LE DIRECT
À Lisbonne, le nombre de nouveaux cas quotidiens a atteint un record la semaine dernière. S'il est un peu retombé depuis, les hôpitaux restent submergés.

Covid-19 : le Portugal dans l’œil du cyclone

4 min
À retrouver dans l'émission

Après avoir échappé à la première vague de Covid-19, le Portugal est aujourd’hui le pays le plus durement frappé au monde. Le nombre de nouveaux cas et le nombre de morts y bat tous les records depuis trois semaines. Lisbonne est désertée par les touristes, mais ses hôpitaux sont submergés.

À Lisbonne, le nombre de nouveaux cas quotidiens a atteint un record la semaine dernière. S'il est un peu retombé depuis, les hôpitaux restent submergés.
À Lisbonne, le nombre de nouveaux cas quotidiens a atteint un record la semaine dernière. S'il est un peu retombé depuis, les hôpitaux restent submergés. Crédits : Louise Bodet - Radio France

La peur au ventre... et le cœur en colère. Manuel est infirmier dans un grand hôpital de Lisbonne. Ses traits tirés, ses mains abîmées par le gel hydroalcoolique, et, surtout, sa véhémence en disent long sur l’épuisement des soignants face à une vague que personne n’attendait. S'ajoute à ce sombre tableau, pour Manuel, un profond sentiment d’abandon. 

Au printemps, avec les applaudissements, les banderoles, on était des héros. Et puis à l’été, salut, l’oubli total. Maintenant, plus personne ne parle de nous.

"Il faut UNE ligne face au Covid, et il faut qu’on la suive, insiste-t-il. Parce que si la stratégie c’est un coup par-ci, un coup par-là, ce n’est pas une ligne, c’est une sortie de bar !"

En mars dernier, le Portugal était le bon élève de l’Europe. Aujourd’hui, nos indicateurs sont les plus mauvais au monde.

Ricardo Mexia, épidémiologiste précise que la barre des 300 morts par jour a été dépassée vendredi dernier, ce qui constitue un niveau ahurissant pour ce petit pays de 10 millions d’habitants. Le nombre de nouveaux cas quotidiens, record lui aussi, a atteint un pic la semaine dernière. S'il est un peu retombé depuis, les hôpitaux demeurent submergés.

Pour faire face, l'aide européenne est la bienvenue. 26 médecins et infirmiers arrivent aujourd’hui d’Allemagne, avec appareils respiratoires et lits médicaux. "Vu la gravité de la situation, on acceptera toute l’aide qui se présente, lance Ricardo Mexia. Cela peut être l’envoi de matériel et de personnel soignant, mais aussi le transfert de malades vers d’autres pays européens."

Comme partout, la double peine

Aux portes des urgences de l’hôpital Santa Maria, le plus vaste du pays, la longue file d’attente des ambulances inquiète Sonia, venue accompagner son père pour des soins dentaires. Elle regrette un reconfinement trop tardif, et la permissivité observée à Noël.

Le Premier ministre n’aurait jamais dû laisser aux gens autant d’occasions de sortir. Moi, à Noël, je suis restée à la maison avec mes enfants.

Ce défaut de responsabilité, d'autres, comme ce chauffeur de taxi, le déplorent : "Beaucoup de gens ne font pas attention, beaucoup se disent 'Je m’en fous, ça ne me concerne pas'. Malheureusement, ça va arriver à tout le monde."

Dans la région de Lisbonne, le tourisme, c’est 200 000 emplois directs et 20 % du PIB. Les frontières étant fermées, les touristes ont déserté jusqu'à la place du Commerce, au bord du Tage.
Dans la région de Lisbonne, le tourisme, c’est 200 000 emplois directs et 20 % du PIB. Les frontières étant fermées, les touristes ont déserté jusqu'à la place du Commerce, au bord du Tage. Crédits : Louise Bodet - Radio France

Et si ce n'est pas la santé qui est affectée, c'est le portefeuille. Au Portugal comme partout ailleurs, la crise sanitaire est aussi économique. Le même taxi en fait le constat : "Là, ça va vraiment pas pour nous. Je vais rentrer à la maison avec même pas 5 euros." Sa profession est sinistrée, comme la restauration, l’hôtellerie, les locations de courte durée. Dans la région, le tourisme, c’est 200 000 emplois directs et 20 % du PIB.

On ne vit pas, on survit, mais il faut faire avec ce qu’on a.

Survivre sans la manne touristique pendant encore de longs mois n'est pas un problème pour Chakall. Les huit restaurants du très médiatique chef cuisinier argentin sont certes fermés, mais grâce au chômage partiel et à la vente à emporter, aucun de ses 120 salariés n’a été licencié. "Sans employés, il n’y a pas d’équipe, pas de restaurants, rien.. c’est pour ça que pour moi le plus important ce sont les personnes qui travaillent avec moi."

Rares sont ceux qui, comme Chakall,  la tête de huit restaurants, restent optimistes. Le chef argentin, lui, n'a pas misé sur le tourisme.
Rares sont ceux qui, comme Chakall, la tête de huit restaurants, restent optimistes. Le chef argentin, lui, n'a pas misé sur le tourisme. Crédits : Louise Bodet - Radio France

Les aides du gouvernement, il y en a. Beaucoup disent le contraire, mais je ne suis pas d’accord.

"Ma chance, estime Chakall, c’est que je ne dépends pas des touristes, car mes restaurants ne sont pas dans des endroits touristiques. Je suis au Portugal, je travaille pour les Portugais."

Une économie à diversifier

Mais c’est bien grâce au tourisme que le Portugal a redécollé après la crise de 2008. Une renaissance brutalement entravée par une pandémie, qui fait office de révélateur du défaut de diversification, note Gonçalo Antunes, enseignant-chercheur en géographie urbaine.

Depuis deux ou trois ans déjà, les chercheurs le disent : Lisbonne et sa région sont trop tournées vers le tourisme.  

"Aujourd’hui beaucoup de gens, y compris les politiques, affirment que le Covid est une opportunité pour changer de stratégie, constate Gonçalo Antunes. Mais les choix sont faits, les gens ont monté des entreprises. Reconvertir tout cela, qui a contribué à la richesse du pays, c’est possible mais c’est difficile." Et en attendant une très hypothétique reconversion, l’économie portugaise doit faire face à des frontières qui se referment. Depuis dimanche dernier, les Portugais ne peuvent plus quitter le pays, sauf impérieuse nécessité.

Intervenants
L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......