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Manifestation d'assistant.es pédagogiques (AED) devant le Conseil de l'Education de la région Occitanie, à Toulouse, le 1er décembre à l'occasion d'une grève nationale. Ils, elles demandent des titularisations et des augmentations de salaires.

Covid-19 : quand les diplômes n'aident plus à rentrer sur le marché du travail

4 min
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Quatre jeunes sur dix ont modifié leurs projets professionnels à cause de la crise du Covid-19 : et pour les jeunes diplômés, l'insertion professionnelle s'avère plus complexe que prévu aujourd'hui.

Manifestation d'assistant.es pédagogiques (AED) devant le Conseil de l'Education de la région Occitanie, à Toulouse, le 1er décembre à l'occasion d'une grève nationale. Ils, elles demandent des titularisations et des augmentations de salaires.
Manifestation d'assistant.es pédagogiques (AED) devant le Conseil de l'Education de la région Occitanie, à Toulouse, le 1er décembre à l'occasion d'une grève nationale. Ils, elles demandent des titularisations et des augmentations de salaires. Crédits : Alain Pitton / NurPhoto - AFP

Les offres d'emploi accessibles aux jeunes diplômés ont chuté de pratiquement 40% en 2020, par rapport à l'année précédente : c'est l'une des conséquences du Covid-19 sur les 18-24 ans. Selon un récent sondage de l'institut Elabe, 84% des membres de cette tranche d'âge estiment que leur génération va connaître une période de chômage plus forte que les générations précédentes. 

Quand elle a commencé sa troisième année d'études en tourisme, en alternance dans un hôtel de Montpellier, Elisa ne pensait pas que son insertion professionnelle serait aussi difficile : le secteur se portait bien, elle avait une première expérience professionnalisante, elle était passionnée... Puis la crise du Covid-19 est arrivée : la France se confine une première fois, l'hôtel ferme, ses cours passent en numérique. La jeune femme s'accroche, et à l'été, elle peut terminer son apprentissage. 

Mais fin août, son contrat s'arrête : "J'ai cherché un emploi, mais c'était déjà difficile parce que c'était la fin de la saison, et qu'il y avait toujours des effets de la crise sanitaire", explique-t-elle. "Là, pour être honnête, j'ai carrément abandonné les recherches dans mon domaine : avec le nouveau confinement, avec la crise pour le moment, toutes les entreprises sont fermées, les gens ne partent plus en voyage, les hôtels n'ont plus de clients, ils sont fermés."

Aujourd'hui, elle survit en rongeant sur ses économies. A défaut d'un premier emploi dans le secteur de ses rêves, elle recherche un travail alimentaire dans le secteur de la vente. Et son cas est loin d'être isolé : de nombreux jeunes ont du mal à trouver un emploi à la fin de leurs études cette année, et pas uniquement dans les secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus.

Maxime, par exemple, a obtenu un diplôme de communication dans une grande école de Toulouse en décembre 2019. Il s'est mis à chercher un emploi à partir de janvier, pensant alors qu'il avait du temps devant lui : courant février, il étend ses recherches à d'autres villes. Il commence à avoir des retours auprès de plusieurs employeurs potentiels quand le premier confinement tombe : tout s'arrête. "C'étaient des agences de communication qui ont perdu du budget, elles n'avaient plus les moyens de m'accueillir."

Depuis, il estime avoir envoyé plusieurs centaines de candidatures, de manière spontanée comme en réponse à des offres d'emploi. Il n'a obtenu que quatre entretiens : 

Soit on me disait que j'étais surdiplômé par rapport à ce qu'on demandait, les employeurs pensaient que j'allais partir au bout de six mois/un an si je trouvais une meilleure offre. Soit on me disait que je manquais d'expérience : vous avez fait des stages mais on ne peut pas vous prendre. Soit on me disait que j'avais un profil intéressant, mais on n'a plus de budget à cause de la crise sanitaire, on n'est plus en mesure de recruter qui que ce soit.

