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Les sapeurs-pompiers des Yvelines et leurs chiens formés à renifler le Covid : Alexandre, Clement, Erwan, Arnaud, Sébastien et Fabien entourent Capucine et Caroline.

Covid-19 : quand les chiens détectent la maladie aussi bien que les tests PCR

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La France a formé les premiers chiens au monde capables de renifler le Covid-19, avec une efficacité de 95%. Le monde entier s'arrache cette innovation, qui intéresse même l'OMS. Mais ici, les autorités sanitaires se montrent très frileuses.

Les sapeurs-pompiers des Yvelines et leurs chiens formés à renifler le Covid : Alexandre, Clement, Erwan, Arnaud, Sébastien et Fabien entourent Capucine et Caroline.
Les sapeurs-pompiers des Yvelines et leurs chiens formés à renifler le Covid : Alexandre, Clement, Erwan, Arnaud, Sébastien et Fabien entourent Capucine et Caroline. Crédits : Ecole Vétérinaire

Former des chiens à détecter les malades du Covid-19, c’est le défi qu'a relevé une toute petite équipe constituée de seulement trois personnes. Depuis, l'idée a été reprise dans le monde entier sauf en France, où seuls quelques chiens de sapeurs-pompiers utilisent ce savoir faire en interne, pour détecter si le virus circule dans les casernes. On est loin de l'utilisation généralisée dont rêverait le professeur Dominique Grandjean, directeur de l'Unité de Médecine de l'Élevage et du Sport à l'École nationale vétérinaire d'Alfort. Il est également vétérinaire colonel au sein des Sapeurs-pompiers de Paris et se décrit comme une homme qui a "la passion du chien". Reportage. 

Un signe à leur maître quand ils reconnaissent l'odeur de la maladie

Lorsque l’on pénètre dans l’enceinte de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, le bâtiment du projet Nosaïs est situé tout au bout, après les travaux de réfection du stade, près des résidences étudiantes. Dans des locaux bien chauffés, Capucine Gallet accueille les chiens et leurs maîtres venus s’entraîner à détecter le Covid-19. Ce matin, Oxmo et Ouija seront au travail pour respirer dans des cônes des prélèvements fournis par les hôpitaux partenaires du projet. Les animaux ont appris à glisser leur museau dans des cônes dans lesquels se trouve une compresse imbibée de sueur. Certaines sont porteuses de Covid-19, d'autres viennent de personnes qui n'ont pas été contaminées. Les chiens, aidés par leurs maîtres, ont été formés pendant 6 à 7 semaines et ont appris à "marquer" le cône. C'est-à-dire à faire un signe à leur maître quand ils reconnaissent l'odeur de la maladie. 

Arnaud, l'un des pompiers, et son chien Oxmo qui apprend à mettre son nez dans le cône où se trouve un prélèvement.
Arnaud, l'un des pompiers, et son chien Oxmo qui apprend à mettre son nez dans le cône où se trouve un prélèvement. Crédits : Ecole Vétérinaire

Des travaux préalables pour détecter des cancers

L’idée de ce travail a émergé, il y a un an, alors que l’équipe travaillait depuis quelques mois à un projet autre très original : utiliser des chiens pour détecter des cancers. Comme l’explique Dominique Grandjean, le vétérinaire qui est à l’origine du concept : Nosaïs est une idée "qu’on a en tête depuis vingt ans, pour être francs et qu’on a concrétisée il y a maintenant deux ans et demi, dans une collaboration avec l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, au Liban, et le professeur Sarkis qui est un ami. On a démarré sur les cancers des colons, avec des résultats qui sont fabuleux. On les a présentés dans des conférences, mais on n’ose pas encore les publier parce qu’on a 100% de réussite." Dominique Grandjean détaille leurs résultats : 

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Pour faire ça en France, il nous fallait 15 ans d’autorisations donc on l’a fait au Liban

Sur 150 patients qui venaient pratiquer une coloscopie de dépistage, les chiens formés ont réussi à détecter les 18 cas de cancer, que les examens médicaux ont ensuite confirmés. Autrement dit, le diagnostic du chien était aussi précis que celui d’un chirurgien. Mais, insiste Dominique Grandjean, faire ce projet en France, aurait été impossible. Notamment parce que le chirurgien doit placer une compresse à l’endroit de la tumeur, pour qu’elle s’imbibe de son odeur et que le chien puisse ensuite être formé à la reconnaître. Or, procéder de la sorte chez nous, aurait nécessité des autorisations trop complexes, voilà pourquoi cette initiative a été menée à l’étranger. 

Le vétérinaire Dominique Grandjean, à l'origine du projet Nosaïs.
Le vétérinaire Dominique Grandjean, à l'origine du projet Nosaïs. Crédits : Ecole Vétérinaire

Six chiens qui ne se trompent que dans 5% des cas, sur 177 prélèvements proposés de façon totalement aléatoire

Ce projet était donc lancé, quand la pandémie a stoppé l’équipe du professeur Grandjean dans son élan. Théoriquement, Nosaïs devait s’étendre à de nouvelles maladies : cancer de la vessie, maladie de Parkinson … Le vétérinaire a donc eu l’idée de mettre son expertise au service de la crise sanitaire, et de former les chiens au Covid-19. Depuis presque un an, avec sa toute petite équipe, il forme des chiens à détecter le SARS-CoV-2. Avec un taux de réussite de 95% comme cela est démontré dans un article, publié en décembre dernier dans la revue PLOS, un journal scientifique et médical. 

