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A Haifa, le front de mer au niveau de la plage Bat Galim est désert

Comment le reconfinement a transformé Israël

4 min
À retrouver dans l'émission

Des millions de Juifs du monde entier fêtent Yom Kippour ce lundi. En Israël, le jour du grand pardon se déroule en plein reconfinement décrété dix jours avant. Ses effets se font déjà sentir, comme à Haïfa, le grand port méditerranéen dans le nord du pays, à trente kilomètres du Liban.

A Haifa, le front de mer au niveau de la plage Bat Galim est désert
A Haifa, le front de mer au niveau de la plage Bat Galim est désert Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Face à la flambée de cas de nouveau coronavirus en Israël, les fidèles devront prier pour Kippour en extérieur, à vingt personnes maximum. Pendant trois semaines au moins, les sorties sont limitées à un kilomètre du domicile. Les commerces non essentiels sont fermés et le télétravail est obligatoire, sauf pour les professions urgentes. Le pays est paralysé et l'économie s'écroule. Reportage au nord du pays, au bord de la Méditerranée, à Haïfa.

Un parking hôpital

C'est un parking souterrain tout ce qu'il y a de plus normal. Sauf qu'à y regarder de plus près, il est parfaitement propre, sans traces de pneus au sol et de fumées d'échappement aux murs et au plafond. Une climatisation diffuse aussi un air conditionné à température idéale, ni trop glacé, ni trop tiède. Et surtout, les voitures ont disparu ! Dans le troisième sous-sol du parking de l'immense hôpital Rambam de Haïfa, les véhicules ont été remplacés par des lits pour malades du coronavirus, des respirateurs et des fauteuils roulants. 

En 72 heures, les lieux ont été nettoyés, désinfectés et tous les branchements nécessaires au fonctionnement d'un hôpital ont été effectués sur les prises et circuits dissimulés dans les faux plafonds et les cloisons.

L'hôpital Rambam de Haifa a dû se réorganiser
L'hôpital Rambam de Haifa a dû se réorganiser Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France
Le parking souterrain a été transformé en "service coronavirus" en trois jours
Le parking souterrain a été transformé en "service coronavirus" en trois jours Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

En blouse blanche, chemise et surpantalon bleus de soignant et portant l'indispensable masque, le Docteur Michael Halberthal prend la pose pour les photographes au côté d'employés de l'hôpital en scaphandre. Le directeur de l'établissement présente le dispositif censé soulager l'établissement et d'autres hôpitaux israéliens : "Après la seconde guerre du Liban en 2006, lorsque des missiles sont tombés autour de l'hôpital qui n'était pas fortifié, la direction de a décidé qu'il fallait pouvoir soigner tous les citoyens d'Israël quel que soit le scénario, guerre comprise. Donc nous avons construit ce dispositif qui est un parking souterrain de trois étages, qui s'étendent chacun sur plus de 20 000 m2 et qui, en cas d'urgence, se transforme en hôpital fortifié le plus grand du monde. 

Aujourd'hui, c'est incontestablement une guerre.

Nous voyons ce qu'il se passe, en Israël bien-sûr mais aussi dans le monde. Le monde entier combat le corona aujourd'hui. Cela ressemble tout à fait à une guerre."

Le docteur Michael Halberthal, directeur de l'hôpital Rambam avec des soignants
Le docteur Michael Halberthal, directeur de l'hôpital Rambam avec des soignants Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Les croisiéristes ont disparu

Pour compenser les places de voitures perdues, le port de Haïfa a prêté une partie de son parking à l'hôpital. Cela tombe bien, le port est de l'autre côté du boulevard, juste en face de l'hôpital. C'est l'autre "ville dans la ville" à Haïfa. Les trains de voyageurs et de marchandises passent à proximité et témoignent de l'activité de la troisième ville la plus peuplée d'Israël. Passé le portail du port, on longe des kilomètres de darses et de bassin.s Sur les quais, conteneurs, grues, camions et chariots élévateurs effectuent un ballet parfaitement organisé. A l'eau, des cargos et quelques bateaux militaires stationnent sous un soleil de plomb. Pour l'essentiel, le port de Haïfa fonctionne comme avant. Il est indispensable pour Israël qui y importe des aliments, des voitures, des biens d'équipements, des médicaments et du matériel médical, notamment pour lutter contre le coronavirus. 

Dans ce port, où ont débarqué tant de migrants juifs venus d'Europe puis d'Afrique du Nord  après la fondation de l'Etat en 1948, aucun employé n'a été placé en chômage technique. Mais soixante-neuf d'entre eux, malades ou cas-contacts ont été placés en quarantaine. Les autres travaillent avec masque, gants et même combinaison intégrale quand ils montent dans les bateaux. 

