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La couverture du conflit du Haut-Karabagh

7 min
À retrouver dans l'émission

Le traitement éditorial du conflit du Haut-Karabagh suscite l'intérêt des auditeurs. Pour leur répondre, Emmanuelle Daviet reçoit Arnaud Bousquet, directeur de la rédaction de France Culture dans le rendez-vous de la médiatrice.

Emmanuelle Daviet : « Comment les journalistes peuvent-ils parler d’armée séparatiste en parlant de l’Armée nationale d’Arménie et celle de la République du Haut Karabagh. Cette notion de « séparatisme » me semble reléguer le combat des arméniens du Haut-Karabagh à un caprice de provinciaux gâtés, et l’utilisation systématique du terme « séparatisme » sur France Culture me semble correspondre à un discours politiquement correct ne voulant fâcher personne mais n’expliquant rien aux auditeurs. »
Que peut-on répondre à cet auditeur ?

Arnaud Bousquet : Que sur l’intention, l’idée n’est surement pas pour nous d’adopter une quelconque ligne « politiquement correct »… Et ça va mieux en le disant… donc merci à cet auditeur de l’avoir suggéré… Et puis lui dire aussi que sur le fond, il a raison… Le mot « séparatisme » n’est pas celui qu’il convient d’utiliser… Il est même carrément inapproprié puisqu’il pourrait induire une sorte de parallèle un peu ambigu avec la situation dans l’Est de l’Ukraine. Et en effet, l’emploi de l’expression séparatisme – d’une certaine façon et même involontairement – minore le combat des arméniens du Haut-Karabagh. Pour être plus précis, il faudrait plutôt parler de « République auto-proclamée ». Mais je crois c’est aussi important de noter que depuis 1991 et la disparition de l’Union Soviétique, la République du Haut-Karabagh n’est toujours reconnue par aucun des états membre de l’Organisation des Nations Unies…

Emmanuelle Daviet : Mais donc pourquoi ce terme de république séparatiste a-t-il été employé sur l’antenne de France Culture ?

Arnaud Bousquet : Alors puisque ça n’est pas, comme je vous l’ai dit – et j’espère que ça rassurera l’auditeur qui vous a écrit – puisque ça n’est pas pour faire dans le politiquement correct, s’il vous arrive d’entendre ce terme de « république séparatiste », c’est peut-être parce que l’Agence France Presse (AFP) l’utilise dans ses dépêches. Et que par facilité, il puisse être repris tel quel par un présentateur de journal, un chroniqueur (même si –j’ai vérifié- il n’a par exemple jamais été employé dans la Revue de Presse Internationale, sur France Culture, juste après le journal de 7h30)… Donc ce n’est évidemment pas une excuse… mais c’est une explication… Et en aucun cas, en aucun cas, un jugement de valeur de notre part…

Emmanuelle Daviet : Autre message: « Le caractère binaire pour ne pas dire manichéen de la présentation de ce conflit est construit avec facilité. Je trouve le traitement déséquilibré et trop clairement favorable à la partie arménienne, voire outrancièrement favorable à l’Armenie. »
Ce point de vue vous parait-il justifié ?

Arnaud Bousquet : C’est l’une des difficultés de la couverture de ce conflit. Difficulté bêtement matérielle, administrative… C’est un fait : pour les journalistes occidentaux, il est extrêmement compliqué de se rendre sur place, sur cette zone de guerre, en entrant par l’Azerbaïdjan. C’est la réalité depuis des semaines et encore à l’heure où nous nous parlons… Notre reporter Claude BRUILLOT, qui se trouve dans la zone depuis une quinzaine de jours maintenant, n’a pas eu le choix. Pour accéder à ce secteur, il a dû transiter par Erevan, la capitale de l’Arménie. Depuis Moscou, avion jusqu’à Erevan et ensuite le Haut-Karabagh… Ensuite, là encore, disons les choses honnêtement mais clairement… même si l’Azerbaïdjan justifie son offensive militaire par la volonté de restaurer son intégrité territoriale mise à mal depuis 1994… selon les informations dont nous disposons, actuellement, les aspects les plus avérés des violations des règles internationales viennent plutôt du côté de l’Azerbaïdjan, avec une intervention turque contraire à ces mêmes règles internationales : des bombardements à l’aveugle sur des zones civiles, et la présence de miliciens syriens sur place envoyés par Ankara. C’est aussi tout cela que nos reportages et nos analyses font entendre.
Une fois que je vous ai dit ça, il nous semble indispensable de faire entendre le point de vue de Bakou. Ce que nous faisons. Par exemple en diffusant sur France Culture dans l’un de nos journaux de 18h en diffusant un entretien avec l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France.
Autre exemple, dans sa Revue de Presse Internationale du 29 septembre, Camille MAGNARD a cité des médias aussi bien arméniens qu’azerbaïdjanais, russes et turcs. Par ailleurs, je reviens à mon point de départ : Radio France tente encore, toujours, en ce moment d’envoyer un reporteur sur place côté azerbaïdjanais…

Emmanuelle Daviet : « Vous serait-il possible de parler davantage de ces événements ? «  demande un auditeur.
Concrètement comment couvrez-vous ce conflit ?

Arnaud Bousquet : Donc, pour revenir sur nos conditions de couvertures, Radio France, et sa rédaction internationale ont dépêché sur place dès la fin septembre, notre correspondant permanent à Moscou, Claude Bruillot. Qui est un grand reporteur plus qu’expérimenté… c’était l’un des premiers à rejoindre Kaboul après les attentats du 11 septembre 2001… Claude Bruillot est l’un des seuls journalistes français à avoir pu accéder au Haut-Karabagh. Il a rendu compte depuis la capitale, Stepenakert, des bombardements et de la situation des civils. Vous allez me dire, il fait juste son métier, mais je vous assure qu’il l’accomplit avec beaucoup beaucoup de courage, dans des conditions effrayantes… Sans donner de détails et pour avoir personnellement échangé avec lui ces derniers jours, Claude – nommons les choses- prend des risques physiques depuis deux semaines pour nous informer, pour témoigner, au plus près de la population… Ses reportages ont été diffusés dans toutes les éditions de France Culture – matinales, journal de 12h30, 18h et 22h. Et pour les aspects plus diplomatiques de ce conflit, ils sont également traités par nos correspondants depuis Bruxelles, Istanbul ou Moscou…

Alors évidemment il serait toujours possible de parler davantage du Haut-Karabagh, comme d’ailleurs des autres conflits en cours à travers le monde. Mais je voudrais rappeler que l’antenne de France Culture (c’est-à-dire aussi bien les journaux que les chroniques et les émissions) accorde une place prépondérante, j’allais dire prioritaire, à l’actualité internationale, plus que toute autre chaîne de Radio France…
Que nous sommes présents le plus régulièrement possible sur le suivi de ce conflit depuis le mois de septembre, et même déjà depuis le début de l’été, puisque Camille Magnard en avait fait le sujet principal de sa Revue de Presse Internationale le 15 juillet. Et nous continuerons de l’être dans les prochaines semaines. Et ce évidemment dans les journaux de France Culture, la Revue de Presse, les émissions, les chroniques… pour ne citer qu’elles… le Journal des Idées avec Jacques Munier et les Enjeux Internationaux avec Julie Gacon, entre 6h30 et 7h… C’est de bonne heure… mais justement, c’est l’occasion rêvée de découvrir la nouvelle application Radio France pour écouter ou podcaster l’ensemble de ces rendez-vous 24h/24…

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