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Le grand canal, la "rue" principale de Venise, où la vie quotidienne bat son plein avec au fond le très touristique pont du Rialto

Garder la Sérénissime propre : le défi citoyen des Vénitiens

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le fil culture |Venise sous les eaux, c’est l’image que gardent en tête beaucoup de touristes après l’acqua alta du 12 novembre 2019 qui a inondée la ville. Pourtant, le phénomène ne dure jamais et Venise n'est plus sous les eaux. Et les initiatives sont nombreuses pour garder la Sérénissime propre !

Le grand canal, la "rue" principale de Venise, où la vie quotidienne bat son plein avec au fond le très touristique pont du Rialto
Le grand canal, la "rue" principale de Venise, où la vie quotidienne bat son plein avec au fond le très touristique pont du Rialto Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

A Venise, il y a exactement 433 gondoliers et 10 d’entre eux plongent une fois par mois depuis l’an dernier dans les canaux de la cité pour récupérer les déchets invisibles lorsque l'on se promène dans les "calle" de la ville. Alessandro Zuffi est le gondolier à l’origine de cette initiative, il reste en contact permanent avec Ferruccio qui est sous l’eau."Nous avons ici dans la barque un interphone avec lequel on communique", explique Alessandro Zuffi. "'On cherche à parler le moins possible pour ne pas le déranger. C’est lui qui nous dit si tout va bien et puis on entend sa respiration." 

Nous sommes un groupe de volontaires et nous nettoyons les canaux car l'on a vraiment envie de redonner du sens civique à tout le monde. 

Ferruccio, le gondolier sous-marin, sort de l'eau accueilli par son collègue Alessandro Zuffi, à l'origine de l'initiative, sous les yeux de touristes en gondole
Ferruccio, le gondolier sous-marin, sort de l'eau accueilli par son collègue Alessandro Zuffi, à l'origine de l'initiative, sous les yeux de touristes en gondole Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Après quarante minutes de plongée sous-marine, Ferruccio sort du canal, la tête toute rouge. Il est fatigué et en plus, sous l'eau, il ne voit pas grand-chose. "Là, je ne voyais pratiquement rien, 30 cm de visibilité. Alors j'y vais à tâtons et j'essaie de reconnaître ce que je peux retirer. Souvent, ce sont des couvertures et puis il y a des objets un peu particuliers comme un bidet, radiateurs, ventilateurs, bicyclette… Certains objets, ça ne peut pas être des touristes, d’autres, oui… »

En un an, les gondoliers ont récolté 4 tonnes et demi de déchets par amour pour leur ville, explique Andrea Baldi, le président des gondoliers de Venise : "Les 10 gondoliers ont suivi un cours spécifique pour plonger dans ces conditions avec une combinaison et un casque, ils sont volontaires et le font gratuitement. C'est vraiment parce que l’on aime notre ville !", confie Andrea Baldi. 

Les gondoliers, la carte de visite de Venise

La commune de Venise s'associe à cette initiative des gondoliers en leur mettant à disposition des barques et du matériel de la société de propreté de la ville notamment. Venise a tout à y gagner selon Giovanni Giusto, le conseiller municipal délégué à la protection des traditions de Venise. "Les gondoliers sont comme notre carte de visite pour le monde entier et à travers eux on lance un signal", explique Giovanni Giusto, "on soulève le fameux tapis que l’on a chez nous… celui sous lequel on cache la poussière !"

Et c'est vrai qu'à Venise ils sont nombreux à prendre des initiatives. Les associations fleurissent un peu partout pour prendre soin de la ville, la sauvegarder, la protéger. C'est ce que fait Vittorio da Mosto. Il a 23 ans et avec 4 étudiants de Venise ils ont créée "Venice Calls" il y a un peu plus de deux ans pour sensibiliser population et touristes à l'environnement. 

On sent de plus en plus que c'est la voix du tourisme de masse qui est écoutée et de moins en moins la voix des habitants. 

Vittorio da Mosto a donc décidé d'agir : "Le concept est d'amener les Vénitiens et les visiteurs de Venise à voir de leurs propres yeux le plastique... On a commencé à faire des tours en barques pour retirer tout ce que l'on trouvait dans les canaux". Mais le jeune étudiant en philosophie ne veut pas "être seulement une alternative à la société de propreté de la ville de Venise. Nous voulons donner un peu plus de vie à la population, à la communauté ici !" 

Les habitants de Venise se prennent en main. Au détour d'une rue, il n'est pas rare de rencontrer un Vénitien ou une Vénitienne en train de balayer devant chez eux et même un peu plus loin car ils ne supportent pas que ce patrimoine de l'Humanité, leur patrimoine, soit mal traité.

La commune de Venise communique beaucoup sur l'entretien de la ville. Elle creuse les canaux pour enlever la boue, 20 000 tonnes ont été sorties en cinq ans. Mais cette Venise sous l’eau n’est pas visible. En revanche, les déchets s’accumulaient dans les ruelles de la ville. Depuis 2015, plus de sacs poubelles dans les rues, l’éboueur s’est transformé en facteur : Giovanni Scarpa travaille pour la société de nettoyage de la commune de Venise et il fait du porte à porte et sonne chez les Vénitiens chaque matin.

Giovanni Scarpa , éboueur depuis 16 ans, récupère les poubelles des commerçants et sonne chez les vénitiens qui trient leurs déchets
Giovanni Scarpa , éboueur depuis 16 ans, récupère les poubelles des commerçants et sonne chez les vénitiens qui trient leurs déchets Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Chaque matin, 200 éboueurs collectent les déchets de la Venise historique. Le porte à porte débute à 8h30. Avant cela, Giovanni et ses collègues ramassent les déchets de la ville et nettoient les rues et la place Saint-Marc avec une balayeuse électrique spécialement conçue pour ne pas abîmer les pavés ou avec de simples balais et un chariot qu'ils poussent à la main. Lorsque le chariot est plein, ils rejoignent les 100 barques qui sillonnent les canaux et qui récupèrent les déchets, l'une récupérant plastique et carton, l'autre les détritus non recyclables. 

Le chariot est levé par le conducteur de la barque qui décharge sont contenu dans la cale avant de rejoindre une décharge sur une île.
Le chariot est levé par le conducteur de la barque qui décharge sont contenu dans la cale avant de rejoindre une décharge sur une île. Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Et ce ballet continuel, les touristes le voient à peine. Les touristes sont essentiels à l’économie de Venise mais ils doivent aussi beaucoup aux 50 000 habitants de la Venise historique et aux 260 000 résidents au total de la commune. Car Massimiliano De Martin, chargé de l’environnement et de l’urbanisme, explique que "260 000 résidents font en sorte, en payant des impôts notamment, de maintenir propre une ville qui reçoit 30 millions de personnes". Alors Massimiliano De Martin demande "à nos 30 millions d’invités de dire merci… pas avec des mots… mais dans leur comportement en évitant de salir…"

La commune va même jusqu'à distribuer des plans de la ville avec des instructions très claires. Il est par exemple interdit de boire ou manger assis sur le sol, de s'allonger sur les ponts ou les monuments sous peine d'une amende de 100 à 200 euros. Et jusqu'à 350 euros s'il l'on jette ses déchets par terre !

Venise au lever du jour, ses gondoles devant le palais Ducale et au loin la basilique Santa Maria della Salute.
Venise au lever du jour, ses gondoles devant le palais Ducale et au loin la basilique Santa Maria della Salute. Crédits : Bruce de Galzain - Radio France
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