est important de remarquer que la proportion de temps partiel dans l’emploi total est bien moins élevée en France (13% de l’emploi total selon l’OCDE) qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni (plus de 22%) et que la durée moyenne de ces temps partiel est plus élevée (autour de 23h contre 18 heures). Cela signifie qu’il existe au moins deux manières de partager le temps de travail. L’une, actuellement en vigueur en Allemagne et au Royaume-Uni, mais également en France au début des années 1990 lorsqu’ont été mises en place des incitations au temps partiel, consiste à réduire le temps de travail de manière individuelle, ce qui conduit à un modèle où une forte proportion de femmes travaillent à temps partiel sur des durées courtes. Cela entraîne des conséquences évidentes en matière de salaire et d’accès aux postes de responsabilité. L’autre, la voie française choisie à la fin des années 1990, a consisté à réduire la durée du travail à temps complet pour tous, permettant une forme de déprécarisation du temps partiel.

Si l’on prend en considération que, dans notre société prétendument égalitaire, les femmes assurent quotidiennement en moyenne environ quatre heures de travail domestique et deux heures et demie de travail professionnel pendant que c’est l’inverse pour les hommes, on comprendra qu’un meilleur partage du travail, autour d’une norme de travail à temps complet plus courte mais identique pour les hommes et les femmes constituerait sans doute un des principaux moyen d’assurer une véritable égalité entre les hommes et les femmes, passant par la diffusion d’un modèle dit « à deux apporteurs de revenus deux pourvoyeurs de care ».

Cette chronique est à écouter dans son intégralité ICI à partir de vendredi à 14:55, et sur notre antenne du lundi au vendredi à 14h55 ou sur l'application Radio France.

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