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Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain et Citoyen

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Jean-Pierre Chevènement
Jean-Pierre Chevènement
Jean-Pierre Chevènement © RF / EG Quand on scrute la biographie de Jean-Pierre Chevènement, on a du mal à se dire qu'un homme comme lui peut sacrifier son indépendance et la souveraineté de son camp, au gouvernement central du Parti Socialiste. En 1983, hostile au tournant de la rigueur, il claque la porte du Ministère de la Recherche, sur le thème « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». En 1991, il démissionne, en pleine guerre, du ministère de la Défense pour contester l'alignement de la France sur la politique américaine dans le Golfe. En 1992, il est la figure de proue de la gauche hostile à la monnaie unique. En 1993, il quitte le PS pour tenter l'aventure à la tête du Mouvement des Citoyens. En 2000, il démissionne du gouvernement Jospin à qui il ne pardonne pas d'avoir négocié avec les nationalistes corses sans le préalable de l'arrêt des violences. En 2002, au cours d'une campagne présidentielle en dents de scie, il enjambe la gauche et la droite, et promet Valmy à des militants exaltés... Mais en 2007, après avoir fait mine de repartir à l'assaut, il offre sur un plateau son soutien à Ségolène Royal contre la maigre promesse de dix circonscriptions gagnables (dont sept étaient au départ réservées à des femmes)... Comment, pour reprendre les mots de Pierre-André Taguieff, « l'intellectuel lucide » a-t-il pu devenir un « politicien flexible » ? Comment le lion de Belfort, l'énarque anti-énarque, le triple démissionnaire, le troisième homme, le brigand Mandrin, l'homme de l'orgueil collectif qui conspue les « socialistes en escarpins », a-t-il pu devenir le féal de la Reine ? Qu'on ait ou non voté pour lui, il y a quelque chose de déconcertant (de triste ?) à voir Jean-Pierre Chevènement revenir rue de Solférino, comme un adolescent rentre au bercail après une fugue de treize ans. L'anti- antimarxiste soutient aujourd'hui celle que le PS a choisie, comme une ruse de la raison, pour adoucir et accompagner la victoire idéologique du social-libéralisme. Ceux qui le prenaient pour un général découvrent qu'il n'est qu'un stratège. Ceux qui vantaient son courage constatent que, désormais, le « Che » préfère la bravitude... Deux hypothèses se présentent : 1) Jean-Pierre Chevènement a finalement admis et intériorisé le reproche que lui faisait Lionel Jospin, qui l'accusait - pour ne pas s'accuser lui-même - d'avoir privé la gauche du second tour en 2002. 2)La défaite en rase campagne est, en fait, une victoire idéologique. L'homme du « non » rentre dans le rang, mais c'est sur lui qu'on s'aligne ; il devient royaliste, mais la Reine devient chevènementiste. Dans ce marché de non-dupes, c'est elle qui commande, mais - au fond - c'est lui qui contrôle. **Raphaël Enthoven**
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