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Les habitants de Sobane-Kou enterrent leurs morts après que, le 9 juin 2019, des hommes armés ont attaqué le village dogon, tuant au moins 35 personnes dont 22 enfants de moins de 12 ans.

Au Mali, l'urgence de négocier avec tous pour faire taire les armes

4 min
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Pour pacifier leur pays, éreinté par huit années de pression terroriste, les Maliens ne peuvent désormais plus compter sur la présence de l'armée française et Barkhane, en cours de redéploiement. Alors, plutôt que la force, nombreux sont ceux qui prônent le dialogue, y compris avec les djihadistes.

Les habitants de Sobane-Kou enterrent leurs morts après que, le 9 juin 2019, des hommes armés ont attaqué le village dogon, tuant au moins 35 personnes dont 22 enfants de moins de 12 ans.
Les habitants de Sobane-Kou enterrent leurs morts après que, le 9 juin 2019, des hommes armés ont attaqué le village dogon, tuant au moins 35 personnes dont 22 enfants de moins de 12 ans. Crédits : AFP

Doit-on oui ou non négocier avec les terroristes ? Pour le président français, la réponse est non. On ne discute pas avec les djihadistes. C’est, d’ailleurs, l’une des raisons qui a abouti il y a quelques jours à l’annonce de la fin de la présence militaire française Barkhane sous sa forme actuelle dans la région.

Au Mali, en revanche, le débat n’est pas aussi tranché. On a pu s’en rendre compte il y a quelques mois lors de la libération d’otages, dont la Française Sophie Pétronin. Le gouvernement en place avait consenti un échange de prisonniers djihadistes. À Bamako, à 6 000 km de Paris, la négociation est parfois inévitable.

Comme l’explique Mamadou Tembelli, habitant du centre du pays, les populations sont épuisées par cette guerre.

"Vraiment, on est fatigués. Notre pays, le pays Dogon, est très touristique. Mais depuis six ans, on n'arrive même pas à dormir. On est prisonniers de notre village. Chez les Peuls, c'est pareil. C'est quel genre de conflit ? On ne sait même pas."

La force française Barkhane, chargée de lutter contre les mouvements jihadistes au Sahel, compte encore aujourd’hui six base militaires au Mali. Son retrait vient d'être annoncé.
La force française Barkhane, chargée de lutter contre les mouvements jihadistes au Sahel, compte encore aujourd’hui six base militaires au Mali. Son retrait vient d'être annoncé. Crédits : Frédéric Pétry / Hans Lucas - AFP

Il faut négocier avec les terroristes, d'autant que les chefs qui sont ici sont tous des Maliens. Donc si on s'assoit pour parler, on trouvera une solution. 

Pour Mamadou Tembelli, comme une bonne partie de la population, la négociation est donc possible. En témoigne celle qui s’était exprimée fin 2019, qui avait été initiée pour tenter de trouver une solution à cette guerre par l’ancienne majorité, dont faisait partie Amadou Koita.

Réalité complexe

"Le dialogue national inclusif qui s'est tenu il y a un an a demandé de négocier avec ceux qui n'ont pas les mains tachées de sang. Mais la pauvreté, souvent, la situation économique difficile, constitue un terreau fertile pour l'enrôlement de jeunes dans le terrorisme. Voilà pourquoi nous avons estimé qu'il fallait créer les conditions pour négocier avec ceux qui avaient pris le mauvais chemin et faire en sorte que l'on puisse les ramener sur le bon chemin."

Et si un consensus semble se dessiner au Mali pour aller vers plus de dialogue et de négociations avec ceux qui font la guerre, il reste toutefois un certain nombre de problèmes à régler.

Discuter de quoi ? Avec qui ? Quels groupes armés ? Les hommes en armes sont nombreux aujourd'hui au Mali. 

La pauvreté, comme ici dans un camp de réfugiés maliens au Burkina Faso voisin, constitue un terreau de recrutement fertile pour les groupes jihadistes du Sahel.
La pauvreté, comme ici dans un camp de réfugiés maliens au Burkina Faso voisin, constitue un terreau de recrutement fertile pour les groupes jihadistes du Sahel. Crédits : OLYMPIA DE MAISMONT - AFP

Jérôme Pigné, président du Réseau stratégique sur la sécurité au Sahel, un réseau citoyen, précise : "Est-ce qu'on discute avec des milices ? Est-ce qu'on discute avec des groupes armés terroristes ? Qui sont ces groupes armés terroristes ? Est-ce qu'on négocie des accès, des corridors humanitaires ? Le fait d'écarter les jeunes de certains trafics ?"

C'est toujours une question d'ascendant militaire et stratégique. Malheureusement, sur le terrain, depuis quelques années et, surtout, depuis quelques mois, l'avantage est aux groupes armés terroristes, et pas aux forces conventionnelles. 

Lignes rouges

Alors avec qui négocier ? Avec des hommes comme Ag Ghali, leader politique des terroristes dans toute la région, ou avec un homme comme Amadou Koufa, de la Katiba Macina, un acteur local. Avec tout le monde, estime Boubacar Ba, chercheur et proche du nouveau pouvoir malien.

"Amadou Koufa est dans la chaîne de négociation. On négocie avec le conseil des familles dirigeantes, on négocie avec les bergers, on négocie avec les populations locales. Ce sont ces populations qui vont dire ensuite à Koufa 'Attention, nous en avons assez de cette guerre ! Nous voulons aller sur d'autres voies, nous voulons l'école'."

Assimi Goita, le nouvel homme fort du pays auteur de 2 coups d'état en moins d'un an lors de son intronisation à Bamako
Assimi Goita, le nouvel homme fort du pays auteur de 2 coups d'état en moins d'un an lors de son intronisation à Bamako Crédits : Nathanael Charbonnier - Radio France

Négocier avec tout le monde mais forcément avec n’importe qui, semble pourtant lui répondre Drissa Traoré, de la Fédération internationale des droits de l’homme, qui rappelle que la paix de demain ne peut se faire dans l’impunité totale.

Dans le cadre d'éventuels dialogues avec les groupes djihadistes, il faut peut-être mettre un curseur sur les lignes rouges à ne pas franchir. Pour nous, il faut veiller à ce que les auteurs de crimes graves ne puissent pas échapper à la justice. 

Enfin, à Bamako, cette marche inévitable vers la négociation avec les djihadistes inquiète aussi, notamment ceux qui se sentaient protégés par les militaires français de l’opération Barkhane.

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