LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Entrée des urgences du centre hospitalier Victor Provo, à Roubaix.

Covid-19 : l'hôpital de Roubaix sous tension

5 min
À retrouver dans l'émission

L'épidémie de Covid-19 fait rage et les hôpitaux sont dans la tourmente. Dans toute la France, les services de réanimation sont au bord de la saturation. Souvent occupés pour plus de moitié par des patients Covid. La seconde vague est plus forte que la première. Reportage à l'hôpital de Roubaix.

Entrée des urgences du centre hospitalier Victor Provo, à Roubaix.
Entrée des urgences du centre hospitalier Victor Provo, à Roubaix. Crédits : Sébastien Jarry - Maxppp

Comme partout en France, le Centre hospitalier Victor Provo, à Roubaix, s'organise pour faire face à la seconde vague. L'ensemble des services a été réorganisé afin d'accueillir au mieux les malades. Ils sont répartis entre 4 unités Covid, ouvertes dans les services de pneumo-neuro, pneumo-gastro, chirurgie digestive et gériatrie. Auxquels il faut ajouter plusieurs services de réanimation, qui totalisent 30 lits. Et quelques malades qui sont prix en charge, qui en gynécologie, qui en traumatologie ORL, ou hématologie. D'ordinaire, l'hôpital compte 20 lits de réanimation, il a donc sensiblement augmenté ses capacités. En ce dimanche 8 novembre, 18 personnes sont hospitalisées en réanimation mais les chiffres varient très rapidement. Et pour l'instant le service de réanimation compte 2 lits disponibles, les autres étant occupés par des patients "non-Covid". 

31 décès au printemps, 91 désormais en un mois

La mortalité de cette seconde vague est particulièrement forte. Alors que l'hôpital de Roubaix avait connu 31 décès pendant l'épidémie au printemps, depuis le retour du Sars-CoV-2 fin septembre, en un mois seulement, l'établissement déplore 91 morts. Dont beaucoup sont des résidents des Ehpad associés à l'établissement.  

Depuis le début de l'épidémie, tous les personnels sont sur le pont mais leur quotidien devient chaque jour plus compliqué. Comme on le voit dans d'autres établissements hospitaliers, les agents sont épuisés et souvent démotivés. Ils tiennent le coup, disent-ils, pour leurs malades uniquement. Leurs conditions de travail sont tout sauf attrayantes et faute de salaires décents, le manque d'effectifs devient chronique. 

"Quand on soigne du Covid maintenant, on ne soigne plus les autres"

Le secrétaire général de la CGT des agents hospitaliers de Roubaix, Jacques Adamski, nous ouvre son local syndical. Lui-même est ingénieur informatique. Il a proposé à des collègues de le rejoindre. Dans cet hôpital où la CGT recueille depuis plus de vingt ans, dit-il, entre 50 et 60% des voix aux élections professionnelles, beaucoup de monde a répondu à son appel. 

Jacques Adamski, secrétaire général CGT des agents hospitaliers de Roubaix.
Jacques Adamski, secrétaire général CGT des agents hospitaliers de Roubaix. Crédits : TS - Radio France

Martine est infirmière au service des urgences. Nathalie, infirmière au service d'hémodialyse, Stéphane lui est aide-soignant en addictologie, mais comme son service a fermé "du jour au lendemain", le voilà en renfort dans les services Covid. Le docteur Lepeut, diabétologue, qui a démissionné de son poste de chef de service, qu'il occupait depuis dix ans, pour protester contre la crise de l'hôpital est venu en voisin. Il n'est pas syndiqué mais "rouge de coeur" comme il dit. Tous n'adhèrent pas à la CGT, mais tous souhaitent témoigner des conditions toujours plus difficiles qu'ils doivent subir en exerçant leurs missions dans l'hôpital public.

Le Dr Marc Lepeut est le premier à prendre la parole. Dans le local où les fenêtres sont restées grandes ouvertes et où chacun conserve son masque bien fixé sur le visage, il tient d'abord à expliquer comment l'hôpital a réussi à s'organiser pour soigner les patients Covid. Et la réponse est assez simple : en raison de la baisse du nombre de lits, due à la diète que subit l'hôpital public depuis dix ans, l'accueil des patients Covid se fait au détriment des autres malades

Écouter
5 min
Le diabétologue Marc Lepeut rappelle qu'on néglige en ce moment les malades non Covid.

