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Autoportrait de Claire Bretécher, à retrouver dans l'album Inédits, édité chez Dargaud en 2007

Claire Bretécher, point à la ligne

28 min
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Longtemps considérée comme la seule femme dans un milieu d'hommes, Claire Bretécher occupe une place de pionnière, et d'exemple pour les générations d'autrices et d'auteurs qui lui ont succédé. Hommage à une figure tutélaire, autrice d'une oeuvre vivante, intemporelle, en avance sur son temps.

Autoportrait de Claire Bretécher, à retrouver dans l'album Inédits, édité chez Dargaud en 2007
Autoportrait de Claire Bretécher, à retrouver dans l'album Inédits, édité chez Dargaud en 2007 Crédits : Dargaud / Claire Bretécher

Une des plus grandes figures de la bande dessinée a disparu cette semaine, dans sa 80ème année, l'autrice Claire Bretécher. Les multiples hommages par toute une nouvelle génération d’autrices et d'auteurs attestent particulièrement de la place singulière qu'elle occupe dans l'Histoire et de le paysage de la bande dessinée française. 

Lisa Mandel souligne que "Claire Bretécher tient une place à part. Elle amenait une fraîcheur et un ton pour parler d’elle-même et des femmes qu’on n’avait jamais connu avant. Elle est intimement associée à toutes ces femmes, qui ont grandi dans les années 1950, qui ont fait mai 68. Dans l’œuvre de Bretécher, il y a de la tendresse, il n’y a pas de haine, elle rit de tout le monde. Et elle a toujours les rires de son côté. Elle est extrêmement actuelle. Je pense qu’elle a connu la malédiction des pionnières, qui veulent toujours être reconnues pour ce qu’elles font et non pas pour ce qu’elles sont. Bretécher s’est retrouvée dans cette position. Elle a préféré, malgré son travail évidemment féministe, dire « je suis un auteur, avant d’être une femme ». Elle ne voulait pas cliver, mais être dans l’égalité, son combat était là."

Les Gnangnan, les Frustrés, Agrippine, Cellulite, l'oeuvre de Claire Bretécher a révolutionné le langage de la bande dessinée, par son aspect sociologique et l'acuité particulière sur son époque, traitant de sujets comme la religion, PMA, l'identité sexuelle ou encore la question du genre. Travaillant pour Tintin, Spirou, Pilote, puis Le Nouvel Observateur après avoir fondé L'Echo des Savanes, Bretécher est une pionnière dans l'auto-édition de ses séries en album. Pour lui rendre hommage, et évoquer la ligne si singulière de Claire Bretécher, nous recevons l'autrice de bande dessinée Lisa Mandel, et l'historienne et enseignante Jessica Kohn.  

Extrait d'Une Année exemplaire, de Lisa Mandel, Jour 237, en hommage à Claire Bretécher
Extrait d'Une Année exemplaire, de Lisa Mandel, Jour 237, en hommage à Claire Bretécher Crédits : Lisa Mandel (2020)

Féministe, sans être militante, indépendante et farouche, Claire Bretécher n'était pas, contrairement à ce qu'on peut lire ici et là, la seule, ni la première autrice de bande dessinée. Longtemps invisibilisées, les dessinatrices étaient nombreuses dans les années 1960, à l'instar de Florence Cestac, Annie Goetzinger, Chantal Montélier ou encore Nicole Claveloux

Jessica Kohn, autrice d'une thèse sur les dessinateurs-illustrateurs en France et en Belgique de 1945 à 1968, explique les raisons de cette invisibilisation : En travaillant pour ma thèse, j’ai retrouvé le nom d’une quarantaine d’autrices qui travaillaient dans la bande dessinée dès avant la seconde guerre mondiale, le problème c’est qu’elles dessinaient dans des illustrés pour fillettes et comme ces illustrés n’ont pas constitué le canon de l’histoire de la bande dessiné tel qu’il est écrit aujourd’hui, elles ont souvent été oubliées, ou leurs rôles diminués, d’autant qu’elles n’ont pas été publiées en albums. Ce qui est intéressant dans l’itinéraire de Bretécher, c’est que quand elle était jeune, elle dit avoir beaucoup lu La semaine de Suzette, donc des illustrés féminins, même sans en avoir conscience, elle a lu des bandes dessinées par des femmes. Une fois que cela est dit, après la Seconde Guerre mondiale, c’est un métier qui se spécialise beaucoup dans l’univers de la presse et les femmes partent petit à petit pour se spécialiser dans l’illustration, donc au moment où Clair Bretécher commencer à travailler pour Spirou, Pilote … Elle est bien à cette époque-là une des seules femme dessinatrice de bande dessinée. 

Le premier endroit où Claire Bretécher était bien la seule femme, c'est au journal Pilote, où elle déploie déjà sa verve sociologique, et qui a joué un rôle de creuset, de laboratoire. Elle fonde, avec Nikita Mandryka et Gotlib, en 1972 L'Echo des savanes, avant de rejoindre dès 1973 Le Nouvel Observateur, pour y donner naissance aux Frustrés. Lisa Mandel définit son style comme " hyper efficace, hyper lâché, qui donne l’impression d’avoir été fait en deux minutes. C’est un style direct, avec des décors quasiment absents, centré sur les personnages, les expressions et les dialogues. C’est toute une école, un style de la presse, où il fallait aller vite." Jessica Kohn ajoute à cela : "Quand on regarde son dessin, la première chose à laquelle on pense c’est aux dessinateurs du New Yorker ou The Village Voice."

Deux planches extraites de la série Les Frustrés, l'intégrale, de Claire Bretécher
Deux planches extraites de la série Les Frustrés, l'intégrale, de Claire Bretécher Crédits : Claire Bretécher - Dargaud (2007)

Une des grandes lignes que Claire Bretécher a fait bouger, c'est la représentation des femmes dans la bande dessinée, à travers le personnage de Cellulite notamment, ou encore la célèbre Agrippine, à partir de 1988 dans Le Nouvel Observateur. Et c'est avec ce personnage qu'elle invente un langage, une nouveau vocabulaire, inimitable et indémodable, qui révolutionna l'écriture dans la bande dessinée.

Deux planches extraites d'Agrippine, l'intégrale, de Claire Bretécher
Deux planches extraites d'Agrippine, l'intégrale, de Claire Bretécher Crédits : Claire Bretécher / Dargaud (2010)

Archives et musique

  • Gotlib, à propos de Claire Bretécher dans l'émission Le Bon Plaisir, diffusée le 1er décembre 1988
  • Claire Bretécher, au micro de Claude Kiejman, dans A Voix Nue, en mars 1996 sur France Culture
  • Goldfrapp, Ooh La La, de l'album Supernature (2005)

Pour aller plus loin

Ainsi parlait Agrippine : le langage et ses aberrations dans ’Agrippine’ de Claire Bretécher, une analyse de François Poudevigne, à lire sur le site Neuvième Art, la revue en ligne de la cité Internationale de la bande dessinée et de l'image

Une grande partie de l'oeuvre de Claire Bretécher a été rééditée par les éditions Dargaud

Le feuilleton Agrippine en 5 épisodes, adaptés par Christelle Wurmser, sera rediffusé la semaine du 23 mars sur France Culture

Le projet Une année exemplaire, de Lisa Mandel est à retrouver chaque jour sur sa page Facebook notamment. 

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