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Antoine Thibault dans sa ferme de Cintray, Eure, février 2021

Antoine Thibault dit @AgriSkippy : éleveur, youtubeur et transmetteur

4 min
À retrouver dans l'émission

Ses vidéos toutes simples racontent le métier d'éleveur dans une ferme de 110 vaches, en Normandie. Grandes joies, petites peines, et haut niveau de technicité de son métier sont donnés à voir sur YouTube, et ça cartonne. Portrait d'un agriculteur connecté, à la terre et à son temps.

Antoine Thibault dans sa ferme de Cintray, Eure, février 2021
Antoine Thibault dans sa ferme de Cintray, Eure, février 2021 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Puisque c'est en "distanciel" qu'a lieu cette année ce qui fait office de Salon de l'Agriculture 2021, nous nous intéressons à un agriculteur qui maitrise les réseaux sociaux comme personne : Antoine Thibault, qui se présente sur Twitter, Youtube et Facebook sous l'alias d'@AgriSkippy, a commencé en 2016 de poster des vidéos qui expliquaient le bien être animal vu de sa ferme de vaches laitières. Et qui, à son plus grand étonnement, ont connu un succès immédiat. Et suscité quelques réactions violentes également. A cette date Antoine Thibault est donc devenu l'un des membres les plus actifs et les plus connus d'une communauté qui ne cesse de s'élargir : les agriculteurs communiquant sur les réseaux sociaux.

Relayer une réalité différente

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"On a vu des reportages à charge sur le bien être animal, alors je voulais vous montrer comment ça se passe dans ma ferme, la plus belle ferme du monde, parce que c'est la mienne."

C'est comme cela que début la toute première vidéo postée par Antoine Thibault, vue plus de 70 000 fois.  Des vidéos à son image:  sincères, sans chichis, très pédagogiques. "Je me suis aperçu que sur Twitter, il y avait une communauté agricole très sympa. Cela m'a permis de rompre un peu l'isolement de mon travail à la ferme, parce qu'au fond de mes bois, c'est très joli mais je suis tout seul " raconte Antoine, qui découvre dans le même temps que la communauté anti-élevage est elle aussi très étendue, et relaye une réalité qui selon lui existe, mais n'est pas la sienne. Alors à Noël 2017, aidé de ses enfants et de ses neveux, il fabrique sa première vidéo, qui raconte tout simplement, comment il prend soin de ses animaux au quotidien. Malgré beaucoup de commentaires violents ("J'ai reçu des menaces de mort lâche t-il") il est étonné de l'immense curiosité que suscite son travail. Et continue. De vidéos en vidéos, il est reposté par des sites de plus large audience, comme le Huffington Post, et finit par acquérir une vraie notoriété dans le milieu. Faut-il épandre ou non ses engrais, qu'est ce que l'ensilage, ou encore pourquoi sépare t-on les veaux de leur mère... autant de questions auxquelles ils tente de répondre de façon pédagogique, ce qui lui vaut aussi d'être contacté par des marques et de se faire "influenceur" "bien malgré moi, je n'ai rien demandé" s'amuse t-il.

Transmettre, après avoir reçu

Le hameau où la famille Thibault se transmet l'exploitation depuis 4 générations.
Le hameau où la famille Thibault se transmet l'exploitation depuis 4 générations. Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Cette vie d'agriculteur, dans cette ferme de 60 vaches laitières et 50 génisses à Cintray, dans l'Eure, Antoine Thibault, 43 ans et 4 enfants, la connait depuis l'enfance. "Le hameau a été acheté par mon arrière grand-père en 1936. Grandir dans ce milieu là, avec mes grands parents, ma grande tante...c'était génial. Je passais tous mes mercredis et samedis à la ferme avec mon père et mon grand-père, j'ai appris à conduire un tracteur à 12 ans. C'est seulement plus tard que j'ai compris que c'était un métier très technique, très scientifique." 

La fourche de la famille Thibault
La fourche de la famille Thibault Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Après une des études avortées d'ingénieur et un apprentissage dans le secteur des travaux publics, il comprend qu'avoir un patron sur le dos risque de vite l'ennuyer. Il bifurque donc vers les études agricoles et prend la suite de son père, qui lui quitte un métier devenu trop pesant ; un métier qui "lui a abimé la santé" explique Antoine. Malgré cela il reprend donc la ferme, et essaye, tous les jours, de se "creuser la  tête" pour économiser ici et là quelques euros, en améliorant la nourriture de ses vaches, en tentant de limiter les intrants etc. Aujourd'hui il se lance, avec d'autres collègues du coin, dans l'exploitation d'un grand méthaniseur. Tout cela il l'explique sur YouTube ou sur Twitter, car transmettre, il adore ça. Il se souvient, ému, de ce que lui ont transmis ses grands-parents avec lesquels il a passé son enfance ("Chez eux il y avait la télé"), et qu'il a réussi à leur rendre en revenant exploiter la ferme. Symbole de cette transmission intergénérationnelle : la fourche qu'utilisait son grand-père pour ramener le foin vers les veaux, et qu'utilise toujours Antoine, malgré ses dents inégales et usées. 

"Les agriculteurs qui se plaignent, je ne veux plus l'entendre"

Veaux de la ferme d'Antoine Thibault, Cintray, Eure,  février 2021
Veaux de la ferme d'Antoine Thibault, Cintray, Eure, février 2021 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Antoine est transparent sur son niveau de vie : il n'a pas un sou de côté et un lourd crédit à rembourser mais il estime bien gagner sa vie avec 2 700 euros par mois, fruit du lait qu'il vend à la coopérative Sodiaal. De toute façon "AgriSkippy" n'est pas du genre à se plaindre.

"Je suis heureux oui. Je mets trois minutes à pied pour venir au travail, j'ai un métier au contact de la nature, un métier qui a du sens. Le discours des agriculteurs qui se plaignent, je ne veux plus l'entendre. Encore moins maintenant parce que ce n'est pas comme ça qu'on va faire envie aux jeunes."

Sa notoriété lui a permis de participer il y a peu aune table ronde en présence du président de la République et des ministres de l'agriculture et de l'écologie. 

Ce reportage a été diffusé pour la première fois le 5 mars 2021.

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