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Colons juifs à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. En arrière plan, une banderole en arabe : "Sauvez Sheikh Jarra".

À Jérusalem-Est, des voisins irréconciliables

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Sheikh Jarrah est une bulle de calme, verte et douillette. C'est pourtant dans ce quartier de Jérusalem-Est, la partie de la Ville sainte occupée par Israël, que s'est cristallisée une crise qui, depuis huit jours, entre roquettes palestiniennes et bombardements de Tsahal, a déjà fait 200 morts.

Colons juifs à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. En arrière plan, une banderole en arabe : "Sauvez Sheikh Jarra".
Colons juifs à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. En arrière plan, une banderole en arabe : "Sauvez Sheikh Jarra". Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Voilà plus d'une semaine que le Hamas à Gaza et l'État hébreu sont en conflit ouvert. Aux tirs de roquettes vers Israël répondent des bombardements, et le bilan s'alourdit de jour en jour : quelque 200 morts sont ce lundi 17 mai à déplorer, après un contentieux réveillé à Jérusalem-Est.

Sheikh Jarrah, dans ce secteur qui semble constituer un point de blocage insurmontable entre Israéliens et Palestiniens, est à l'origine d'une dangereuse escalade. D'ailleurs, pour y arriver, il suffit désormais de suivre l'odeur putride du liquide des canons à eau de la police israélienne qui imprègne les environs depuis un mois... et montrer patte blanche au barrage.

Une situation inhabituelle à Sheikh Jarrah, bulle de calme avec de la verdure, de beaux jardins, des maisons à un étage, fraîches et douillettes.

Mais depuis un mois, dans l'attente d'une décision de la Cour suprême, plusieurs familles palestiniennes sont menacées d'expulsion. Et les violences, la tension, sont devenues la norme. Maïsoun Moahmad Rocheh a été molestée par la police alors qu'elle rentrait chez elle en voiture avec ses deux filles. La chaîne de télévision Al-Jazeera et les réseaux sociaux ont diffusé la scène.

Course à l'antériorité

Pour Maïsoun, qui montre l'hématome sur sa cheville violacée, la rupture est consommée : "Je ne peux pas vivre avec les colons, déplore cette habitante de la partie de Jérusalem occupée par Israël. Ce sont les plus extrêmes, il nous détestent."

Quand le Hamas répond, résiste et frappe les Juifs, ça nous donne de la force... On n'est pas assommés, on est forts.

Abou Said al-Kurdi, Palestinien de 77 ans, vit à Sheikh Jarrah depuis 56 ans. Pour lui, plutôt mourir que partir.
Abou Said al-Kurdi, Palestinien de 77 ans, vit à Sheikh Jarrah depuis 56 ans. Pour lui, plutôt mourir que partir. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Et enracinés, assure Abou Said al-Kurdi, assis sous une tente verte, sur le trottoir d'en face. Pour l'homme de 77 ans, qui vit ici depuis 1956, "[les Palestiniens sont] comme les pierres de Jérusalem, nous serons toujours là, pour l'éternité." Abou Said al-Kurdi prévient : "On quittera Jérusalem morts, on ne partira pas vivants."

Dangereuses mobilisations

L'avocate israélienne Nili Naouri, membre du Likoud (le parti de droite de Benyamin Netanyahou) et dirigeante de l'association Israel Forever, conseille l'association d'aide juridique aux colons juifs qui veulent venir s'installer à la place des palestiniens dans ce quartier que les Juifs appellent "Shimon HaTzadik" : "Les Arabes ne reconnaissent ni notre droit historique ni notre droit légal. Ce qu'on appelle le peuple palestinien est véritablement le plus gros bluff de l'histoire. Ça n'est qu'une entité qui a été créée de toutes pièces et qui est venue dans le courant du XXe siècle. C'est très différent de l'État d'Israël, car nous sommes un peuple qui est vieux de 4 000 ans. C'est écrit dans la Bible et lorsque vous faites des fouilles archéologiques, vous découvrez uniquement l'histoire du peuple juif."

"Jérusalem c'est notre tradition", insiste de son côté Mohamad Abu al-Ummus, venu en soutien d'un quartier voisin. Une tradition qui, pour ce chômeur de 54 ans expulsé du quartier en 2009, n'appartient qu'aux Palestiniens, aux musulmans et aux chrétiens.

Jérusalem, c'est l'ascension de Mahomet au ciel, c'est l'Eglise du Saint-Sépulcre. Nos rues à nous et notre histoire montrent bien qu'aucun lieu n'appartient aux Juifs dans la Vieille Ville.

Barrage de police à l'entrée de Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est, sous tension depuis le 7 mai 2021.
Barrage de police à l'entrée de Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est, sous tension depuis le 7 mai 2021. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

La Vieille Ville n'est d'ailleurs qu'à un quart d'heure de marche. De même que l'Esplanade des Mosquées, que les juifs appellent "Mont du Temple. Pour Nili Naouri, il faudra démonter le dôme doré qui trône au milieu du site (et le déplacer en Arabie saoudite), afin de libérer la place pour reconstruire le troisième temple juif : "Le Mont du Temple, en particulier, a été la source et a tout déclenché. Jérusalem est le coeur du peuple juif, de la nation juive. Mahomet n'a jamais mis les pieds à Jérusalem. Ça n'a jamais existé."

Moussa, qui vit à quelques mètres de l'Esplanade des Mosquées, ne l'a pas entendu ainsi. Il était là ce samedi 8 mai au soir, quand la police israélienne a violemment investi la mosquée Al-Aqsa : "C'est le comportement des policiers à Jérusalem !" dénonce-t-il. 

Un comportement qui, selon lui, a "agité tous les Palestiniens, musulmans et même chrétiens, en Cisjordanie, à Gaza et même en Israël".

La bataille à Al-Aqsa a agité toute la jeunesse Palestinienne. Les Israéliens nous divisent depuis 1948 et 1967, mais tout cela prouve que le peuple palestinien est uni, même à l'étranger, en Europe et dans les camps de réfugiés en Jordanie et au Liban !

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