LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La Cité des Morts, au Caire, en Egypte (archives).

Au Caire, le sort funeste de la Cité des morts

4 min
À retrouver dans l'émission

Victime depuis plus d’un an de projets d’aménagements urbains dans la capitale égyptienne, la "Cité des Morts", pourtant classée au patrimoine mondial de l'Unesco, est en train d'être partiellement démolie. Une poignée d’experts et de passionnés tentent de stopper ces destructions.

La Cité des Morts, au Caire, en Egypte (archives).
La Cité des Morts, au Caire, en Egypte (archives). Crédits : Michel Setboun - Getty

Moustafa Sadeq est médecin de profession. C’est aussi un passionné qui connaît la "Cité des morts", au cœur du Caire, sur le bout des doigts. Il dirige ce matin la visite le long de la route que le gouvernement veut élargir, dans le secteur Imam el-Shafayi. "Ça, c’est le mausolée de Aly Fahmi, qui était membre du maglis el-shouyoukh, une sorte de sénat, explique-t-il. Le bâtiment même te dit que c’est quelque chose d’important et qu’il a appartenu à quelqu’un d’important dans l’histoire de l’Égypte."

Fondée au VIIe siècle, la Cité des morts est un immense quartier funéraire de plus de 1 000 hectares, toujours en activité. Les tombeaux menacés de destruction datent du XIXe et du XXe siècle. Des trésors méconnus du grand public, déplore Nada Zennedine, doctorante en préservation du patrimoine.

Beaucoup de gens ne savent pas qu’un lieu comme celui-ci a une grande valeur. Ce n’est pas qu’un cimetière où des gens sont enterrés. Il y a des constructions, des décors, des pierres tombales, des inscriptions que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

"C’est un lieu qui mérite d’être visité. Donc nous documentons tout cela pour le faire connaître."

Urbanisation galopante

Quelques centaines de mètres plus bas, le long de cette route, des employés municipaux ont marqué à la bombe les tombeaux à démolir. "C’est la marque qu’ils ont peinte ici pour indiquer que la route doit passer à cet endroit", précise Ahmed. 

Tombeaux anciens dans la Cité des morts, au Caire (archives)
Tombeaux anciens dans la Cité des morts, au Caire (archives) Crédits : Eric Bouvet - Getty

Dans la partie nord de la Cité des morts, plusieurs dizaines de tombes ont été détruites l’an dernier, en dépit de l’opposition des descendants. Ahmed redoute que ce scénario se répète. 

Actuellement, rien n’est étudié ! Tous ces projets de développement doivent être ultrarapides et afficher des résultats visibles dans l’année ou la suivante ! À quoi cette route va-t-elle servir ? Elle va me permettre de gagner dix à quinze minutes en voiture ? Qu’est-ce que ça vaut ? Pas grand chose !

Cette nécropole était jusqu’au début du XXe siècle en périphérie du Caire. En raison de l’étalement urbain, elle se trouve maintenant au cœur de la capitale égyptienne.

Un marqueur identitaire

La colline du Mokattam surplombe la Cité des morts. "Sous vos yeux ce sont 1 400 ans d’histoire. Le premier cimetière d’Égypte de la période musulmane", décrit Tariq el-Murri, expert en préservation du patrimoine.

"Nous pouvons distinguer les mausolées importants dédiés à des figures religieuses, comme par exemple l’imam el-Shafahi ou Ibn al-Fard. Et vous voyez autour les tombes qui appartiennent à des familles ordinaires. Mais on constate une continuité, avec quasiment les mêmes structures depuis le VIIe siècle."

Si aujourd’hui nous détruisons cela, nous perdrons une grande part de notre identité et de notre histoire.

Au sein du Caire historique, la Cité des morts est classée par l’Unesco. Contactée pour ce reportage, l’organisation onusienne rappelle l’Égypte à ses engagements de protection de ce patrimoine mondial.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Journaliste
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......