Le bassin censé accueillir les croisiéristes n'a pas vu accoster de paquebots depuis février
Le bassin censé accueillir les croisiéristes n'a pas vu accoster de paquebots depuis février Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Le port fonctionne à une exception près, précise Zoar Rom, le porte-parole : "Tous les quais que vous voyez ici étaient remplis de bateaux de croisière jusqu'au début de l'épidémie de corona. Il y avait trois ou quatre bateaux par jour. A présent tout est vide bien-sûr, ou alors on met d'autres bateaux. Israël a connu une augmentation de 640 % des bateaux de croisière ces deux dernières années mais 2020 est une année perdue malheureusement. 

Cela ressemble aux périodes difficiles qu'a connues Israël au début des années 2000, avec la deuxième intifada. 

On espère tous que les croisières reviendront en force en 2021."

Outre la disparition des croisiéristes, la ville doit faire face à l'absence de touristes étrangers depuis les premières mesures de restrictions au mois de février. Mais en raison du reconfinement entré en vigueur le 18 septembre, il n'y a plus de tourisme local non plus car les Israéliens ne peuvent se rendre au-delà d'un kilomètre chez eux. Et surtout, le gouvernement a décrété la fermeutre de tous les établissements de tourisme. A Haïfa, au pied des splendides jardins Bahai, les restaurants et bars du boulevard Ben Gourion ont portes closes. Sur les terrasses désertes, les feuilles et la poussière recouvrent le sol, les chaises et les tables.

Cafés et restaurants fermés au public ne proposent plus que des livraisons
Cafés et restaurants fermés au public ne proposent plus que des livraisons Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

André Haddad craint de ne jamais pouvoir rouvrir le petit hôtel qu'il gère depuis quinze ans : 

En un mot c'est une catastrophe. Les gens ont peur de parler à d'autres personnes, ils s'enferment chez eux, ils ne vont pas dans les endroits où il y a du monde. Ce n'est pas les Champs-Elysées bien-sûr mais l'avenue Ben Gourion où l'on se trouve était le pilier du tourisme et du divertissement.  Je suis en colère contre le gouvernement parce qu'il n'y a pas de décision précise. Tous le jours ils changent leurs décisions et on ne peut pas se préparer. C'est un manque de planification. Le gouvernement n'est pas responsable de la montée des cas, c'est le peuple qui est responsable, mais le peuple ne croit plus ce que dit le gouvernement.

La pauvreté en hausse

Le responsable du centre régional de l'association caritative Latet note un afflux de demandeurs mais aussi de bénévoles
Le responsable du centre régional de l'association caritative Latet note un afflux de demandeurs mais aussi de bénévoles Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Certains indépendants comme André, des salariés au chômage ou des personnes âgées sont tombés dans la précarité voire dans la pauvreté. Dans une banlieue éloignée de Haïfa se trouve la banque alimentaire régionale de l'association Latet qui vient en aide aux nécessiteux en Israël. Lors du premier confinement, il a fallu assister 50 000 personnes supplémentaires. Les choses se sont encore aggravées raconte Aviad Papo, le responsable du centre : 

Avec ce deuxième confinement, on estime qu'entre 40 et 80 000 familles ont rejoint le cercle de la pauvreté et on craint que cela empire en hiver. Il y a besoin de médicaments, de nourriture ou de ventilateurs. C'est très dur d'être seul à cause du corona... Et quand nous aidons des personnes âgées ou des survivants de la Shoah, on remarque qu'ils ont les larmes aux yeux. Car ils ont aussi besoin de voir des gens. 

La seule nouvelle réconfortante pour Latet réside dans l'afflux de de nouveaux donateurs et de nombreux bénévoles au centre, notamment des étudiants avant leur service militaire, très émus de cette situation dramatique.

Les chats ont disparu

En cette fin septembre en période de fêtes juives, il fait encore un temps splendide sur Israël. Le soleil brille, le ciel est bleu, la mer est transparente. A la plage Bat Galim, qui signifie "la fille des vagues", ils sont une dizaine de surfeurs dans l'eau. 

Percée et tatouée, Paulina, 36 ans, est assise au bord. Elle a posé quelques jours de congés alors que ces enfants ont cours par internet. Elle ne reconnaît plus sa plage : 

Je trouve ça agréable, j'aime quand il y a moins de monde dehors. D'habitude, il y a plus de monde. Peut-être pas le matin en semaine, il n'y a pas trop de monde, mais en fin d'après-midi et le soir, il y a beaucoup de monde et maintenant c'est plus calme. 

Haïfa a tellement changé que les chats errants, habituellement si nombreux dans ce quartier de bars et de restaurants, ont disparu. Il n'y a plus de consommateurs pour leur donner leurs restes à manger. Alors les chats ont dû chercher ailleurs.

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