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A Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, des photos de déportés et la devise des camps "Arbeit macht frei" (le travail rend libre)

Comment transmettre la Mémoire de la Shoah au XXIe siècle ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce jeudi à Jérusalem se déroulent les commémorations du 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz. Alors que les derniers témoins directs de la Shoah disparaissent, une association israélienne réfléchit aux moyens pour perpétuer cette Mémoire. Avec parfois des initiatives très originales.

A Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, des photos de déportés et la devise des camps "Arbeit macht frei" (le travail rend libre)
A Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, des photos de déportés et la devise des camps "Arbeit macht frei" (le travail rend libre) Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

L’hôtel est niché dans les collines boisées de la périphérie de Jérusalem. A l'invitation de l'association Zikaron BaSalon (la mémoire au salon) qui organise une série de tables rondes, une centaine de femmes et d’hommes âgés de 20 à 70 ans sont assis par terre en tailleur voire allongés sur des matelas et ils rient. Ils rient beaucoup en écoutant le conférencier leur parler… de la Shoah. Face à eux, façon stand-up à l’américaine, le comédien Adir Miller planche avec humour sur une question très sérieuse a fortiori en Israël : peut-on rire de la Shoah ? Pour l’artiste, lui-même fils de déportés, la réponse est évidemment positive : 

L'un des épisodes de ma série à la télévision était consacré à la Shoah. Ce n'est pas parce que l'on rit d'un sujet comme la Shoah que l'on s'en moque. Il y a une différence entre ridiculiser et traiter la chose dans un but humoristique.

Alors soit, rire de la Shoah permet d'en parler et cela semble être le plus important. Mirit et Moti qui descendent eux-aussi de rescapés ne sont pas choqués, bien au contraire. Ces deux bénévoles de Zikaron BaSalon organisent régulièrement des rencontres entre le père de Moti et des jeunes israéliens. Ils pensent que le rire a aussi aidé les déportés dans les camps. "Nous ne parlons pas seulement des choses terribles qui se sont passées mais bien plus de la manière qu'ont eue les survivants de faire face", explique Mirit. Son époux Moti ajoute que "Oui bien sûr, c'est une manière de tenir bon. On n'écoute pas seulement les récits difficiles mais aussi comment ils ont géré, vécu pleuré et ri !"

Des bénévoles de Zikaron ba salon réfléchissent aux nouveaux modes de narration de la Shoah
Des bénévoles de Zikaron ba salon réfléchissent aux nouveaux modes de narration de la Shoah Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Un récit à hauteur d'Homme

Jeudi, la grande cérémonie commémorant le 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz aura lieu à Yad Vashem, à Jérusalem, en présence d'une quarantaine de dirigeants venus du monde entier. Le mémorial édifié sur le Mont Herzl, visité par des milliers d'élèves et de soldats israéliens, est impressionnant par son architecture et sa puissance. Les photos et les objets ramenés des camps sont poignants et l'on ressort de certaines salles les larmes aux yeux. Yad Vashem a aussi constitué une base de données unique au monde sur l'Holocauste mais pour Adir Ben Tovim, militant LGBT invité à témoigner par Zikaron BaSalon, il faut humaniser le récit : "C'est très important de raconter une histoire personnelle, par le prisme de l'expérience, de la transmettre avec des étoiles dans les yeux, de transmettre de l'amour à chacun. C'est très important. A la fin on raconte une histoire personnelle, on ne transmet pas d'information, il y a assez d'informations sur google et Internet, ce n'est pas ce qui manque. Le manque d'informations n'existe pas. En revanche on manque d'expérience, de contact humain et de collectif."

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L'une des initiatives les plus remarquables revient à une réalisatrice israélienne de 28 ans et à son père producteur. Ils ont transposé la vie d'une jeune Hongroise, morte à Auschwitz à 13 ans en 1944, en story pour Instagram. 

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Le journal intime d'Eva Heyman a été découvert après la guerre et Maia Kochavi l'a décliné sur le réseau social : "Mon père voulait raconter l'histoire de l'Holocauste pour toucher les jeunes. Les Israéliens surtout, ont été très mécontents du concept, ils pensaient que le projet voulait minimiser l'holocauste alors que c'était tout le contraire ! Pour les jeunes, Instagram est une salle de cinéma !" 

Maia Kochavi a adapté le journal d'Eva Heyman sur instagram pour toucher le jeune public
Maia Kochavi a adapté le journal d'Eva Heyman sur instagram pour toucher le jeune public Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Si les costumes, les coiffures, les décors, la violence et la tension sont réalistes et fidèles au récit de la jeune fille, Eva's stories reprend tous les codes d'Instagram. Les images tremblent un peu, Eva se filme souvent façon selfie, il y a des hashtags, des filtres, des émoji et des commentaires sur les images. Mais ce nouveau mode de narration est très efficace selon Ronit, une prof israélienne, qui l'a fait découvrir à ses jumeaux de 12 ans et demi.

Mes grands-parents ont été victimes de l'holocauste en Hongrie et en Roumanie donc c'est très intime pour moi. Mais cette histoire n'était pas suffisante pour transmettre à mes enfants. Eva's stories est un autre support, un autre point de vue pour montrer l'holocauste à hauteur humaine

Le projet compte un million et demi d'abonnés sur Instagram et plus de cinq millions de visionnages. Lundi prochain, il sera disponible sur Snapchat pour élargir encore son audience. Il n'empêche, malgré toutes ces initiatives, Mihal bénévole pour Zikaron BaSalon est inquiète. La voix tremblante, les yeux humides, la jeune femme de 31 ans se demande "Comment se souviendra-t-on de l'Holocauste quand tous les survivants seront morts ? C'est un très grand défi. Ma grande angoisse est de savoir si mes futurs enfants comprendront ce qui est arrivé à ma Nation il y a 70 ans car cela fait partie de mon identité."

Selon l'office gouvernemental chargé de cette population, il reste 192 000 personnes rescapées de la Shoah vivant en Israël. L'an passé, 14 800 sont mortes.

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