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Une patiente atteinte de cancer assiste à un rassemblement pour protester contre la pénurie de médicaments à Beyrouth, le 26 août 2021.

Dans un Liban en crise, des malades du cancer sans médicaments ni traitements

4 min
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Après treize mois de tractations, le Liban a un nouveau gouvernement. Les défis qui l'attendent sont immenses, alors que le pays traverse une crise économique et financière sans précédent. Pour les malades du cancer, il est ainsi devenu quasiment impossible de se soigner.

Une patiente atteinte de cancer assiste à un rassemblement pour protester contre la pénurie de médicaments à Beyrouth, le 26 août 2021.
Une patiente atteinte de cancer assiste à un rassemblement pour protester contre la pénurie de médicaments à Beyrouth, le 26 août 2021. Crédits : Anwar Amaro - AFP

Carine a 42 ans, elle est atteinte du lymphome de Hodgkin. Après deux traitements et deux rechutes,  elle a commencé en mai dernier un troisième protocole pour combattre ce cancer.  

"Quand j’ai commencé, le médicament était disponible au Liban, mais il y a à peu près un mois et demi, on m’a indiqué qu’il ne l’était plus, donc j’ai commencé à faire jouer des contacts en Jordanie, à Dubai, en France, en Turquie et même en Irak", explique cette mère de famille. Grâce à des connaissances, elle a finalement pu trouver le médicament principal de sa thérapie à l’étranger et c’est un médecin qui rentrait au Liban qui lui a ramené en avion, dans sa valise.   

"Je n’ai pas la dose complète, mais la moitié, c’est mieux que rien mais c’est très frustrant, très stressant parce que c’est nous qui devons chercher ces médicaments, c’est vivre sans savoir si le traitement va être disponible dans le futur, mais c’est la vie", explique-t-elle. Suspendue à l’évolution de son cancer, elle l’est aussi à la crise au Liban. Avec l’effondrement de la livre libanaise, les médicaments importés en dollars ont quasiment disparu du marché. Ils sont devenus hors de prix, inaccessibles, comme de nombreux traitements alors que l’Etat et l’assurance maladie en faillite ne peuvent plus suivre. 

Manifestation à Beyrouth contre la pénurie de médicaments le 26 août 2021.
Manifestation à Beyrouth contre la pénurie de médicaments le 26 août 2021. Crédits : Aurélien Colly - Radio France

Les tarifs montent, mais les salaires, eux, n’ont pas bougé

"Avant l’effondrement de la monnaie, une session de chimiothérapie coûtait environ 500 000 livres libanaises, ce qui faisait à peu près 300 dollars, mais aujourd’hui, c’est deux millions de livres libanaises", décrit Hani Nassar, 48 ans, qui a fondé l’Association Barbara Nassar pour le soutien aux malades du cancer après la mort de sa femme il y a quelques années. Les tarifs montent, mais les salaires, eux, n’ont pas bougé, tout comme la part prise en charge par l’Etat et en quelques mois, les locaux de l’association se sont transformés en pharmacie informelle. Dans toutes les pièces, des cartons et des boîtes de gélules, d’ampoules et de comprimés reçus en donation. 

Hani Nassar à son bureau.
Hani Nassar à son bureau. Crédits : Radio France

"Les malades qui sont père ou mère de famille, qui ont des familles à charge, ont décidé de suspendre leurs traitements, donc ils vont mourir", résume Hani Nassar, en passant en revue les médicaments nécessaires pour les chimiothérapies, les radiothérapies, des antibiotiques ou des antidouleurs dont les prix ont flambé mais qu’il parvient à trouver.    

Une solidarité notamment grâce à la diaspora

Pour l’association, impossible de lever des fonds au Liban car la population s’est trop appauvrie et que l’argent des Libanais est bloqué par les banques. Mais il y a la solidarité libanaise : la diaspora qui envoie de l’argent, des médicaments ou des génériques, des volontaires qui voyagent pour ramener ça au Liban, des anciens malades ou leurs proches qui donnent ce qu’ils n’ont pas utilisé.  

"Ce sont des médicaments que ma mère utilisait avant de mourir il y a 40 jours", confie Tarek, 35 ans, qui vient déposer des sacs au siège de l’association. "On est venu pour aider les autres, surtout parce que ces derniers mois, même dans les hôpitaux il n’y a plus de médicaments ! Ma mère était une femme généreuse, elle aidait les autres, c’est pour le repos de son âme qu’on fait ça" ajoute encore le jeune homme.  

#wewantcancertreatment

Pour dénoncer l’incurie des responsables politiques qui ont mis le Liban à genoux, provoquer une prise de conscience et réclamer un accès aux traitements et aux médicaments, l’association Barbara Nassar et d’autres organisations ont manifesté à Beyrouth, avec des malades et des médecins (#wewantcancertreatment). La Banque centrale a promis de débloquer des fonds mais on est très loin du compte, selon le Dr Fadi Nasser, oncologue et chef de service à l’Hôtel Dieu de France, l’un des grands hôpitaux universitaires du Liban. 

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"On a à peu près 20 000 malades en cours de traitement au Liban. Par exemple, pour l’immunothérapie, on a reçu de quoi traiter trente malades alors que j’ai au moins cent malades qui doivent recevoir le traitement", indique le médecin. "On est obligé de réduire les doses pour donner à un plus grand nombre de personne et de choisir entre les malades : quels sont les plus graves, les plus jeunes, ce sont ces choix thérapeutiques qu’on fait actuellement", déplore-t-il.  

Choix difficiles mais inévitables, qui poussent aussi des malades en détresse à se tourner désormais vers le marché noir où 70% des médicaments sont en fait falsifiés, selon lui. 

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