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Maison Athos près de Bordeaux et photo de groupe avant de passer à table des membres présents par la coordinatrice.

Athos, une maison pour les militaires blessés psychiques

4 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le début de l'année, les armées expérimentent les maisons Athos. Ces maisons accueillent les militaires blessés psychiques afin de réapprendre à vivre au travers d'activités du quotidien. Deux d'entre elles ont ouvert leurs portes, à Toulon, dans le Var, et près de Bordeaux, en Gironde.

Maison Athos près de Bordeaux et photo de groupe avant de passer à table des membres présents par la coordinatrice.
Maison Athos près de Bordeaux et photo de groupe avant de passer à table des membres présents par la coordinatrice. Crédits : Nathalie Hernandez - Radio France

À une vingtaine de minutes du centre de ville de Bordeaux, cachée dans la verdure, une belle bâtisse de pierres blanches accueillent des femmes et des hommes, tous militaires avec le triste dénominateur  commun de souffrir d'une blessure invisible : le syndrome de stress post traumatique.  

Avec celle de Toulon, ces deux maisons Athos ont ouvert leurs portes en janvier dernier. Ces structures psycho-sociales vont permettre aux blessés psychiques de "se relever", de réapprendre les gestes du quotidien pour pouvoir se construire ensuite un avenir.   

Les armées se sont notamment inspirées du modèle des Clubhouses créées en 1948 aux États-Unis. Ces maisons non médicalisées étaient destinées aux personnes psychiquement fragiles afin de rompre leur isolement et de reprendre pied.  

Athos : un maillon qui manquait dans la chaîne de reconstruction des blessés

"On n'est que des blessés, il n'y a pas d'uniforme. On remet les choses en place dans l'acceptation de ce qu'on est pour pouvoir reprendre tout simplement le cours de notre vie" explique Vincent l'un de  ses membres. C'est comme cela qu'on les appelle et ils sont membres à vie. 

Comme Vincent, Aurélie, Marie, Serge, Jean-Pierre et Émilien ont été soldat ou gendarme pendant de longues années. Mais après une mission, un combat, leur vie a basculé. Blessé psychique.  

Après un suivi médical, sur la base du volontariat, ces femmes et ces hommes vont pouvoir quand ils le souhaitent dans ces maisons Athos pour quelques heures ou quelques jours.

"C'est une vraie maison de famille entre les vignes et les champs, décrit Pierre Knecht, ancien militaire et directeur de la maison, avec en plus des studios indépendants. Nous pouvons accueillir en nuitée jusqu'à 8 membres."

L'objectif est de travailler sur la confiance, l'autonomie et l'avenir, explique Pierre Knecht, grâce à toutes sortes d'activités qui sont proposées. Que ce soit une randonnée, du jardinage ou encore comme aujourd'hui la préparation du déjeuner avec au menu une paella. "C'est un des membres qui s'est porté volontaire et qui a demandé à cuisiner pour ses camarades" précise avec le sourire le directeur de la maison Athos. 

Un havre de paix

Jean-Pierre est le maître d'œuvre, entouré de ses "marmitons" du jour dans cette grande cuisine qui est la  pièce centrale de la maison. Les rires ponctuent la préparation du repas, qui pourrait imaginer autre chose qu'une bande de copains heureux d'être ensemble, bien loin de cette blessure qui les a rongés pendant des mois voire des années.  

L'activité du jour : préparer une paella.
L'activité du jour : préparer une paella. Crédits : Nathalie Hernandez - Radio France

Aujourd'hui, ce qui peut paraître banal est en fait un retour à la vie. Serge, soldat pendant quinze ans a craqué après une "opex", une opération extérieure. J'ai fait trois "opex" et au cours de l'une d'elles, ça a mal tourné pour moi et mes camarades, raconte Serge, la voix nouée par l'émotion. "J'ai décidé que je ne voulais plus jamais repartir en mission. Je m'étais dit que si je repartais, ça allait mal se passer pour moi. J'ai quitté l'institution" ajoute-t-il. Le destin ne va pas l'épargner. Serge est victime d'un accident de voiture. Il ne va pas bien mais il continue et met de côté ce qu'il appelle à ce moment ces états d'âme. "J'ai été embauché à la ville de Bordeaux pour conduire des trams, poursuit Serge. Durant toutes ces années, je me sentais pas bien. Et j'ai subi une agression. Là, tout s'est écroulé. Cauchemars, renfermé sur moi-même, je ne parlais plus à personne. J'avais l'impression d'être vide" confie t-il. "Je ne sentais plus le froid, le chaud. Un jour où j'ai failli passer à l'acte (mettre fin à ses jours ndlr), là, je suis allé consulter à l'hôpital Robert Piqué (Hôpital d'Instruction des Armées de Bordeaux). Depuis je suis soigné ici, je me sens apaisé, je me sens moi. Je suis au milieu de gens comme moi donc on peut parler de choses qui nous sont communes. Cela nous permet d'avancer plus vite, de se sentir protégé. C'est un havre de paix" conclut Serge. 

2 800 blessés psychiques dans les armées

Ce havre de paix, comme l'appelle Serge, est encadré par une petite équipe mixte composée d'anciens militaires et de civils. Autour de son directeur, une coordinatrice et trois accompagnateurs dont Emmanuel D'Avezac, ancien charpentier et Compagnon du Devoir. "On essaie de s'adapter à chacun, il y a des gens qui viennent régulièrement, certains sont déjà bien avancés dans leur parcours de reconstruction, de réhabilitation, détaille Emmanuel D'Avezac. "Tout n'est pas toujours prévu, ça peut être un projet sportif plus ou moins intense ou des activités plus douces. On se tourne vers le futur en essayant de vivre jour après jour" ajoute-t-il.  

Ce 14 juillet sera un moment de fierté dans l'existence de Vincent, blessé psychique après sa mission au Rwanda. Il va pouvoir assister dans les tribunes au défilé avec ses enfants. 

"Pour moi, c'est une reconnaissance, livre Vincent. Pour mes enfants, ils sont jeunes, ils ont 6 et 11 ans. Ils comprennent à leur âge ce qu'ils peuvent comprendre. Mais ça va être un moment où je vais pouvoir partager émotionnellement avec eux au travers d'un évènement des choses que jusqu'à maintenant je n'ai peut-être pas réussi à partager".

Vincent comme Serge ont voulu  témoigner aussi pour les autres , ceux qui n'ont pas encore osé demander de l'aide. Les armées ont à ce jour identifié 2 800 blessés psychiques dans leurs rangs, ils seraient en réalité deux fois plus nombreux. 

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