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Près de 10 000 personnes vivent à la Butte-Rouge, soit un tiers de la population de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

A Châtenay-Malabry : la Butte-Rouge, un éco-quartier vieux d'un siècle aujourd'hui menacé

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Alors que beaucoup cherche à faire entrer plus de nature en milieu urbain, à Châtenay-Malabry, en région parisienne, une cité HLM fait figure d’exemple depuis les années 1930. Mais architectes et habitants de la Butte-Rouge craignent de voir leur quartier défiguré à cause d'un plan de réaménagement.

Près de 10 000 personnes vivent à la Butte-Rouge, soit un tiers de la population de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).
Près de 10 000 personnes vivent à la Butte-Rouge, soit un tiers de la population de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Crédits : Arnaud Roszak - Radio France

La Butte-Rouge, à Châtenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine : ses chemins vallonnés, ses immeubles roses aux formes asymétriques, où les balcons donnent directement sur des parcs et des fontaines. Nous sommes bien loin de l’image d’Épinal des autres cités HLM, avec leurs grandes barres couleur béton. Celle-ci était pensée pour le bien-être de ses habitants. Et certains, comme Jean-Claude, ne l’ont jamais quittée :

Je suis né le 19 avril 1942 dans cet appartement. Mon père était ouvrier chez Renault. 10 enfants : 5 garçons, 5 filles. C’était le bonheur ici, on n’essayait pas d’aller ailleurs. On avait de la verdure, on avait beaucoup d’espace. Pour nous, la cité, c’est quelque chose.

Cette identité s’est forgée à partir d’un idéal utopiste : celui d’Henri Sellier. Ministre de la santé publique sous le Front populaire, président de l'Office public d'habitations à bon marché de la Seine, cet élu socialiste veut combattre le mal-logement des ouvriers dans la capitale. 

Une vision hygiéniste de l'urbanisme

Durant l'entre-deux guerres, Henri Sellier importe un concept britannique en France, celui de la cité-jardin, des zones résidentielles où la nature est prépondérante. Il en fait construire une dizaine autour de Paris, dont celle de la Butte-Rouge, à partir des années 1930. 

Le prix des loyers se situe entre 200 et 400 euros
Le prix des loyers se situe entre 200 et 400 euros Crédits : Arnaud Roszak - Radio France

"J’ai étudié les travaux de mon arrière-grand-père. Les architectes, les paysagistes, les urbanistes essayaient quelque chose", explique Paul Sirvin, membre du collectif SOS Cité-Jardin de la Butte-Rouge. Son arrière-grand-père, Paul Sirvin, est l’un des architectes du quartier.

C’est un peu de l’expérimentation, mais positive dans le sens où ils ne prenaient pas les habitants pour des rats de laboratoire. C’était quand même offrir quelque chose de nouveau. C’était “du beau pour les prolos”.

Près de 4 000 logements sociaux ont été construits sur d’anciennes parcelles maraîchères. Aujourd’hui, 10 000 personnes vivent à la Butte-Rouge, soit un tiers de la population de Châtenay-Malabry. Ils bénéficient d’appartements peu coûteux, entre 200 et 400 euros de loyer, au milieu d’arbres vieux de plusieurs siècles. Mais le quartier risque d'être radicalement transformé.

80% du bâti actuel détruit 

Le maire de Châtenay-Malabry, Carl Segaud, a lancé au mois de décembre une enquête publique pour réaménager le quartier. Un plan de longue date, qui prévoit la destruction de 80% des bâtiments en place. Selon la mairie, qui n'a pas donné suite à nos sollicitations, la plupart des immeubles sont dans un état catastrophique : délabrement, problème d’humidité, logements non-adaptés aux personnes handicapées… Pour Paul Sirvin, du collectif SOS Cité-Jardin de la Butte-Rouge, un plan de rénovation suffirait pour résoudre ces problèmes :

La dernière campagne de rénovation date de 1994. Il faut juste ventiler les bâtiments, les isoler un peu mieux, sûrement remplacer des menuiseries métalliques. C’est déjà un éco-quartier, faut juste l’améliorer un peu ! Le bilan écologique d'une destruction massive comme la mairie le souhaite serait une catastrophe. C’est incohérent, c’est juste une volonté de construire, de faire de l’argent et de déloger les gens pauvres pour les mettre ailleurs.

La dernière campagne de rénovation de la Butte-Rouge date de 1994.
La dernière campagne de rénovation de la Butte-Rouge date de 1994. Crédits : Arnaud Roszak - Radio France

A l’issue du plan de réaménagement, seulement un tiers environ des appartements reconstruits seront des logements sociaux. Le reste : des habitats plus chers, qui attirent les promoteurs immobiliers. Certains habitants craignent de devoir quitter leur quartier. "On va nous envoyer où ? Et pour combien de temps ? Cela nous insécurise énormément parce qu’on n’a plus de certitudes", confie Francine, retraitée qui a grandi à la Butte-Rouge. 

Les gens pleurent, ont beaucoup de chagrin. Cela devient une question d’argent, et nous, comment on peut se battre ? On est soumis à la volonté de celui qui voudra dire demain “Eh bien vous partez, vous allez là, vous allez là…”

Roselyne Bachelot sollicitée sur ce dossier

Barbara Gutglas est architecte à la retraite. Elle aussi défend la Butte-Rouge avec son association Châtenay Patrimoine Environnement. Selon elle, il ne reste qu'un seul moyen pour protéger cette cité jardin : faire en sorte que le quartier soit classé site patrimonial remarquable. "C'est à la ministre de la Culture d’intervenir avec un décret en conseil d’Etat", explique-t-elle. Plusieurs associations ont déjà interpellé Roselyne Bachelot, tout comme ses prédécesseurs. En vain pour l’instant. 

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