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Deux hommes dans un paysage de destruction et de débris aux abords du port de Beyrouth détruit après l’explosion du mardi 4 août 2020.

Beyrouth, ville meurtrie, peut-elle se relever ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Un mois après l'explosion du port de Beyrouth dont le bilan est de 171 morts et plus de 6 500 blessés, la capitale libanaise va-t-elle réussir à se relever ? Etat des lieux au moment où Emmanuel Macron revient sur place.

Deux hommes dans un paysage de destruction et de débris aux abords du port de Beyrouth détruit après l’explosion du mardi 4 août 2020.
Deux hommes dans un paysage de destruction et de débris aux abords du port de Beyrouth détruit après l’explosion du mardi 4 août 2020. Crédits : Nathanael Charbonnier - Radio France

Il y a quatre semaines jour pour jour, le mardi 4 août, peu après 18h, une double explosion ravageait le port de Beyrouth et une bonne partie de la capitale libanaise. La troisième explosion la plus puissante enregistrée dans le monde après Hiroshima et Nagasaki. 

Avec un bilan de 171 morts et 6 500 blessés. Et des quartiers entiers sinistrés, quand le Liban connaissait déjà une crise économique sans précédent. Beyrouth, ville meurtrie, peut-elle se relever ? Alors que l'on commémore, ce mardi, le centenaire de la création du "Grand" Liban par la France mandataire et que le Président français est de retour à Beyrouth. 

L’activité commerciale reprend

Le port de Beyrouth ouvrait la capitale au monde. Aujourd’hui, avec ses silos à grains éventrés et son cratère de 100 mètres, il rappelle le chaos et un Liban à terre. A l’intérieur, l’activité commerciale reprend mais sur les quais, des militaires français évacuent encore les entrepôts soufflés : des tonnes d’acier, de bois, de plastiques et de marchandises à trier. 

Nous avons dégagé dans un premier temps les grands axes aux abords des hangars de façon à permettre aux unités libanaises d’approcher les bâtiments. On travaille main dans la main avec eux et petit à petit, on grignote sur le déblai, 50% du travail réalisé, pour leur permettre de remettre en service le plus vite possible le port. 

En face de l’épicentre, de l’autre côté de la voie express, où certains Beyrouthins s’arrêtent désormais pour une photo, la colline d’Achrafieh qui se décroche dans le ciel bleu. Dans ces quartiers historiques des chrétiens de Beyrouth, les plus dévastés, les rues sont nettoyées, mais beaucoup d’habitants sont partis et pas un bâtiment qui ne porte les stigmates de l’explosion. Charbel habitait une tour, moderne, aux façades en lambeaux :

On a commencé les travaux, seulement les fenêtres, pour l’hiver. On peut rien faire, c’est la crise économique… on n’a pas d’argent… pas de dollars, pas de travail. C’est catastrophique… On est vraiment fatigué, triste, c’est fini. 

Une ville en reconstruction 

Ingénieur en BTP, classe moyenne supérieure, Charbel pare au plus urgent, faute d’accès aux dollars pour importer les matériaux. Dans les couches populaires, appauvries par la crise, c’est encore plus difficile. 

Siam a 70 ans, dont 43 derrière le comptoir de son épicerie :

Le magasin était par terre, on ne pouvait plus entrer. J’ai pas beaucoup réparé, juste le minimum. Y’a un client qui vient toujours acheter chez moi… Il est venu lui-même, avec des ouvriers. Ils ont fixé la vitrine et la porte et il a payé. J’ai passé six jours dans la rue et c’est très difficile, juste pour protéger le magasin. Moi, je n’attends plus rien de l’État, parce qu’il nous a jamais aidé. S’il nous aide, ce sera un miracle de Dieu.

Face à un État en faillite et une classe politique discréditée, les Libanais s’organisent. Dans l’ancienne gare du quartier de Mar Mikhaël, le "coeur battant" de Beyrouth, une coalition d’associations et de bénévoles rassemble désormais plusieurs corps de métiers, pour offrir consultation médicale, distribution alimentaire, solution de relogement, expertise ou travaux d’urgence. Jacques est architecte : 

On est en train de montrer que quand on est uni, on est très fort. On a identifié les gens qui ont besoin de reconstruction, donc vitres, fenêtres, aluminium et porte d’entrée. On est en train de répondre à l’une des plus grosses crises, alors que l’État devrait avoir cette structure. On prend le rôle de l’État.

Même sentiment d’abandon en continuant vers le quartier de Gemmayzeh. Avant, on y trouvait des restaurants, des cafés, de vieilles boutiques, des galeries pour flâner. Aujourd’hui, plus de douceur orientale, c’est un quartier fantôme. 

Pour Tania Ryes, une Libanaise qui a perdu sa maison :

Tout est détruit, vous voyez ce magma de verre c’est tout ce qui reste des vitraux. C’est ça qui fait le plus mal au cœur, c’est la destruction de ce patrimoine, de ce vécu, de cet âme. D’un côté ce caché traditionnel, de l’autre le souffle de la jeunesse créative.

Une incertitude, une angoisse que l’on retrouve en remontant vers Sursock, avec ses bâtisses traditionnelles et ses palais d’influences ottomanes et françaises. 600 ont été endommagées. Comme la maison de Tania Ryes. En 1920, pour la naissance du Grand Liban, le général Gouraud, représentant de la France, y avait séjourné : 

Tout est détruit, vous voyez ce magma de verre c’est tout ce qui reste des vitraux. C’est ça qui fait le plus mal au cœur, c’est la destruction de tout ce patrimoine, de ce vécu, de cet âme et ces quartiers qui avaient un charme fou et qui étaient les plus prisés, par les artistes, par les jeunes, par la vie nocturne.

Un patrimoine matériel et immatériel que là encore des Libanais veulent sauver, en créant des structures indépendantes de l’État, pour recevoir de l’aide international et reconstruire, en toute transparence et sans raser le passé. 

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