A 26 ans, Maxime vit donc toujours chez ses parents, sans revenus, et sans perspectives tant que la crise s'éternise. Il fait partie de ces nombreux jeunes diplômés, perdus sur un marché du travail en crise.

Le nombre d'offres d'emploi a baissé de 39%

C'est un retournement complet de situation, explique Gilles Gateau, le directeur général de l'Apec, l'association pour l'emploi des cadres : en effet, jusque-là, 85% des jeunes diplômés arrivaient à s'insérer. 

Nous le mesurons à l'Apec à travers les offres d'emploi qui sont déposées : ces offres d'emploi pour les jeunes diplômés, accessibles donc aux débutants, qui n'ont pas d'expérience, ont baissé de 39% sur la période de janvier à novembre cette année par rapport à la même période de l'année dernière, calcule-t-il. Alors que ça baisse aussi pour les cadres les plus confirmés... Mais ça baisse de 28%, donc voyez que les jeunes diplômés sont plus touchés : même avec les bons diplômes, ça devient bien plus difficile que l'an dernier d'accéder à son premier CDI.

Tous les diplômes ne sont pas égaux face à la crise. "On a regardé les offres qui sont le plus ouvertes, les métiers qui sont les bons métiers d'entrée pour les jeunes diplômés", ajoute-t-il : "On a retrouvé deux profils très marqués, les ingénieurs, en R&D, en développement informatique, les ingénieurs commerciaux, les développeurs... 30 à 35% des offres sont ouvertes aux jeunes diplômés. Et on a trouvé un deuxième profil, ce sont les commerciaux, les offres sont ouvertes à quasiment 30% aux débutants." Mais même ces métiers souffrent d'un rétrécissement de la part des postes ouverts aux personnes sans expérience. Enfin, note-t-il, crise sanitaire oblige, les débutants sont bienvenus dans les offres d'emploi liées aux secteurs de la santé.

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"Après les fêtes de Noël, ça risque d'être plus compliqué"

Dans beaucoup d'écoles, les équipes pédagogiques essaient de soutenir les étudiants sortants, les aider à revoir les CV, les lettres de motivation, pour mieux se démarquer dans la masse de candidatures. "On ne sentait pas, en tout cas jusqu'en octobre-novembre, de gros désespoirs chez nos étudiants : ils acceptaient la situation du marché, ils étaient, sans être optimistes - parce qu'ils sont aussi très réalistes -, ils n'étaient pas dans un état de désespoir", décrit Susan Nallet, la directrice carrières et employabilité de Grenoble Ecole de Management. "Ce que je crains, c'est qu'effectivement la situation ne s'arrange pas, on ne connaît pas encore l'impact du deuxième confinement : je pense qu'après les fêtes de Noël, ça risque d'être plus compliqué." 

Et face à la crise, certains jeunes choisissent carrément de retarder leur entrée dans le monde du travail classique : c'est le cas de Bettina, titulaire d'un diplôme d'éducatrice de jeunes enfants. A l'origine, elle comptait terminer son dernier stage au printemps, obtenir son diplôme en juillet, chercher son premier emploi pour la rentrée, mais le Covid est venu chambouler ses plans : cours en numérique, stage écourté, et marché du travail inquiétant... "J'ai eu beaucoup de questionnements sur : suis-je capable professionnellement de prendre un poste après avoir fini les quatre derniers mois de mon diplôme à distance ?" 

Alors la jeune femme a fait un pas de côté : "J'ai vu une copine sur Facebook qui avait été jeune fille au pair l'année dernière, elle cherchait quelqu'un pour reprendre sa famille. Et là ça a fait une lumière dans ma tête : je me suis dit "mais oui !"

C'est le déclic : fin août, au lieu de postuler pour un emploi classique, elle part dans la banlieue de Londres comme jeune fille au pair, avec un revenu moindre que celui qu'elle aurait aimé avoir, mais ça lui permet de patienter en attendant des jours meilleurs.

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