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Le drapeau du Royaume-Uni flottant face au Parlement européen, à Bruxelles.

Brexit : entre fantasmes et inquiétudes, à quoi ressemblera la Grande-Bretagne demain ?

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Vendredi soir prochain, comme prévu, le Royaume-Uni va quitter l'Union européenne. Un nouvel accord doit être défini, notamment en matière commerciale.

Le drapeau du Royaume-Uni flottant face au Parlement européen, à Bruxelles.
Le drapeau du Royaume-Uni flottant face au Parlement européen, à Bruxelles. Crédits : Kenzo Tribouillard - AFP

C’est vendredi à minuit que le Royaume-Uni va officiellement quitter l’Union européenne. Il restera ensuite onze mois de période de transition pour négocier entre Londres et Bruxelles un futur accord commercial. Une partie des chefs d'entreprises britanniques espèrent rester le plus proche possible des règles de l’Union européenne.

D'autres y voient l’opportunité de s’affranchir des règles, et des normes édictées par l'UE, notamment dans le domaine de la finance.

Reportage d’Antoine Giniaux, le correspondant de Radio France à Londres, au cœur de la City.

C’est au pied de la banque d’Angleterre que Marie-Antonelle Joubert donne ses rendez-vous. Elle fait partie du réseau alliance globale pour la justice fiscale. Sa plus grande crainte est que les financiers britanniques profitent du Brexit pour déréguler les marchés et renforcer le secret bancaire :

On a tendance à penser à une île paradisiaque pour les paradis fiscaux.. Le centre, c’est la City de Londres, c'est le centre pour l’industrie de l’évasion fiscale, dans le monde. Ce qui nous inquiète, c’est qu’on sait que l’injustice fiscale va juste être pire avec le Brexit. Le Royaume-Uni va échapper au système de contrôle qui va se mettre en place dans l’Union Européenne. Avec le Brexit, ça va être encore plus facile pour les entreprises de ne pas payer leurs impôts et de se rapatrier dans des juridictions secrètes.

Car Sajid Javid, le ministre de l’Economie affiche clairement ses idées libérales. Il le dit dans une interview au Financial Times : "Nous ne nous alignerons pas sur les règles de Bruxelles, nous ne subirons pas les lois, nous allons sortir du marché unique et de l’union douanière."

Conséquence, la City pourrait glisser progressivement vers une sorte de Singapour sur la Tamise, plaque tournante dérégulée de la finance européenne, explique John Christensen, économiste, spécialiste des paradis fiscaux. Il a été pendant dix ans conseiller économique du gouvernement pour la zone de Jersey :

Nous pensons qu’ils vont résister aux tentatives de l’Union européenne de négocier un alignement dynamique des règles, qui obligerait le Royaume-Uni à s’adapter, à chaque fois que l’Union européenne adopte de nouvelles règles.            
Parce que l’un des projets de l’Union européenne est d’obliger les sociétés à publier au registre des entreprises toutes les informations qui concernent les trusts, qui sont la partie la plus importante de l’arsenal des paradis fiscaux, parce qu’ils sont opaques. Nous n’avons vu aucun signe qui montre que le gouvernement va lui aussi dans ce sens là. Leur intention est d’être en tête de la course au nivellement par le bas, en terme de services financiers, de réglementations, et d’impôts. 

Officiellement pourtant, les banquiers plaident pour le maintien des réglementations. Le Royaume-Uni a ratifié il y a quelques jours une directive de l’Union européenne sur le blanchiment d’argent qui impose de nouvelles obligations aux vendeurs d’œuvres d’art, et Catherine McGuiness, qui dirige la City of London, n’imagine pas un avenir où Londres serait coupé du continent :

C’est dans notre intérêt à tous, que les marchés financiers soient bien régulés. J’espère qu’on mettra en place une régulation et un système de supervision qui dépasse les frontières, avec un indéfectible partenariat entre le Royaume Uni et l’Union  Européenne.            
Est-ce qu’il y aura des divergences significatives ? Pour l’instant nous sommes totalement alignés, mais inévitablement, au fur et a mesure que nous allons prendre des chemins différent, il y aura des différences. Mais j’espère que tout le monde va se concentrer sur le fait qu’il nous faut des règles communes et un système qui fonctionne des deux côtés de la frontière.

Même discours des représentants de l’agro alimentaire qui craignent, en cas de divergence entre Londres et Bruxelles, une rapide hausse des prix l’an prochain. La confédération de l’industrie britannique évoque des risques de suppressions d’emplois, tout comme la confédération du patronat britannique et des constructeurs de voitures. Ils affirment qu’il n’est pas question de réduire les droits des travailleurs, ou les réglementations pour attirer les investisseurs.

Mais à l’inverse, beaucoup de chefs de petites entreprises espèrent que le Royaume-Uni va adopter des normes plus souples. Lance Forman dirige une usine de saumon fumé qui emploie 100 personnes à Londres, il mise sur le marché américain et chinois.

Nous exportons bien plus de produits vers les Etats-Unis que vers l’Europe. Et pourtant, les Américains doivent payer 5% de droits de douane sur le saumon fumé. Ce qui compte, c’est la qualité et le service, face au prix qu’on paye. Il y a un marché pour les choses chères, et pour les choses pas chères, mais la meilleure forme de régulation, c’est la compétition. C’est ça, la meilleure régulation : si vous ne faites pas ce que veut le client, il n’achète pas votre produit, et votre entreprise s’arrête.

La bataille entre les partisans d’un alignement et les adeptes du libre échange ne fait que commencer. Mais l’enjeu est colossal. L’Union européenne est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Royaume-Uni, avec près de 700 milliards d’euros échangés chaque année.

Principaux indicateurs socio-économiques du Royaume-Uni.
Principaux indicateurs socio-économiques du Royaume-Uni. Crédits : Sophie Ramis, Gal Roma - AFP
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