LE DIRECT
A Donetsk, dans le Donbass, la vie presque normale malgré la guerre.

À Donetsk, la vie suspendue

5 min

Il y a cinq ans, à Minsk, un cessez-le-feu était proclamé entre l’Ukraine et le Donbass. Mais dans l’État séparatiste autoproclamé, les armes ne sont jamais vraiment tues. A Donetsk, la vie continue, tant bien que mal. En attendant un hypothétique sommet pour la paix.

A Donetsk, dans le Donbass, la vie presque normale malgré la guerre.
A Donetsk, dans le Donbass, la vie presque normale malgré la guerre. Crédits : Claude Bruillot - Radio France

Avant un nouveau sommet ce printemps à Berlin sur la question de la guerre dans le Donbass, le président de la République séparatiste autoproclamé a décidé de prendre les devants. Après bientôt six années de conflit avec Kiev, qui a fait près de 14 000 morts, Denis Pouchiline a annoncé être prêt à retirer totalement ses troupes de l'ensemble de la ligne de front. Régulièrement, le cessez-le-feu est rompu de part et d'autre. Reportage.

Crédits : Chadi Romanos - Radio France

Sur les grandes avenues du centre de Donetsk, la vie est différente pour Rouslan, 43 ans, qui tient le Café des Légendes. Loin des accords de Minsk, de la politique et même des combats, auxquels il n'a jamais voulu participer, le restaurateur ne se définit pas comme un séparatiste.

Toute sa famille habite du côté ukrainien. Il téléphone à sa mère tous les jours mais admet qu'il aurait du mal si, aujourd'hui, il devait revivre avec "ceux de Maïdan", comme il les appelle.

Je ne peux pas dire que je suis totalement séparatiste. Mais dans un pays avec des gens qui ont organisé ça, on ne peut plus vivre ensemble. Des gens qui ont été payés. C'est pour nous une grande leçon. Ils ont pris de l'argent mais ils n'ont rien reçu en retour. Je ne sais pas quand il y aura un jour de la stabilité à nouveau.

Au Café des Légendes, on peut croiser Erwann Castel, un militant breton de 57 ans, ancien officier de l'armée française au 13e Régiment de Dragons Parachutistes de Dieuze, en Moselle.

A Donetsk, place Lenine, le drapeau russe comme une protection contre le voisin ukrainien.
A Donetsk, place Lenine, le drapeau russe comme une protection contre le voisin ukrainien. Crédits : Claude Bruillot - Radio France

Spécialiste à l'époque du renseignement aéroporté, il a tout quitté pour défendre la cause des séparatistes du Donbass. Il a combattu pendant près de cinq ans à leurs côtés avant d'être grièvement blessé par une mine.

Minorité russophone

"Idéaliste", comme il se définit lui-même, Erwann Castel veut la paix pour le Donbass russophone qui l'a adopté. Mais pas à n'importe quel prix :

Au dessus de la paix, il y a la liberté. À l'origine, le Donbass s'est révolté pour défendre son identité culturelle.

Le premier défenseur de cette culture russophone se nomme Denis Pouchiline, président élu de la République populaire de Donetsk. Avant le prochain sommet sur la question du Donbass, programmé au printemps à Berlin avec la Russie, l'Allemagne, la France et l'Ukraine, il est sorti de sa réserve.

Le chef des séparatistes affirme notamment qu'il est prêt au retrait de ses troupes sur la totalité des 460 kilomètres de la ligne de front. Tout en sachant que le pouvoir ukrainien est incapable d'assumer la même démarche, sous la pression des nationalistes et d'une partie de la population qui crient à la capitulation : "Nous luttons pour ça d'une façon planifiée, mais l'Ukraine déclare officiellement qu'elle n'est pas prête et essaie de retarder le processus de retrait."

Aujourd'hui, nous n'avons jamais un jour calme. On tire tous les jours, même si ce n'est pas l'artillerie mais plutôt des tirs d'armes automatiques. Si la distance entre les forces armées était plus grande, si personne ne pouvait voir l'autre côté, on pourrait en finir avec les échanges de tirs.

Denis Pouchiline au micro de Claude Bruillot, correspondant de radio France à Moscou.
Denis Pouchiline au micro de Claude Bruillot, correspondant de radio France à Moscou. Crédits : DR - Radio France

Décidé, semble-t-il, à jouer l'ouverture, l'entourage de Denis Pouchiline a néanmoins refusé qu'une question soit posée. Elle concerne le procès aux Pays-Bas de trois Russes et d'un Ukrainien séparatiste, absents aux audiences. Tous quatre sont soupçonnés d'avoir participé à la destruction du Boeing de la Malaysia Airlines, abattu au-dessus du Donbass en juillet 2014. Un drame qui avait fait 298 morts.

Ukrainiens malgré tout

À distance des arcanes du pouvoir, il y a aussi à Donetsk des habitants qui se sentent encore ukrainiens malgré tout. C'est le cas d'Anna, une universitaire de 50 ans, née dans le Donbass et qui n'a jamais quitté Donetsk, même aux pires moments des combats. Parce qu'elle savait que ses convictions, ses aspirations, étaient justes :

Je ne veux pas que l'on me dise comment je dois vivre et quelle langue je dois parler.

"L'Ukraine est un pays où les lois ne fonctionnent pas. Où des activistes peuvent faire ce qu'ils veulent. Regardez, ça continue à tirer alors que nous avons un  cessez-le-feu il me semble. Comment avoir confiance ? C'est au gouvernement de trouver des solutions pour que les régions vivent ensemble en Ukraine", poursuit-elle.

Je n'ai pas de problème avec mes concitoyens ukrainiens. J'ai un problème avec ce gouvernement qui a fait de nous des ennemis. Nous ne sommes pas des ennemis.

L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......