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Borne siglée Plaxtil disposée dans une cinquantaine de lieux de Châtellerault pour que les citoyens puissent recycler leurs masques chirurgicaux

2020 : l'année du masque et de son recyclage inventé à Châtellerault !

4 min

En 2020, un nouvel objet est entré dans nos vies : le masque jetable. Problème, ses composés chimiques sont toxiques. En l'absence d'une filière nationale de recyclage, des initiatives locales s'organisent. A Châtellerault, l'entreprise Plaxtil a conçu une économie circulaire du masque.

Borne siglée Plaxtil disposée dans une cinquantaine de lieux de Châtellerault pour que les citoyens puissent recycler leurs masques chirurgicaux
Borne siglée Plaxtil disposée dans une cinquantaine de lieux de Châtellerault pour que les citoyens puissent recycler leurs masques chirurgicaux Crédits : Guillaume Souvant - AFP

Si les stocks de masques chirurgicaux et FFP2 étaient insuffisants lors de la première vague de coronavirus, ils sont désormais accessibles à tous. Néanmoins, ces protections à usage unique produisent d'importants rebuts toxiques : 400 tonnes de déchets plastiques par jour pour une consommation de deux masques par personne estime l’association « zéro waste France ». En l’absence d’une filière de recyclage nationale, des initiatives locales s’organisent comme à Châtellerault dans le département de la Vienne. "Plaxtil", une entreprise de 40 salariés a mis au point une petite chaîne de production pour recycler les masques qu'elle transforme en différents types d'objets. La matière est réutilisable à l'infini.

Un concept d'économie circulaire préexistant et dopé par la crise sanitaire

Plasturgiste dans la Vienne, l'entreprise, CDA Développement a été rachetée en 2016 par Jean-Marc Neveu, 52 ans. Cet ingénieur de formation s'est lancé dans un programme interne de R&D autour du recyclage du textile qui a donné naissance en 2019 à l'entreprise Plaxtil. La société est co-dirigée avec Olivier Civil, 51 ans. Les deux hommes se sont connus lors de leurs études à l'Ecole des Arts et Métiers de Bordeaux. Ensemble, ils ont trouvé la formule d'un nouveau matériau : "le plaxtil" qui permet de recycler des textiles usagés. Ils commencent par broyer les fibres de polypropylène dont sont composés les textiles puis ils les agrègent grâce une résine -dont les composants sont tenus secrets- afin d'obtenir une nouvelle matière première dont les capacités mécaniques ont été caractérisées par l'Institut Carnot de l'Ensam Bordeaux. Ce concept désormais breveté permet de mouler par injection de nouveaux objets. Le procédé avait été présenté au salon de la plasturgie de Düsseldorf en fin d'année dernière et avait déjà séduit la marque Kiabi qui va bientôt fabriquer des cintres grâce à la société de Châtellerault. 

Jean-Marc Neveu (à gauche) et Olivier Civil devant les moules à injection de CDA développement dont dérive Plaxtil. Initialement, la SARL fabrique des pièces en plastique pour l'aéronautique, le nucléaire ou encore l'automobile
Jean-Marc Neveu (à gauche) et Olivier Civil devant les moules à injection de CDA développement dont dérive Plaxtil. Initialement, la SARL fabrique des pièces en plastique pour l'aéronautique, le nucléaire ou encore l'automobile Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France
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La crise sanitaire a donné une visibilité inédite à cette PME du plastique et ses 40 salariés. Le procédé à peine mis au point a été appliqué aux masques chirurgicaux (composés de plastique tout comme le textile). Depuis juin dernier, la petite chaîne de production dont le technicien Pascal Montgellat a la responsabilité fonctionne à plein régime.

Pascal Montgellat est salarié de CDA Développement depuis 18 ans. Il travaille désormais sur le projet "Plaxtil"
Pascal Montgellat est salarié de CDA Développement depuis 18 ans. Il travaille désormais sur le projet "Plaxtil" Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France

"Le broyeur peut avaler l'équivalent de 150 kilos de masques par heure. Sachant qu'un masque fait 3 grammes, les capacités sont énormes" Pascal Montgellat 

Pascal Montgellat dépose ensuite les flocons de masques chirurgicaux dans un tunnel ultraviolet pour une dernière décontamination. Puis, la matière est agrégée grâce à la résine formulée pour obtenir le "Plaxtil". Au final, elle se présente sous forme de billes prêtes à être moulées par injection.

