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Dans "la ville qui ne dort jamais", la fête aura été de courte durée. À peine remise d'un printemps cauchemardesque, New York replonge dans la crise sanitaire.

À New York, une nouvelle saison sous le signe de la crise sanitaire

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Au plus fort de la pandémie, mi-avril, New York avait parfois enregistré des milliers de décès quotidiens. L'État est celui qui a payé le plus lourd tribut. Et ce pourrait ne pas en être fini, avec une nouvelle flambée épidémique aux États-Unis, qui inquiète déjà les autorités new-yorkaises.

Dans "la ville qui ne dort jamais", la fête aura été de courte durée. À peine remise d'un printemps cauchemardesque, New York replonge dans la crise sanitaire.
Dans "la ville qui ne dort jamais", la fête aura été de courte durée. À peine remise d'un printemps cauchemardesque, New York replonge dans la crise sanitaire. Crédits : David Dee Delgado/Getty Images - AFP

Aux États-Unis, la pandémie de Covid-19 n’a jamais fait plus de ravages que ces dernières semaines : au moins 2 000 morts quotidiennement et plus de 200 000 contaminations chaque jour, en moyenne. 

À New York, notamment, ville la plus meurtrie par le nouveau coronavirus, l’épidémie repart à la hausse depuis des mois et si les chiffres n’atteignent pas ceux du printemps dernier (loin de là), ils inquiètent les autorités.

Théâtres fermés, restaurants à l’agonie… L'hiver s'annonce long pour la métropole, qui avait pourtant commencé à se réveiller cet été. Reportage de notre correspondant Loig Loury.

"Tout ce qui faisait que la vie était normale… terminé"

Oublié, le réveillon à Time Square avec 750 000 personnes, pour le passage à 2020. Il y a quelques jours, seule une poignée de travailleurs essentiels avaient été invités pour le célèbre spectacle du nouvel an. 

Sur la place aux écrans géants, les touristes sont toujours désespérément absents et pour cause : outre les restrictions internationales de voyager, les 41 théâtres de Broadway sont fermés, au moins jusqu’à l’été prochain. 

Clara, ancienne actrice, croisée à Time Square confie : 

Je pense à tous ces artistes qui ont répété et ne peuvent plus jouer. Enfin… ils peuvent, « virtuellement », mais vous savez que c’est différent d’avoir un public en face de vous. Tout ce qui faisait que la vie était normale… terminé. Il ne reste que de la déception. 

Selon la Broadway League, organisation locale, la vie culturelle du quartier générait avant la crise près de 100 000 emplois, acteurs, couturiers, impresarios, mais aussi voituriers, vendeurs de souvenirs ou gérants d’hôtel, dont la plupart sont restés sur le carreau. 

Un sans-abri dort devant le New Amsterdam Theatre le 22 octobre 2020.
Un sans-abri dort devant le New Amsterdam Theatre le 22 octobre 2020. Crédits : Gary Hershorn - Getty

Les seuls spectacles, par ailleurs, ont rapporté, lors de la dernière saison pleine, entre 2018 et 2019, près de deux milliards de dollars. 

Tim est à la tête de Broadway Up Close, qui proposait avant la crise sanitaire des visites du quartier, il a donc vu son monde s’effondrer mais il a pu, depuis, rebondir, puisqu’il organise désormais des visites virtuelles. Il estime faire partie des chanceux, par rapport à tous ses collègues :

On se rend vraiment compte à quel point Broadway est important… à plus large échelle pour l’écosystème économique de New York… et plus particulièrement pour le coeur de Manhattan… Les théâtres sont fermés… et du coup, tous les commerces autour le sont aussi. Dans les quartiers alentours, la vie revient petit à petit. Ceci dit, c’est différent pour les restaurants.

Une ville en pleine mutation, pour le pire et le meilleur

Mais ce sont sans doute les restaurants qui payent le plus lourd tribut de la crise sanitaire à New York. En octobre, l’écrasante majorité des établissements (ceux qui n’avaient pas fermé) étaient ainsi déjà dans l’impossibilité de payer un loyer. 

Irène est la propriétaire du Kellogg’s, un célèbre diner du quartier de Williamsburg. Le mois dernier, une seconde interdiction de servir en salle dans toute la ville l’a poussée à attaquer les autorités en justice. Car le Kellogg’s, mal situé, sans terrasse extérieure est condamné à mort. "Surtout maintenant, avec l’hiver. Pour le premier confinement, il faisait plus doux, c’était différent, les gens sortaient. Maintenant avec ce froid ? Tout le monde reste à la maison. Cette fermeture est plus désastreuse que la première", explique-t-elle. "Le gouverneur, le maire, nous ont confisqué notre droit de gagner notre vie. Ils nous ont tout pris", ajoute-t-elle. 

Une ville en pleine mutation, pour le pire, et le meilleur : la métropole se réinvente grâce à de nouvelles solidarités. "La ville a survécu a beaucoup de versions différentes d’elles même" dit une tribune de The Atlantic, évoquant le 11 septembre, l’ouragan Sandy ou la crise des subprimes en 2008. 

Aaron Webber, dont l’entreprise familiale possède des dizaines de locaux commerciaux (restaurants, épiceries, laveries…) a laissé ces derniers mois ses locataires payer ce qu’ils pouvaient, en espérant que le château de cartes ne s’écroule pas.  

On s’occupe d’un restaurant chinois qui n’a pas payé de loyer depuis mars. Mais on a été gentils, on discute et la propriétaire possède une maison en Chine. Elle l’a vendue et a pu payer une partie du loyer. Et on est contents avec ça, très reconnaissants. Avant, la relation était très différente. Maintenant, c’est plutôt un partenariat. Si on reste ensemble, alors ça ira. En espérant que nos quartiers conservent un peu de ce qu’ils étaient avant le Covid.

"Et même s’il fait gris, le soleil finira par percer un autre jour"

Une affaire de résilience, sans doute, mais l’hiver sera long pour New York, désertée, appauvrie, en attendant l’éclaircie. 

Robert, 76 ans, qui arrondit sa retraite en chantant à Union Square et essaye de remonter le moral des troupes, confie : 

Tout le monde est plus ou moins fatigué… psychologiquement… spirituellement. Vous savez, on a besoin d’énergie. Les gens ont perdu tellement d’espoir. Et parfois, cet espoir il faut le créer pour les autres. C’est pour ça que je fais ça. J’espère que ça aidera quelqu’un à se sentir mieux. Et même s’il fait gris, le soleil finira par percer un autre jour.

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