LE DIRECT
Un couloir du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Robert Debré où au mois de mai, le nombre d'enfants accueillis après une tentative de suicide a augmenté de 165%

Crise sanitaire, quand les enfants craquent

4 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement lance en urgence une campagne de sensibilisation à la santé mentale des moins de 15 ans. Depuis le deuxième confinement, trois fois plus d’enfants de 8 à 14 ans ont tenté de se suicider. Les services de pédopsychiatrie sont débordés. Reportage à l'hôpital Robert Debré à Paris.

Un couloir du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Robert Debré où au mois de mai, le nombre d'enfants accueillis après une tentative de suicide a augmenté de 165%
Un couloir du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Robert Debré où au mois de mai, le nombre d'enfants accueillis après une tentative de suicide a augmenté de 165% Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Ce phénomène n'est pas franco-français. Que ce soit au Etats Unis, au Japon, en Corée du sud ou en France, les chiffres sont les mêmes. Le nombre de tentatives de suicide des enfants de 8 à 14 ans ne cesse d'augmenter depuis dix ans mais, avec la crise sanitaire, l'augmentation est exponentielle et atteint les 150 à 170%, avec des enfants de plus en plus jeunes et des modes opératoire parfois très violents. 

Ici depuis le mois de septembre on accueille parfois dix enfants par jour pour des tentatives de suicide. Certains ont 8 ou 9 ans et on se dit : c'est bien jeune pour avoir de telles idées noires dans la tête! Cathy, infirmière au centre d'orientation psychiatrique depuis 15 ans

A l'hôpital Robert Debré, les enfants hospitalisés le sont pour plusieurs semaines et parfois plusieurs mois. Ils sont mis à l’abri, dans des services fermés à clefs afin d'éviter les fugues ou les intrusions. Mais contrairement à certaines idées reçues, ils ne sont pas cloîtrés dans leurs chambres avec des médicaments. Tous les repas, les activités, les sorties de loisir se font en commun ave les autres enfants et avec les soignants. L’école continue au sein de l’hôpital où des élèves peuvent passer le Bac et le Brevet. Mais les enfants sont privés de leurs téléphones portables et ils ne voient leurs parents que dans des moments cadrés. 

Bien sûr pour des parents c'est très difficile de voir que son enfant ne va pas bien. Moi je culpabilise énormément. J'ai dû demander de l'aide pour tenir le coup et ça m'a fait prendre conscience de la pression, du poids que portent nos enfants dans cette société complexe, cette société de la performance où trop de gens ne vont pas bien. Une maman d'une jeune fille de 15 ans hospitalisée

"Une maman ne peut qu'être démunie lorsqu'elle voit sa fille de 15 ans, bonne élève mais submergée par le stress refuser d'aller au lycée, refuser de manger, de boire et même de parler!"
"Une maman ne peut qu'être démunie lorsqu'elle voit sa fille de 15 ans, bonne élève mais submergée par le stress refuser d'aller au lycée, refuser de manger, de boire et même de parler!" Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

L'afflux de ces très jeunes patients est tel qu'il est de plus en plus difficile de bien les prendre en charge. Il n'y a qu'une vingtaine de lits d'hospitalisation en pédopsychiatrie et pas assez de places ni de personnel pour en créer d'autres.  Le gouvernement a certes débloqué un budget provisoire pour des postes supplémentaires mais il n'y a aucun candidat pour ces contrats à durée déterminée. 

Quand les enfants ne peuvent pas être accueillis ici, ils restent quelques jours aux urgences, ce n'est pas un endroit pour eux et c'est une catastrophe! Audrey Roperz, cadre du service de pédopsychiatrie de l'hôpital Robert Debré

Le problème c'est que tous le système français d'accueil de la pédopsychiatrie est sous dimensionné. Les structures d'accueil et de soins non hospitalières sont pleines avec des délais d'attente de 6 mois à un an. A cela s'ajoute les déserts médicaux où, comme dans la région Centre par exemple, il n'y a aucune possibilité de prendre en charge la santé mentale d'enfants qui se retrouvent donc aux urgences des hôpitaux parisiens.

Dans le service du professeur Richard Delorme, on explique que paradoxalement ce sont les enfants de 8 à 14 ans qui ont été  les plus exposés à cette crise sanitaire. Les adultes avaient leurs amis, leur réseau, les plus jeunes était encore en sécurité dans le giron parental mais les 8 à 14 ans c'est un âge intermédiaire. Ils ont été informés voir sur informés via les réseaux sociaux sur cette crise et ils en ont nourri des angoisses pour leurs familles, pour eux même, pour l'avenir sans toujours avoir la possibilité d'en parler.

Je me souviens, quand j'ai sonné l'alarme à l'automne dernier, on m'a répondu mais les enfants vont très bien, ils ont pu rester avec leurs parents! Pourtant on le voit aujourd'hui dans le monde entier les enfants étaient en souffrance. Richard Delorme, professeur de pédopsychiatrie à l'hôpital Robert Debré

Devant l’urgence le gouvernement et Santé Publique France ont lancé cette semaine une grande campagne de sensibilisation digitale  à destination des moins de 15 ans. Avec des vidéos d’influenceuses et d’influenceurs sur les réseaux sociaux, des bannières sur leurs sites de prédilection, ils espèrent parvenir à pousser les jeunes à parler de leurs troubles (stress angoisse tristesse) avant qu'ils n'arrivent aux urgences psychiatriques.YouTube - Santé publique France
 

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......