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La sociologue Sarah Gensburger documente depuis décembre 2015 l’évolution des lieux de mémoires dans le quartier du Bataclan.

13 novembre : trois ans après, quelle place pour la mémoire dans le quartier du Bataclan ?

4 min
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Après les attentats de Paris et Saint-Denis, les hommages éphémères ont fleuri sur les lieux touchés, puis des plaques commémoratives. Des plaques pour célébrer la mémoire dans des lieux plus vivants que jamais, et qui interrogent la place de la mémoire dans l'espace public.

La sociologue Sarah Gensburger documente depuis décembre 2015 l’évolution des lieux de mémoires dans le quartier du Bataclan.
La sociologue Sarah Gensburger documente depuis décembre 2015 l’évolution des lieux de mémoires dans le quartier du Bataclan. Crédits : Clotilde Ravel - Radio France

Sur la façade du Bataclan, une plaque en mémoire des victimes est apposée depuis novembre 2016. Dans le square d’en face, une stèle érigée deux ans après les attentats comporte le nom des victimes décédées dans la salle de concert le soir du 13 novembre. Des hommages jugés « trop peu visibles ». « Je suis venu voir un concert ici, je n’avais même pas vu la plaque, elle est très discrète », témoigne un passant.

Ces remarques interrogent la place à donner à la mémoire dans l’espace public. « Certains événements, ici au Bataclan, mais aussi dans les terrasses, ont été très destructeurs de vie, mais très peu destructeurs de l’espace. Il faut réfléchir à la façon d’arbitrer entre cette absence des événements dans l’espace public et l’importance des événements », explique la sociologue Sarah Gensburger.

Chercheuse dans le domaine de la mémoire sociale et de sa localisation, ou « sociologue de la mémoire », mais aussi habitante du quartier, la jeune femme collecte depuis décembre 2015 des observations qu’elle recense d’abord sur son blog « Chroniques sociologiques du quartier du Bataclan », puis dans le livre Mémoire vive.  

Des hommages éphémères aux hommages pérennes

Des premiers hommages éphémères, comme les bougies et les lettres, aux premières plaques choisies comme outil commémoratif par la mairie de Paris, Sarah Gensburger a documenté et observé l’évolution des lieux de mémoires dans le quartier. Parmi eux, la plaque commémorative du square en face du Bataclan. 

Cette année, la stèle du square a été quelque part ‘ritualisée’. Un socle typique des monuments funéraires a été ajouté cette semaine, pour donner un statut plus important et plus solennel au lieu. D’étape en étape, on va dans une commémoration plus officielle, plus traditionnelle, plus instituée. On peut presque l’incarner dans l’évolution très matérielle de la plaque. 

Cette évolution a permis aux hommages éphémères de fleurir à nouveau, agencés par des « gardiens de la mémoire » comme les désigne Sarah Gensburger. "Comme à l’époque à République, il y a des gens qui se sont auto-institués en gardiens des lieux. Ils passent et de temps en temps remettent en scène les choses. Parce que là, on voit que la stèle a été mise en scène. Il y a un miroir au centre, une photo devant, les bougies autour…  exactement comme un petit mémorial privé ou un mausolée."

Les lieux de mémoire sont « mis en scène » par des passants, habitants ou non du quartier, observe Sarah Gensburger. Ici, les objets ont été déplacés pour donner un ensemble harmonieux.
Les lieux de mémoire sont « mis en scène » par des passants, habitants ou non du quartier, observe Sarah Gensburger. Ici, les objets ont été déplacés pour donner un ensemble harmonieux. Crédits : Clotilde Ravel - Radio France

Notre guide d’un jour nous emmène ensuite devant le bar la Bonne Bière, lieu également touché par les attentats, à l’autre bout du Boulevard Richard Lenoir. La plaque en mémoire des victimes se trouve à une cinquantaine de mètres de l’établissement.

Il n’y a aucune des plaques qui portent le nom des victimes qui est apposé sur le mur du café ou du restaurant où le massacre a eu lieu. Elles sont toujours déplacées aux abords, mais pas sur le bâtiment, pour des raisons diverses : notamment parce que la vie normale, et notamment la vie commerciale en ce qui concerne les restaurants, doit reprendre ses droits. 

Longtemps cachée par les motos garées sur le trottoir, la plaque en mémoire des victimes du bar « La Bonne Bière » a été entourée d’un socle en ciment.
Longtemps cachée par les motos garées sur le trottoir, la plaque en mémoire des victimes du bar « La Bonne Bière » a été entourée d’un socle en ciment. Crédits : Clotilde Ravel - Radio France

Erigé la première année après les attentats, ce lieu de mémoire a lui aussi fait l’objet de modification.  « Au départ, c’était assez frappant, la plaque a été apposée sur ce trottoir où les gens ont l’habitude de garer leurs motos. Donc en fait, on ne la voyait pas, il y avait des motos tout le temps devant. Là aussi, ils ont construit un socle à deux niveaux, comme un escalier à deux marches, ils ont planté des fleurs en haut comme une tombe. Encore une fois, on avance dans le solennel et dans l’institution d’un lieu mortuaire classique. »

Loin d’être accessoires, les plaques commémoratives interrogent la notion de mémoire collective liée aux attentats. La prochaine étape pourrait être la construction d’un musée-mémorial du terrorisme annoncé par Emmanuel Macron en septembre. 

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