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T-shirt pro Bolsonaro en vente dans une rue de Rio de Janeiro, le 17 octobre 2018

Brésil : un entre-deux-tours marqué par les violences

4 min
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Au Brésil, après le 1er tour de l'élection présidentielle du 7 octobre, où le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro est arrivé largement en tête, on déplore déjà deux morts et de très nombreuses agressions violentes, de la part de ses partisans contre des électeurs de gauche, des féministes.

T-shirt pro Bolsonaro en vente dans une rue de Rio de Janeiro, le 17 octobre 2018
T-shirt pro Bolsonaro en vente dans une rue de Rio de Janeiro, le 17 octobre 2018 Crédits : Fabio Teixeira - Maxppp

Jamais avant la percée de Jair Bolsonaro au premier tour de la présidentielle, le Brésil n’avait connu un tel déchaînement. Désormais, la violence physique mais aussi une violence symbolique enflamment le pays, contre des électeurs de gauche, des féministes, des minorités sexuelles. Reportage de notre correspondante, Anne Vigna.

2 morts et 56 agressions venues des partisans de Jair Bolsonaro

Selon l’Agence de journalisme d’investigation Publica, qui vérifie et répertorie ces actes, on compte depuis le 7 octobre dernier, date du premier tour, 2 morts et 56 agressions venues des partisans de Jair Bolsonaro. Juliana Barbosa, transexuelle, est l’une de ces victimes dans la périphérie de Rio. Ses agresseurs ont été très clairs sur leurs motivations.

C’était vers 9 heures, 10 heures du matin, des commerçants ont commencé à crier : "regarde la taille de ce pédé, Bolsonaro doit gagner pour débarrasser cette poubelle des rues". Un autre a dit "mais oui, ils ont tous le SIDA". J’ai dit « qui a dit ça ? » et là, un homme a pris une barre de fer et m’a frappé avec à la tête, je suis tombée par terre, ses autres amis me sont tombé dessus, m’ont donné plusieurs coups et quant j’ai vu que personne ne faisait rien, je suis me suis levée et me suis enfuie. Plusieurs de mes amis ont maintenant peur de sortir dans la rue.

Détails des agressions par des partisans de Bolsonaro ou contre eux, selon Publica
Détails des agressions par des partisans de Bolsonaro ou contre eux, selon Publica Crédits : Agence de journalisme d’investigation Publica

"Les pédés, faîtes attention, Bolsonaro va tous vous tuer"

En plus de la violence physique, on déplore une violence symbolique. Des croix gammées bombées sur des églises catholiques où des prêtres avaient exprimé leur appui pour la démocratie. Ou encore une foule dans le métro de São Paulo en train de hurler "les pédés, faîtes attention, Bolsonaro va tous vous tuer". Un jeune gay était sur le quai à ce moment là et il a posté sur Facebook ce qu’il a ressenti devant ces menaces :

J'étais dans la station du métro Sé, et devant moi, il y avait des électeurs du Bolsonaro qui allaient à la manifestation pro Bolsonaro. Ils ont commencé à chanter cette chanson. Et là, tout le monde a commencé à chanter, j’étais en choc, j’ai pensé "ce n’est pas possible", les gens applaudissaient, riaient. Je me suis retourné et j’ai dit à un jeune "tu as vu ce qu'ils disent" et le garçon m’a répondu « qu’est-ce que je peux faire, si un pédé meurt, j’y peux rien, certains le méritent bien »." Après cela, j'étais tellement triste. Ce n'est pas possible ce qui arrive.

Une campagne d'infox lancée sur les réseaux sociaux

Ce déchaînement de violence a d’abord commencé sur les réseaux sociaux quelques jours avant le premier tour. Facebook, mais surtout WhatsApp, ont été envahi d'infox contre la gauche. Des infox, le plus souvent mal faites, et vite démasquées, mais un flot continu, qui a empêché tout action réelle de la justice et des réseaux sociaux. 

Pedro Noel travaille pour l’AFP à Rio, qui fait partie d’un projet de vérification monté par Facebook, en partenariat avec d’autres médias brésiliens. Il a vu beaucoup d’images dégradantes voire pornographiques qui ont encore augmenté la violence :

Il existe toute une campagne pour attribuer des déclarations fausses au candidat de la gauche. Par exemple, une information fausse et qui a viralisé sur Fernando Haddad qui aurait dit qu'à partir de 5 ans, les enfants sont la propriété de l'État. Les gens y croient et ont commencé à l'accuser de pédophilie. Il y a donc bien un lien direct avec l'augmentation d’une violence en ligne sur la base de fausses informations.

Aucune réaction de Jair Bolsonaro ni du Président Temer

Au ministère de la Justice, à Rio de Janeiro, on fait aussi ce lien entre violence virtuelle et violence dans le monde réel. Un jeu vidéo a même été crée où un personnage Bolsonaro tire sur des homosexuels. Selon la défenseure publique de la diversité sexuelle, Letícia de Oliveira, la situation serait encore plus grave que celle communiquée à la police :

C’est sûr que le nombre d’agressions est beaucoup plus important. Parce qu’en général, ce type de violence n’est pas dénoncé à la police. Souvent, la victime n’en parle pas. Nous devons nous arrêter pour réfléchir à la manière d'agir. Nous voulons réunir les autorités depuis le législatif jusqu’à l'exécutif, les autorités policières, et réfléchir à une stratégie, car c'est quelque chose de nouveau pour nous.

Les autorités judiciaires ont maintenant pris conscience du problème. Mais ni Jair Bolsonaro ni le président Michel Temer n’ont condamné cette violence. 

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