Ce spécialiste très attaché à l'hôpital de Roubaix et dont les deux enfants exercent ici comme médecins a pris la peine d'essayer de comprendre pourquoi les personnels paramédicaux désertent l'hôpital public. Il s'est entretenu le matin même de notre rencontre avec le directeur de l'école d'infirmières de Roubaix. Et il nous livre ses enseignements : 

Écouter
3 min
Il y a quelques mois, le Dr Lepeut a démissionné de son poste de chef de service.
L'Hôpital Victor Provo a été ouvert en 1984. Fin octobre, il diffusait ce message sur les réseaux sociaux : "Le Centre hospitalier de Roubaix recrute des infirmiers, élèves infirmiers et des aides-soignants. Disponibilité immédiate."
L'Hôpital Victor Provo a été ouvert en 1984. Fin octobre, il diffusait ce message sur les réseaux sociaux : "Le Centre hospitalier de Roubaix recrute des infirmiers, élèves infirmiers et des aides-soignants. Disponibilité immédiate." Crédits : Jacques Adamski

"En trois mois, nous n'avons pas pu former toutes ces infirmières !"

Martine est infirmière au service des urgences adultes depuis six ans. Sur l'ensemble de sa "promotion", sur les filles qui sont arrivées en même temps qu'elle dans le service, Martine est la seule à être encore en poste. Elle raconte d'abord comment son quotidien a été bouleversé par le Covid : d'une semaine sur l'autre, il a fallu que tous les paramédicaux passent aux "douze heures", c'est-à-dire travaillent pendant 12 heures de suite. Ce qui, bien entendu, a été assez compliqué à organiser :

Écouter
2 min
Martine, infirmière depuis 6 ans à l'hôpital Victor Provo.

Martine, comme le Dr Lepeut, souligne ensuite combien il est compliqué de faire face en ce moment où la crise sanitaire s'ajoute à la crise des vocations. Obtenir du renfort d'autres personnels venus d'autres services n'est pas aisé. Chaque pratique infirmière est différente d'un service à l'autre et en réanimation, les gestes techniques ne s'improvisent pas. Il sera donc difficile d'ouvrir très rapidement les 10 000 lits promis par le président de la République.

"Avec un manque de personnel depuis déjà plus de dix ans"

Nathalie est infirmière dans le service d'hémodialyse. Elle est impactée de façon un peu différente par la crise, dans un service "normé" où le nombre de personnels paramédicaux ne peut pas descendre au dessous d'un certain seuil :

Écouter
1 min
Nathalie est infirmière depuis 29 ans à Roubaix, elle n'a jamais vu une crise similaire, même si son service n'est pas trop impacté.

Stéphane est aide-soignant dans le service d'addictologie de l'hôpital de Roubaix. Ce service aurait dû fermer progressivement, mais finalement, il a été décidé qu'il fermerait du jour au lendemain. Les patients dépendants de l'alcool ou de la drogue ont dû être renvoyés chez eux également très rapidement, assure Stéphane. Mais pour lui-même et ses collègues, le plus compliqué a été de devoir à nouveau changer d'affectation, comme lors de la première vague. C'est que Stéphane n'a pas l'impression d'avoir toujours été "employé" à la hauteur de ses fonctions. Au printemps dernier, il lui est arrivé, comme à toute son équipe de devoir faire le travail des ASH, les agents d'entretien - dont Stéphane précise immédiatement que le travail est effectivement très lourd et qu'ils/elles avaient véritablement fort à faire pendant la crise. Mais Stéphane se souvient avec une certaine amertume de la fin de la première vague : 

Écouter
1 min
Stéphane et ses collègues aides-soignants d'addictologie ont été redéployés du jour au lendemain dans d'autres services, notamment Covid.ices

"Une situation de catastrophe et des réponses toujours vers les économies"

Jacques Adamski est le dernier à prendre la parole. En secrétaire général du syndicat CGT, proche de ses amis et collègues de l'hôpital, il livre un discours plus politique. Où l'on comprend que les difficultés actuelles de l'hôpital de Roubaix vont se loger dans des impératifs dictés depuis des années par les gouvernements qui se sont succédés. Jacques Adamski explique notamment comment le Ségur de la santé a débouché sur une nouvelle prime qui sera assise sur les "objectifs" du service. Entendez, explique le délégué syndical, la restriction des effectifs... 

Écouter
2 min
Jacques Adamski livre sont analyse de la crise actuelle : le manque de lits est programmé depuis des années.

On est dans une situation de catastrophe. Mais cette situation de catastrophe vient du fait qu'on a pas assez de lits depuis très longtemps. On est incapable, ce que tout le monde dit, de faire face aux besoins de lits. Depuis des années, il n'y a pas de réponse et il n'y en a toujours pas. Parce que les réponses faites dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale vont encore vers les économies.

Propos recueillis par Tara Schlegel

L'équipe
Journaliste
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......