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Epicéas abattus après une attaque de scolytes, Massif des Vosges du Nord, juillet 2021

Dépérissement des forêts : s'adapter, anticiper, espérer

8 min
À retrouver dans l'émission

Les sécheresses à répétition ont fini par toucher la forêt, où l'on voit apparaître de plus en plus de branches mortes ou de têtes d'arbres brûlées. Un phénomène avec lequel les forestiers doivent désormais travailler. Ils essayent aussi d'imaginer la suite : quelle forêt pour demain ?

Epicéas abattus après une attaque de scolytes, Massif des Vosges du Nord, juillet 2021
Epicéas abattus après une attaque de scolytes, Massif des Vosges du Nord, juillet 2021 Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

Des écorces qui desquament, des houppiers brûlés, des branches mortes et ici et là, des troncs abattus laissés au sol pour nourrir l'humus. Le dépérissement forestier est une réalité un peu partout en France, et particulièrement dans la région Grand Est. Certains sites, comme celui de Verdun, sont menacés de perdre tous leurs arbres. Comment les forestiers composent-ils avec ce nouveau phénomène, comment imaginent-ils la forêt demain ? Reportage dans les forêts du massif des Vosges du Nord.

Pierre Grandadam, président des communes forestières d'Alsace, Rodophe Pierrat et Guillaume Glazer, de l'ONF, forêt de Woerth, Bas-Rhin, juillet 2021
Pierre Grandadam, président des communes forestières d'Alsace, Rodophe Pierrat et Guillaume Glazer, de l'ONF, forêt de Woerth, Bas-Rhin, juillet 2021 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Coup de soleil

D'aspect général, la forêt communale de Woerth dans le Bas-Rhin, au sein du parc naturel régional des Vosges du Nord, apparaît comme une belle forêt diversifiée, plantée sur des sols au limon fertile et profonds. Mais entre les érables, les noyers et les sorbiers, quelques hêtres donnent des signes de faiblesse. L'un d'entre eux perd l'une de ses branches, rouge et sèche, et l'écorce de son tronc s'est décollée. "Un coup de soleil" explique Rodolphe Pierrat, adjoint au directeur territorial de l'ONF (Office National des Forêts) pour la région Grand Est. "L'arbre, touché par les températures intenses des étés précédents (2018 et 2019 notamment), n'arrive plus à réguler sa température, l'écorce se décolle, il n'arrive plus à se nourrir correctement" explique-t-il. Un dépérissement qui entraîne sa mort le plus souvent et la nécessité pour les  techniciens forestiers de l'abattre pour tenter de valoriser tout de même le bois produit. Ou alors parce que mort, il est plus susceptible de tomber et donc beaucoup plus dangereux pour les passants qui se promèneraient à proximité. 

Arbres victimes de dépérissement, forêt de Woerth, Bas-Rhin, juillet 2021.
Arbres victimes de dépérissement, forêt de Woerth, Bas-Rhin, juillet 2021. Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Branches sèches, houppiers (tête de l'arbre) brulés, écorce décollée, autant de symptômes qui ont couté très cher aux propriétaires forestiers, y compris les communes forestières - qui détiennent près de la moitié des massifs d'Alsace et qui font gérer ces forêts par l'ONF. Ces communes appuient une partie de leurs ressources sur les ventes de bois issus de leurs forêts. Nombreuses se sont vues obligées d'écouler beaucoup de bois mort en peu de temps, avec une incidence à la baisse sur les prix. Pour Pierre Grandadam, président des communes forestières d'Alsace, c'est une grande source d'inquiétude : "Je reçois des lettres de maires de petites communes en détresse, qui ne savent pas comment elles vont gérer la suite. Je leur dit : surtout n'abandonnez pas la forêt, continuez d'y investir. Mais je sais que c'est beaucoup leur demander au moment où l'on affaiblit toutes leurs ressources" dit-il. 

Des épidémies de scolyte

Autre symptôme du dépérissement : les épidémies de scolyte, qui peuvent éliminer des hectares entiers en quelques semaines. En France, les épicéas sont particulièrement touchés, comme à Verdun. 

Ces coléoptères s'introduisent entre le bois et l'écorce des résineux affaiblis par la chaleur. Elles y pondent des milliers de larves, empêchant la sève d'aller nourrir les aiguilles. Celles-ci deviennent rouges, n'opèrent plus la photosynthèse, et l'arbre meurt. Menant à des abatages massifs, où les troncs sont parfois laissés sur le sol, évitant de mettre à nu l'humus forestier. 

Ecorce abimée par les scolytes, Bas-Rhin, juillet 2021
Ecorce abimée par les scolytes, Bas-Rhin, juillet 2021 Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

La diversité comme remède

Le gestionnaire de la forêt publique, l'ONF, s'est donc mis depuis quelques années à expérimenter ici et là, des repeuplements par des espèces plus adaptées. Dans des zones où les arbres sont morts, ou alors dans des trouées de forêts plus lumineuses, ses techniciens plantent des espèces parfois locales mais encore peu développées, ou alors des espèces plus méditerranéennes. Avec un maître-mot : la diversité. Les forêts mélangées, c'est en effet l'une des conditions pour éviter les ravages, par exemple, du scolyte qui ne s'attaque qu'à une espèce d'arbre. 

Un peu plus loin dans le Massif des Vosges du Nord, Evrard de Turkheim, expert forestier Pro Silva , qui prône une gestion forestière durable, sans coupe rase, et à couvert continu, ne fait pas autre chose. À côté d'une parcelle où gisent les troncs dévastés d'épicéas scolytés, il a planté voici quelques années des pins laricio, une espèce venue de Corse qui résiste mieux à la sécheresse. À côté des pins sylvestres, autre espèce intéressante selon lui, ces pins du sud se développent harmonieusement, signe que la greffe a pris, encouragement pour l'avenir. 

Plantations de plusieurs espèces de pins, Moselle, juillet 2021
Plantations de plusieurs espèces de pins, Moselle, juillet 2021 Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

"La forêt s'en sortira toujours" dit-il, mais notre devoir, c'est de faire qu'elle continue à rendre les services qu'elle nous rend depuis des années : produire du bois, capter du carbone, filtrer l'eau, éviter l'érosion des sols, accueillir les promeneurs. "Pour cela nous devons l'accompagner, sans jouer aux apprentis sorciers. Il est hors de question de planter des espèces venues d'Amérique du Sud, mais pourquoi pas du sud de l'Europe, si elles s'acclimatent mieux. (...) Et pour cela, nous avons besoin du soutien financier et moral de l’État."

Evrard de Turkheim,  expert forestier Pro Silva, Moselle, Juillet 2021
Evrard de Turkheim, expert forestier Pro Silva, Moselle, Juillet 2021 Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

L’État a promis 200 millions d'euros pour les forêts via le plan de relance. Pas suffisant, pour les forestiers, qui mettent aussi en avant un autre danger pour nos massifs : celui de l'excès de gibier, qui mangent les jeunes pousses.

Bref, les défis sont immenses, pour préserver ces puits de carbone essentiels que sont nos forêts.

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