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L'usine de la multinationale Bridgestone de Bari - avec ses drapeaux italien, européen et japonais - emploie plus de 900 salariés comme en 2013 lorsqu'elle a failli fermer.

Comment l'Italie a-t-elle évité la fermeture de son usine Bridgestone à Bari ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le 4 mars 2013, un coup de semonce assomme les 935 salariés de Bridgestone à Bari, au sud de l'Italie. La direction Europe à Bruxelles annonce la fermeture irrévocable de l'usine pour 2014. Mais tous, les salariés, les syndicats, les élus locaux et nationaux se mobilisent pour sauver leur usine.

L'usine de la multinationale Bridgestone de Bari - avec ses drapeaux italien, européen et japonais - emploie plus de 900 salariés comme en 2013 lorsqu'elle a failli fermer.
L'usine de la multinationale Bridgestone de Bari - avec ses drapeaux italien, européen et japonais - emploie plus de 900 salariés comme en 2013 lorsqu'elle a failli fermer. Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Nous sommes dans la zone industrielle de la banlieue de Bari, à Modugno. La direction Europe dont dépend l'usine de Bridgestone n'autorise personne autres que les salariés à entrer. Il est 14 heures, c’est l’heure de la rotation des équipes. Beaucoup viennent prendre leur tour déjà en tenue, d'autres sortent après 8 heures de travail. Paolo a été embauché en 2003, il se remémore ce qu'il a vécu dix ans plus tard, lorsqu'on lui annonce que son usine va fermer. 

Je me souviens très bien du jour où on a appris la fermeture. Le lendemain, nous sommes venus travailler, on a continué alors qu’on était détruit à tous les points de vue, psychologiquement, mentalement. Mais on ne voulait pas que l’histoire se termine là ! On a lutté comme jamais mais sans action coup de poing !

Il est 14 heures, les ouvriers de l'usine en tenue prennent leur tour alors que d'autres quittent Bridgestone après leur journée de travail
Il est 14 heures, les ouvriers de l'usine en tenue prennent leur tour alors que d'autres quittent Bridgestone après leur journée de travail Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Une fermeture irrévocable ?

Ce sont les institutions qui vont passer à l'action. Après la stupeur car Bridgestone ne perdait pas d’argent à l’époque et affirmait que la fermeture était irrévocable, la commune, la région lancent une campagne d’affichage pour boycotter les Japonais de Bridgestone. A l’époque, Michele Emiliano est maire de Bari, il deviendra ensuite président de la région :

Nous avons lancé une campagne de boycottage très dure qui s’est très vite étendue à toute l’Italie : nous demandions à tout le monde de ne plus acheter de pneu Bridgestone. La campagne a été reprise par le monde de la culture, les théâtres, le festival du cinéma, les télévisions nationales. Sur l’affiche, on pouvait voir un sabre de samouraï qui poignardait un pneu… c’était très efficace !

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Harakiri is not a good business, le suicide n’est pas une bonne affaire. La campagne devient virale et les Japonais avec la direction Europe du groupe décident d’entamer des négociations. Elles vont durer 7 mois - sans un jour de grève - pour aboutir à un accord dur, très dur, le 30 septembre 2013. L'accord prévoit 377 suppressions de postes sur 935, 25 à 30% de réduction de salaire et pratiquement tous les avantages sociaux rognés. Mais en échange, l’usine reste ouverte et investit 40 millions d’euros avec la région et l'Etat. Filippo Lupelli du syndicat Uil-Tec a négocié cet accord et accepté plus de flexibilité :

L’accord prévoyait de changer complètement le type de production, nous avons fabriqué un pneu que l’on n'avait jamais fait à Bari. L’organisation du travail a changé avec des tours de 6 heures et non plus 8, sur 5 jours et non 7. Nous avons prouvé que l’on pouvait être flexibles et changer de production. Et puis en 2018 l’usine s’est remise à produire des pneus de haute qualité.

Filippo Lupelli, secrétaire général du syndicat Uil-Tec des Pouilles devant l'accord signé le 30 septembre 2013 pour sauver l'usine Bridgestone de Bari
Filippo Lupelli, secrétaire général du syndicat Uil-Tec des Pouilles devant l'accord signé le 30 septembre 2013 pour sauver l'usine Bridgestone de Bari Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Mais avant d’en arriver là des économies ont été faites partout : sur les coûts de production, l’énergie, la manutention et donc les salaires et les emplois. Sauf qu’aucun salarié n’a été licencié et deux ans après la signature de l’accord seulement 179 volontaires sur 377 prévus avaient quitté l’entreprise avec de fortes incitations financières. La direction demande alors d’appliquer l'accord sinon les salariés devront faire d’autres sacrifices. En juillet 2015, un ouvrier qui va prendre son service témoigne auprès de La Repubblica, il est à bout ! 

Sincèrement, on n’en peut plus ! On a même demandé qu’ils ferment l’usine tellement on n’en peut vraiment plus ! C’est comme si on avait un cancer, une angoisse tous les jours de mourir à petit feu. Ce n’est pas normal ! Les gens sont tellement inquiets. Et l’entreprise veut encore couper dans les effectifs. Je ne sais pas jusqu’à quel point ils peuvent aller. Mais qu’ils ferment, basta ! Vous voulez fermer, fermez ! 

Des sacrifices qui ont porté leurs fruits

Finalement, ce sont bien 377 salariés qui quitteront Bridgestone mais au bout de 3 ans. Les sacrifices des salariés se poursuivent puis d'année en année l’entreprise redevient rentable. Le professeur d’Histoire de l’industrie à l’Université de Bari Federico Pirro a travaillé de 2013 à 2016 dans la cellule de crise mise en place par la région pour sauver Bridgestone. Il estime qu’aujourd’hui l’accord négocié a porté ses fruits :

_L’entreprise a vu son chiffre d’affaires augmenter depuis plusieurs années déjà. Elle est rentable, c’est vérifié ! Elle a même embauché de nouveau. Et ce qu’il faut noter c’est qu’_une bonne partie de ce qu’ont sacrifié les employés est maintenant récupérée.

Federico Pirro, professeur d'Histoire de l'industrie à l'Université de Bari a travaillé de 2013 à 2016 dans la cellule de crise de la région des Pouilles pour sauver Bridgestone Bari
Federico Pirro, professeur d'Histoire de l'industrie à l'Université de Bari a travaillé de 2013 à 2016 dans la cellule de crise de la région des Pouilles pour sauver Bridgestone Bari Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Cela valait donc la peine de faire autant de sacrifices expliquent plusieurs salariés rencontrés devant l’usine et qui souhaitent à leurs collègues français la même issue qu’à Bari. Le très exubérant président de la région des Pouilles Michele Emiliano a lui un autre conseil pour son homologue des Hauts-de-France Xavier Bertrand :

Je lui conseille d’être du côté des travailleurs donc de devenir un président de gauche parce que si tu es de droite c’est difficile de mener ce genre de bataille !

Si aujourd'hui la bataille semble gagnée car l’usine de Bari a retrouvé le même nombre de salariés qu’il y a 7 ans, les syndicats restent sur leurs gardes après l'annonce de la fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune. 

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