On peut y lire que sur 14 chiens, qui ont subi un entraînement, six ont été jugés aptes à participer à ce test pour valider la méthode utilisée. Ces six chiens ont réussi à détecter quasiment tous les Covid positif et ne se sont trompés que dans 5% des cas, sur les 177 prélèvements qui leur étaient proposés de façon totalement aléatoire. Les maîtres ne savaient pas non plus ce qu’il y avait dans les cônes qui étaient présentés aux chiens. Dominique Grandjean revient sur la méthodologie employée : 

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Le positionnement du chien c’est un pré-test de masse, qui permet d’aiguiller les personnes qui sont positives vers un test PCR

Dominique Grandjean n’imagine pas que les chiens puissent remplacer les tests. Même si parfois, les animaux parviennent à flairer des malades qui s’ignorent encore et que même un test PCR n’a pas détecté - mais qui s’avèreront ensuite manifester de vrais symptômes. Néanmoins, poursuit le vétérinaire, il s’agit surtout grâce aux animaux d’effectuer une sorte de premier tri qui sera ensuite validé par des prélèvements analysés en laboratoire. 

L’une des critiques que l’on peut faire au dispositif, est que les chiens sont parfois "aléatoires". Ce qui veut dire que, parfois, ils sont fatigués et n’ont pas le goût au travail. Mais à ce moment là, leurs maîtres sont capables de le sentir et font travailler un autre chien. Cela ne nuit donc pas aux résultats, estime le patron du projet Nosaïs. 

Plusieurs chiens formés en France et à distance

La petite équipe est formée de trois personnes : le professeur Grandjean, Capucine Gallet, une éthologue qui forme les chiens et Clothilde Julien, qui s’occupe de la communication. Avec l’aide de quelques vétérinaires du département que dirige Dominique Grandjean, et d’un statisticien, ils ont depuis une année formé plusieurs chiens, à la fois en France et à distance. 

Les premiers à avoir bénéficié du dispositif, sont des chiens de sapeurs-pompiers de Corse du Sud, des Yvelines, de l’Oise, de Seine-et-Marne, de Gironde et de Dordogne - car un nouveau projet est né à Bordeaux. Mais le projet Nosaïs s’exporte aussi, surtout depuis la publication de l’article dans la revue PLOS. Plus d’une trentaine de pays ont demandé l’aide de Dominique Grandjean et songent à former des brigades canines. Parmi les plus avancés figure toujours le Liban, ainsi que les Emirats Arabes Unis et l’Australie : 

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Les Emirats Arabes Unis ont presque 80 chiens qui travaillent déjà.
Caroline et son chien, Ouija qui est un "chien de canapé", dit la jeune fille.
Caroline et son chien, Ouija qui est un "chien de canapé", dit la jeune fille. Crédits : T.S - Radio France

L'OMS intéressée mais les autorités sanitaires et l’exécutif se renvoient la balle

Pour mener à bien tous ces travaux, Dominique Grandjean n’a pas obtenu de subventions particulières. Quelques entreprises privées le soutiennent et il tient à les citer, car souligne-t-il, elles l’ont fait sans contreparties. 

Et puis l’OMS s’intéresse aussi au projet, au point d’avoir organisé la semaine dernière une réunion au plus haut niveau, au cours de laquelle l’équipe a pu présenter ses résultats.

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"Madagascar par exemple, possède des chiens et un savoir-faire, mais n'a pas de moyens financiers."

Dans le futur, les chiens formés pourraient travailler par exemple dans des Ehpad ou des écoles. Cela permet de dépister au quotidien "sans qu’il y ait la moindre douleur" sourit Dominique Grandjean, car faire faire des prélèvements PCR au personnes âgés  ou aux enfants n’est pas si anodin que cela. A terme, les chiens pourraient aussi travailler dans des Universités, des clubs de sports, etc.

Mais pour pouvoir organiser tout cela, il faudrait que l’Etat se saisisse de cette opportunité et défende le projet. Or pour l’instant, l’équipe de Dominique Grandjean s’est surtout heurtée à des obstacles administratifs. Car la Haute Autorité de Santé n’a pas encore voulu faire du chien un "dispositif médical". Dans un savant jeu de "ping pong", les autorités sanitaires et l’exécutif se renvoient donc la balle sans agir : 

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"Je vais me battre pour que ce projet se fasse, mais je vous assure que c'est épuisant ! "

Un "test chien" à coût minime qui pourrait "emm... quelques lobbys"

Ces dépistages organisés grâce aux chiens que possèdent les administrations - police, gendarmerie, douanes, pompiers et armée totalisent un milliers de chiens - ne coûteraient pas cher. D’après une estimation, menée par l’équipe, le "test chien" reviendrait environ à 1 euro par personne, à comparer aux 75 euros remboursés par la sécurité sociale aux laboratoires qui font un "test PCR". Voilà de quoi secouer peut-être certains lobbys reconnaît Dominique Grandjean : 

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"Il serait temps qu'on s'intéresse à ce dispositif, quitte à em... quelques lobbys."

"La finalité du programme Nosaïs, c’est de se dire que dans vingt ans, tout un tas de maladies dégénératives ou prolifératives qui génèrent une odeur spécifique, pourront être détectées. En réalité, chaque humain possède un volatilome, un tas d’odeurs, et là dedans, les chiens seront capables de dire : toi, tu auras un cancer du foie, et toi tu auras une maladie de Parkinson. Si on peut le prendre quinze ans avant d’avoir les premières manifestations palpables ou dépistables avec les techniques actuelles, on va sauver plein de gens. Et on pourrait aussi dire à monsieur tout le monde : « voilà, vous voulez former votre chien à dépister les cancers de la vessie, je vous indique comment le faire », et (…) je suis convaincu qu’il y a plein de gens qui seront contents de faire cela et de se rendre utile à la société."

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