Billes en matière "Plaxtil" à base de masques chirurgicaux prêtes à être moulées pour fabriquer de nouveaux objets
Billes en matière "Plaxtil" à base de masques chirurgicaux prêtes à être moulées pour fabriquer de nouveaux objets Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France
Crochet ouvre porte hygiénique  : exemple d'objet conçu avec les billes injectables à base de masques chirurgicaux
Crochet ouvre porte hygiénique : exemple d'objet conçu avec les billes injectables à base de masques chirurgicaux Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France

Avec les billes de "Plaxtil", l'entreprise de Châtellerault fabrique des visières de protection sanitaire, des crochets ouvre porte hygiénique et des kits de géométrie (rapporteur, règle, équerre) pour les élèves des agglomérations de Poitiers et de Châtellerault qui sont ainsi sensibilisés au recyclage. 

Un concept de recyclage fondé sur des principes solidaires 

Ce concept d’économie circulaire n’aurait pas été inventé sans la présence à Structure d'Insertion par l'Activité Economique) s'inscrivant dans le champ de l'économie sociale et solidaire.uelques mètres de CDA développement de l'entreprise d'insertion Audacie. Cette structure d'insertion par l'activité économique (SIAE) s'inscrit dans le champ de l'économie sociale et solidaire. Créée par Emmaüs il y a 25 ans, l'association est désormais autonome. Elle propose à ses 32 salariés en insertion un vaste chantier textile dans un entrepôt de 2 000 mètres carrées. 

Une partie de l'entrepôt d'Audacie qui revend et recycle des textiles usagés collectés dans l'agglomération de Châtellerault
Une partie de l'entrepôt d'Audacie qui revend et recycle des textiles usagés collectés dans l'agglomération de Châtellerault Crédits : Anne Fauquembergue - AFP

L'association qui collecte et trie 316 tonnes de déchets à l'année cherchait à réduire son emprunte carbone. Une partie importante de sa collecte (140 tonnes) partait tous les ans à l'étranger pour être revendue. "Jusqu'à la création de Plaxtil, rien n'existait localement pour traiter les textiles que nous ne pouvions pas envoyer en friperie ou chez l'effilocheur. Nous espérons à terme arrêter d'exporter nos rebuts" explique Charlotte Wallet, coordinnatrice du chantier textile. Cette ancienne salariée de la grande distribution a rencontré Jean-Marc Neveu pour partager son envie de limiter ses exportations et fait partie de ces personnes qui ont contribué à faire émerger le concept "Plaxtil". 

En toute logique, Audacie contribue activement au projet de recyclage de masques. L'entreprise d'insertion participe à la collecte via l'installation de 50 bornes dans l'agglomération de Châtellerault comme l'illustre la photo ci-dessous :

Un demi-million de masques ont été collectés grâce à ces bornes. La collecte fait une pause pendant les fêtes et reprendra en janvier
Un demi-million de masques ont été collectés grâce à ces bornes. La collecte fait une pause pendant les fêtes et reprendra en janvier Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France

Avant d'arriver sur la chaîne de montage de Plaxtil. Les masques sont stockées dans des sacs poubelles pendant quarante jours dans une autre partie de l'entrepôt d'Audacie. Puis, une ou un salarié en insertion retire à l'aide de ciseaux la barrette métallique qui pince le nez et qui n'est pas recyclé par Plaxtil.

Guénaëlle Manon (à droite), la directrice d'Audacie à côté de Ascension Gimenez en insertion depuis trois mois dans l'association. Elle travaille sur les masques avant l'envoi chez l'entreprise voisine pour le recyclage
Guénaëlle Manon (à droite), la directrice d'Audacie à côté de Ascension Gimenez en insertion depuis trois mois dans l'association. Elle travaille sur les masques avant l'envoi chez l'entreprise voisine pour le recyclage Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France
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