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Scène ordinaire dans les rues de Rio, en ce décembre sous le joug du coronavirus.

À Rio, le carnaval des irresponsables en temps de Covid-19

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Le Brésil est à l’heure des vacances d’été. À Rio, la fête bat son plein, malgré l’annulation du carnaval. Malgré, surtout, le rebond épidémique, qui tue 1 000 personnes chaque jour. Et le déni du président n’arrange rien : il exonère les inconscients tout autant qu’il retarde l’arrivée des vaccins.

Scène ordinaire dans les rues de Rio, en ce décembre sous le joug du coronavirus.
Scène ordinaire dans les rues de Rio, en ce décembre sous le joug du coronavirus. Crédits : MAURO PIMENTEL - AFP

Au Brésil, le pays a passé la barre des 190 000 morts dus au Covid 19 le samedi 26 décembre (le lendemain de noël). Depuis le début du mois de décembre, le nombre de décès a de nouveau augmenté pour atteindre près de 1000 décès par jour. Le Brésil se retrouve d’autre part démunis pour la vaccination : le déni du président Bolsonaro va aussi retarder l’arrivée des vaccins alors que le Chili, le Mexique et l’Argentine ont déjà commencé à vacciner leurs médecins. 

Le quartier de Copacabana à Rio de Janeiro manque clairement de touristes cette année. Peu de gens déambulent sur les pavés le long de sa célèbre plage. Ceux qui font défaut en particulier sont les gringos, une dénomination qui au Brésil englobe tout touriste étranger. Carlos est un vendeur ambulant. Fin décembre, il travaille normalement vingt heures par jour pour vendre ses boissons. Mais cette année, il s’arrête bien plus tôt.

« Je n’ai vu aucun gringo, depuis cette pandémie. On a que des touristes brésiliens. Je n’avais jamais vu une situation comme cela : zéro gringo. À cette époque, d'habitude, tout est plein. Là, les hôtels sont vides. En plus, ils ont annulé le carnaval. Or pour nous, ce sont quatre jours où on vend beaucoup. »

Ça ne peut qu’empirer en 2021, les gens vont avoir faim.

La fête continue

Pourtant, un peu plus loin, les terrasses des restaurants sont animées. Les serveurs sont bien masqués mais les clients attablés parlent et rient fort. Un couple déguste une bonne bouteille de vin en regardant la plage. On dirait presque que la pandémie n’a pas existé. Antonio et sa femme assurent néanmoins qu’ils n’oublient pas les gestes barrière.

« On vient de São Paulo, où les gens ne font pas attention, en particulier les jeunes. Nous, on a peur, c’est pour cela qu’on reste en terrasse. On garde le masque le plus de temps possible, et on se sent à peu près tranquilles. On a certes peur mais on ne pas vivre tout le temps enfermés. On a déjà passé l’année à l'intérieur, alors on a besoin de sortir. »

Le besoin de sortir des Brésiliens sauve l’industrie touristique de Rio, la plus importante du pays. Impossible pour eux de franchir les frontières cette année, alors ils découvrent leur pays, et en particulier celle qu’on nomme « la ville merveilleuse ». Une ville bien souvent réservée aux étrangers à cette période. À Rio, donc, tout est ouvert : bars, restaurants, plages, monuments, musées. Et selon Claudio, chauffeur de taxi, les touristes sont inconscients, et le président Jair Bolsonaro n'a rien fait pour infléchir les comportements.

Parmi les touristes brésiliens, 70 à 80 % n’utilisent pas de masque. Il n’y a pas de contrôle ! Ça, c’est la réalité, ça ne sert à rien de la dissimuler : les fêtes sur la plage, les gens qui s’agglomèrent sans masque.

« Selon moi, le président a donné le mauvais exemple. Qu’il n’en utilise pas, c’est une chose, mais qu’au moins il conseille aux personnes qui le suivent d’utiliser le masque. S'il avait fait cela au début de la pandémie, cela aurait limité les problèmes. »

Les autorités aux abonnés absents

Depuis le début du mois de décembre, le Brésil connaît en effet une augmentation du nombre de cas de Covid-19. À nouveau, le pays déplore près de 1 000 morts par jour. Et les autorités n’ont pris quasiment aucune mesure : le maire de Rio a finalement décidé d’annuler son traditionnel réveillon – près de 1 million de personnes se retrouvent sur la plage. Mais avant cela, et alors que l’été bat son plein, c’est un vrai relâchement, selon Claudia, qui tient un bar devant la plage d'Ipanema.

« Ce que j’ai pu constater, pour être sincère, ce sont des agglomérations sur la plage, dans les bars, des fêtes. Ici, ça va, car on essaye de garder le contrôle, mais dans les lieux publics, il n’y a aucun respect des distances. »

Les gens ne s’inquiètent que quand ça les touche directement. 

Dans ce contexte, le Brésil risque pourtant d’être dans les derniers pays à bénéficier de la vaccination. Une nouvelle faute du président, qui n’a pas pris les mesures nécessaires et ne cesse de dénigrer le vaccin.

L'économie nationale, et en particulier le tourisme, déjà durement touchés, vont en payer le prix. Selon une étude de la Fondation Getulio Vargas, Rio va perdre près de 2 milliards d’euros et 150 000 emplois avec l’annulation du réveillon et du carnaval. Mais sans contrôle ni mesures, la pandémie risque surtout de faire toujours plus de victimes 

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